Société

Dans le nouveau Monopoly, les femmes gagnent plus que les hommes

Une nouvelle version du mythique jeu Monopoly dévoilée hier alloue plus d’argent aux femmes qu’aux hommes et remplace la traditionnelle mascotte, un homme d’affaires à moustache, par sa nièce, une investisseuse. Contrairement à son oncle, « Mme Monopoly » a pour mission d’investir dans les entrepreneuses et inventrices : les joueurs n’achèteront pas des maisons ou des immeubles, mais des innovations créées par des femmes. Les règles prévoient aussi que les femmes reçoivent plus d’argent au début du jeu et chaque fois qu’elles passent sur la case « départ ». De quoi compenser l’écart de salaires dans la vie réelle : aux États-Unis, les femmes qui travaillent à plein temps ne gagnent en moyenne que 81 % du salaire des hommes, selon le département américain du Travail. Cette version du jeu sera offerte au Canada à partir de la mi-septembre. — Agence France-Presse

Essai

« L’éthique est une réflexion contextuelle »

Dans L’éthique pour tous, René Villemure démystifie plusieurs concepts relatifs à l’éthique. Un livre grand public limpide et accessible écrit par un éthicien inquiet de l’état de sa société.

Pourquoi un livre sur l’éthique ?

Je donne beaucoup de conférences, ça représente un tiers de mes activités, et chaque fois, les gens me demandent : est-ce qu’il y a quelque chose à lire ? Et honnêtement, à moins de faire lire L’éthique à Nicomaque d’Aristote, il n’y a pas beaucoup de livres destinés au grand public. J’avais envie d’écrire un livre que tout le monde et ma mère comprendraient, pas un livre académique. Les gens entendent beaucoup parler de manque d’éthique. Moi, dans ce livre, je me concentre sur le côté lumineux de la chose. L’éthique au-delà du manque.

Les gens confondent souvent éthique, morale, déontologie… Comment les distinguez-vous ?

Il peut y avoir plusieurs interprétations d’un même terme. La preuve, c’est que lorsque je vais en France, les mêmes mots ont des sens différents. La morale, c’est le regard que l’individu porte sur le bien et le mal. Les mœurs sont le regard que la société porte sur le bien et le mal. La déontologie est un ensemble de règles qui définit le bien et le mal pour un groupe donné. Quant à l’éthique, c’est la réflexion, hors cadre bien souvent. C’est la souplesse nécessaire à la pensée lorsqu’il n’y a pas de règle ou que la règle est floue, ou encore lorsque les règles s’affrontent. Mais l’éthique, c’est d’abord une réflexion. Ce n’est pas quelque chose qui est donné d’avance. Le problème lorsqu’on parle d’éthique, c’est qu’on parle souvent de la faute, mais rarement de la culture dans laquelle cette faute a été commise. On tente de régler un problème avec une structure, en nommant un vérificateur de plus par exemple, ou en congédiant quelqu’un. On ne veut pas se donner le temps d’analyser, on voudrait une solution toute faite. Or, l’éthique est une réflexion contextuelle. Si on laisse le système en place, on ne réglera rien.

Les gens s’intéressent plus à l’éthique qu’avant. Pourquoi, selon vous ?

Qu’on le veuille ou non, l’éthique, c’est le vivre ensemble ou, si vous préférez, c’est « un peu moins de soi et un peu plus des autres ». Quand je dis ça en conférence, ça fait son chemin. Les gens se sentent concernés. Je pense que les prochaines années vont être pour l’éthique ce que le développement durable a été aux 25 dernières. Ça va permettre à la société de durer.

Est-ce que l’éthique pourrait remplacer la religion comme cadre de référence ?

J’ai toujours cru que la montée de l’éthique était due à l’effacement du cadre de référence. Qu’il soit religieux ou familial – manger toute la famille autour de la table sans téléphone cellulaire, par exemple –, ou même étatique – pensons à l’État-providence, tous ces cadres tendent à disparaître. Certains se tournent vers la psycho-pop pour trouver des réponses. D’autres s’intéressent à l’éthique. Mais un éthicien n’est pas un gourou, c’est quelqu’un qui pose des questions, qui raisonne une solution. Ça demande un cheminement.

Un des champs de réflexion intéressant pour l’éthique actuellement, c’est l’intelligence artificielle. Est-ce que les développements dans ce domaine vous préoccupent ?

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle, sinon un algorithme qui calcule très vite et qui a une possibilité supérieure à la vôtre et à la mienne de gagner aux échecs ? Moi, je m’intéresse à l’après-intelligence artificielle. Le problème qu’on voit sur le plan éthique, c’est la rupture du lien social. C’est le fait qu’on ne regarde plus la rue, mais son GPS. Qu’on ne regarde plus dehors pour savoir le temps qu’il fait, mais bien son téléphone. On commence à préférer la compagnie d’un algorithme ou d’un écran à la compagnie des humains. Ça, ça me préoccupe. Avec Ethikos [la firme qu’il a fondée], on mène actuellement un sondage sur les jeunes et le futur à travers le monde. On leur pose entre autres la question : « Si vous pouviez tomber en amour avec un robot, le feriez-vous ? » Et il y a un pourcentage de jeunes qui répond oui. Et quand on leur dit « oui, mais ce ne sera pas de l’amour », ils répondent : « pas grave, on ne sera pas contredit ». Ça, ce sont les conséquences de l’IA, et c’est inquiétant. Depuis quelques années, l’humain a commencé à renoncer à réfléchir, et ce renoncement-là, il est facilité par des applications. Le plus grand péril de l’intelligence artificielle, c’est de perdre l’intelligence naturelle. Le lien social est en profonde transformation et il faut y faire attention. Comme éthicien, ça me préoccupe beaucoup.

L’éthique pour tous même vous ! : petit traité pour mieux vivre ensemble

René Villemure

Éditions de l’Homme 

224 pages

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.