Dans le rétroviseur/Volkswagen Beetle

Auf wiedersehen, adios et au revoir

Dans cette série de quatre volets, Éric Lefrançois revisite quatre voitures audacieuses, ambitieuses, voire mythiques pour certains, qui ont fait l’histoire, et qui célèbrent toutes cette année un anniversaire.
Aujourd’hui : quand Volkswagen cesse de produire la Beetle.

Elle se nommait Type 1. Ses admirateurs, en raison sans doute de sa bouille sympathique et de son toit arqué, l’ont appelée Kafer (Allemagne), Beetle (États-Unis), Cox (Angleterre), Maggiolino (Italie), Fusca (Brésil), Vocho (Mexique), Peda (Bolivie), Kodok (Bolivie) et Coccinelle… Peu importe le nom qu’on lui a donné, toutes générations confondues, plus de 22 millions d’unités ont été produites. Un record qui ne sera vraisemblablement jamais dépassé.

L’auto d’Adolf ?

Imaginée par Ferdinand Porsche bien avant la Seconde Guerre mondiale, la Volkswagen Type 1 fait sa première apparition publique, sous la forme d’un cabriolet, à Berlin en 1938 sous le régime nazi. Instrument de propagande du IIIe Reich, la Type 1 est officiellement rebaptisée la KdF-Stadt (pour Kraft durch Freude, la force par la joie) et va permettre à Adolf Hitler de tenir la promesse faite quatre ans plus tôt, au Salon automobile de Genève, de doter l’Allemagne d’une voiture capable de transporter une famille de quatre personnes et qui soit accessible financièrement (environ 400 $CAN à l’époque). La production de ce modèle débute dans la ville-usine de Wolfsburg, mais la guerre met un frein à sa production de masse. Seulement 1785 Type 1 verront le jour avant la fin du conflit armé. Avant de céder aux syndicats allemands, la Grande-Bretagne a l’occasion de relancer l’usine à l’aide des constructeurs automobiles britanniques. Tous sont sollicités, mais aucun ne saisit l’occasion. « La Type 1, écrivent-ils, est inintéressante, mal bâclée techniquement et ne répond à aucun critère fondamental digne d’une automobile. »

Le doute avant le succès

Même si elle est considérée comme étant la « voiture d’Hitler », la Type 1 change de paradigme et devient le symbole de la reconstruction de l’Allemagne. Et ça fonctionne. En 1950, on fête l’assemblage de la 100 000e unité. Cinq ans plus tard, la millionième. Le marché de l’exportation facilite l’envol de cette Volkswagen, mais pas aux États-Unis. À sa première année de commercialisation (1949), seulement deux unités trouvent preneur. Le calme avant la tempête. Plus de 5 millions de Beetle poseront leurs roues sur les highways et autres interstates par la suite.

Vis, galet et 60 ch

Produite entre 1938 et 2003, la Type 1 originale a connu plusieurs évolutions techniques, esthétiques et mécaniques. Toutefois, l’architecture, elle, est toujours demeurée la même : implantation du moteur à plat refroidi à l’air et roues motrices à l’arrière, suspension à roues indépendantes et direction à vis et galet. La motorisation bicylindre de ses débuts a été remplacée par des quatre-cylindres dont la puissance n’a jamais dépassé les 60 ch… Le modèle de la renaissance, la New Beetle, fait table rase du passé et adopte une architecture totalement différente (moteur à l’avant, traction).

Filmographie et culture pop

Le grand écran a contribué à la carrière de ce modèle (rappelez-vous Un amour de Coccinelle de Disney en 1969) et à entretenir son mythe (Transformers en 2018). La culture pop également. Il suffit de rappeler la présence de ce modèle sur la pochette de l’album des Beatles Abbey Road, voiture dont la plaque d’immatriculation (28 IF) avait été interprétée comme un signe précurseur de la mort de Paul McCartney. D’ailleurs, la Coccinelle blanche en question et sa plaque ont été vendues aux enchères en 1986 pour la somme de 23 000 $US. On peut aujourd’hui la voir à Wolfsburg, siège de la marque Volkswagen.

Humour et autodérision

Une partie du succès de la Beetle s’explique aussi par les multiples déclinaisons dont elle a fait l’objet par des préparateurs pas toujours spécialisés (transformée en Buggy ou en bateau, par exemple), les records obtenus (36 étudiants entassés à bord de l’une d’elles) et les publicités qui manient l’humour et l’autodérision. Parmi celles-ci, on se souviendra de la campagne « Think small » qui s’est vu décerner, en 1999, le titre de meilleure publicité des 100 dernières années.

Vague néo-rétro

La production de la Beetle originale se poursuit en 1994 à l’usine de Puebla, au Mexique, lorsque le petit-fils de Ferdinand Porsche, Ferdinand Piëch, présente une étude postmoderne ou néo-rétro, c’est selon, de la Beetle. À part de nombreux clins d’œil esthétiques, cette seconde génération qui déclenchera une véritable « Beetlemania » à sa sortie en 1999 n’a rien à voir avec le modèle fondateur. En revanche, sa résurrection déclenche une vague de nostalgie chez plusieurs constructeurs automobiles. On se souviendra que, dans la foulée de la New Beetle, Chrysler a lancé la PT Cruiser, Ford a redonné formes et couleurs à la Thunderbird et BMW a donné une seconde vie à la Mini.

En rappel

La chaîne d’assemblage s’est tue. Déjà, les dernières unités attendent leurs nouveaux propriétaires chez les concessionnaires de la marque. Cette dernière ne dit rien de ses intentions, encore moins si la Beetle reposera désormais en paix. On en doute. Depuis un certain temps, la marque allemande laisse courir la rumeur du retour d’une autre icône, le Combi, et au dernier salon de Genève, il a exposé une étude conceptuelle de la Buggy – déclinaison artisanale de la Beetle en son temps – précédée du sigle ID, qui préfigure la gamme de véhicules électriques de la marque.

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