BIG AIR JAMBOREE

Les secrets d’une compétition hors normes

Québec — Ça fait 28 ans qu’on présente des Coupes du monde de ski et de snowboard acrobatiques dans la région de Québec, mais c’est évidemment l’imposante structure du Big Air Jamboree, sur l’îlot Fleurie sous le pont d’étagement de l’autoroute Dufferin-Montmorency, qui donne à l’événement tout son caractère depuis une dizaine d’années.

Haute de 40 m, la structure tire avantage de l’environnement de l’endroit, directement sur la pente rocheuse qui sépare la Haute-Ville et le quartier Saint-Roch, mais elle doit aussi tenir compte des imposantes infrastructures routières tout autour.

Laurent Beaudry est le chargé de projet technique responsable du montage du site. Laissons-le expliquer les secrets d’une compétition hors normes.

« Nous sommes coincés entre plusieurs rues et autoroutes, des viaducs aussi, et nous essayons vraiment d’exploiter au maximum tout l’espace dont nous disposons. En fait, depuis 10 ans, la rampe a beaucoup évolué. Au début, l’orientation et l’angle de la pente étaient différents, avec une zone d’atterrissage dans une autre partie de l’îlot Fleurie. La structure a aussi déjà été plus haute, mais nous utilisons maintenant beaucoup mieux la falaise à laquelle nous accrochons nos échafaudages.

« La FIS a aussi des exigences très rigoureuses pour la pente et, depuis l’an dernier, nous travaillons avec Max Hainault et l’équipe de Maximize [centre d’entraînement réputé des Laurentides] afin de fabriquer la meilleure rampe possible pour les compétiteurs. »

Un échéancier serré

Plusieurs mois de travail par une équipe d’une cinquantaine d’ouvriers sont nécessaires pour ériger la structure.

« Ça commence au début décembre, quand on doit installer les pattes des échafauds, avec l’aide d’un arpenteur, afin de ne pas se laisser surprendre par la neige, souligne Laurent Beaudry. On s’attaque ensuite au montage proprement dit de l’échafaudage au début janvier et ça représente deux gros mois de travail. L’habillage du site – les rampes, les filets, les structures pour l’éclairage – prend environ trois semaines. L’éclairage lui-même n’arrive que la semaine avant la compétition. La sécurité des athlètes est évidemment primordiale, mais aussi celle de nos ouvriers. »

« On travaille un peu comme des monteurs de lignes, avec des équipements de sécurité similaires. Imaginez nos gars qui doivent installer les lourdes feuilles de plywood qui bordent la rampe avec des vents de 40 km/h ! »

— Laurent Beaudry

« Pour ce qui est de l’enneigement, on utilise un souffleur pour la zone d’atterrissage et ça, c’est le plus facile. Pour la rampe et le saut, il faut tenir compte des charges qui s’exercent sur la structure. Un échafaud, c’est fort – nous utilisons quand même 18 000 pi3 de neige ! –, mais il y a une limite d’épaisseur à respecter [18 po].

« On doit utiliser une grue et une boîte de 5 pi sur 8 pi pour transporter la neige sur la rampe. Ça nous prend une journée pour la zone d’atterrissage, puis quelques jours, avec la grue, pour la rampe. Ensuite, c’est important d’assurer l’entretien continu du site, car nous utilisons une neige artificielle qui adhère parfaitement à la structure et assure une bonne vitesse aux compétiteurs. Chaque fois qu’il neige, il faut littéralement déneiger le site. »

Des trucs de sorciers

On prévoit jusqu’à 20 mm de pluie aujourd’hui à Québec et les organisateurs ont présenté toutes les qualifications hier afin de préserver les installations pour les finales de demain.

« Nous n’avons pas vraiment d’inquiétudes pour la neige, qui est quand même épaisse, explique Laurent Beaudry. Nous avons d’ailleurs besoin de scies mécaniques et de pics, après la compétition, quand nous devons évacuer toute la neige pour procéder au démontage.

« Il faut aussi savoir qu’on arrose déjà la piste tous les soirs afin de nous assurer que la neige soit toujours humide et “travaillable”. Le poids est toutefois une préoccupation et nous avons prévu des toiles pour recouvrir la rampe au besoin.

« Et quoi qu’il arrive demain [aujourd’hui], nous avons les moyens de nous assurer que les conditions soient optimales et sécuritaires pour les compétiteurs. Selon les conditions, nous pouvons utiliser du sel ou différents produits chimiques qui permettent de préserver la surface de la piste. »

Blouin brille en qualifications

La Québécoise Laurie Blouin, championne du Big Air au X Games en surf des neiges, estime que les installations de Québec sont probablement les meilleures sur le circuit international. « Ce n’est pas le plus gros saut, mais l’angle est parfait et, comme la neige est relativement molle dans la zone d’atterrissage, on peut y tenter tout ce dont on a envie. En finale, si les conditions sont bonnes, je vais peut-être tenter un nouveau saut… »

Blouin s’est qualifiée sans aucun problème hier midi avec une note de 92,50 à son premier saut, bonne pour la deuxième place derrière l’Américaine Julia Marino (94,50). Aucune autre Canadienne ne sera de la finale en surf des neiges demain. « C’est vraiment cool de terminer ma belle saison ici à la maison, a confié la planchiste de 23 ans qui est originaire de Stoneham. Gagner aux X Games m’a procuré une sensation incroyable et j’ai l’impression d’être encore sur mon nuage. Ce serait bien de finir la saison sur une autre bonne note ! »

En ski acrobatique, c’est la jeune Canadienne Megan Oldham (17 ans) qui a causé la surprise en prenant la première place des qualifications avec une note de 92,50 à son deuxième saut. Elle a devancé la championne en titre Mathilde Gremaud, de Suisse (90,00). Les Canadiennes Elena Gaskell (85,75) et Yuki Tsubota (82,00) se sont également qualifiées pour la finale de demain.

Beaulieu-Marchand rate la finale

Alex Beaulieu-Marchand espérait ponctuer une saison de rêve avec une bonne performance au Big Air Jamboree, chez lui à Québec, mais le skieur n’a pu franchir l’étape des qualifications hier matin. Avec une note de 84,50 à son premier saut, le Québécois est resté à 2,5 points de la 10e place, la dernière donnant accès à la finale de demain.

« J’ai réussi le saut que je voulais, mais je n’ai pas maîtrisé parfaitement l’atterrissage, a-t-il expliqué. Au deuxième saut, j’ai raté mon grab et je n’avais plus assez de rotation pour compléter le triple… C’est frustrant, parce que je suis un compétiteur, mais j’ai maintenant assez de maturité pour comprendre que ce n’est pas une seule compétition qui définit ma saison. J’ai gagné trois médailles aux X Games, une médaille aux Mondiaux… Je serai là pour la finale, mais ce sera au milieu des spectateurs ! »

Le Québécois Philippe Langevin a eu plus de réussite en obtenant la septième place avec une note de 88,75 à son premier saut. Le Canadien Max Moffatt, neuvième avec 88,00 à son deuxième saut, sera aussi de la finale. C’est le Suisse Fabian Boesch qui a dominé les qualifications avec un pointage de 93,75.

En surf des neiges, les Québécois Francis Jobin, 11e, et Nicolas Laframboise, 12e, ont raté la finale de justesse. Avec un total de 139 points pour ses deux meilleurs sauts, le premier a échoué à seulement 0,75 point de sa qualification. Les Canadiens William Buffey, 7e, et Carter Jarvis, 9e, seront quant à eux de la finale. En l’absence de plusieurs têtes d’affiche, c’est le Néerlandais Niek Van der Velden qui a dominé les qualifications avec un total de 166,75 points.

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