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« C’est arrivé au marathon »

Le 4 mars dernier, Jean Robitaille participait au demi-marathon hypothermique sur le circuit du parc Jean-Drapeau. Il mesurait sa progression en vue d’affronter les 42,2 km du marathon de Montréal, en septembre prochain. À 8 km de la fin, il a pourtant abandonné son chrono et choisi de ralentir. Retour sur un moment rempli d’humanité.

« Montréal, en septembre, ce sera mon premier marathon à vie, explique le coureur de 55 ans. En mars dernier, cette course hivernale devait me servir à prendre le pouls de mon entraînement. Au fil du parcours, j’avais noté que je courais au même rythme que cette femme, Marie-Claude. On se dépassait l’un et l’autre, prenant la tête à tour de rôle. »

À 40 ans, Marie-Claude Massie – qui occupe un poste de direction à La Presse – court depuis une quinzaine d’années, a deux marathons complets à son actif (Montréal et Ottawa) et a couru jusqu’à son huitième mois de grossesse. « Ça fait plusieurs années que je participe au demi-marathon hypothermique, dit-elle. C’est un automatisme de m’inscrire. » Pourtant, ce jour-là, l’athlète connaissait une course difficile.

« À 8 km de la fin, je n’avais plus d’énergie. J’appréhendais les kilomètres qu’il me restait à faire… Je ne m’imaginais pas maintenir le même rythme encore bien longtemps. J’avais tellement besoin d’arrêter. »

– Marie-Claude Massie

Jean Robitaille avait remarqué qu’elle ne le dépassait plus. C’est là qu’il a décidé de ralentir… pour l’attendre. « Allez ! On va courir ensemble. » Pour le reste de la course, jusqu’au fil d’arrivée, il a gardé le contact avec elle et lui a offert ses mots d’encouragement.

« En gardant mon rythme, j’aurais fait un meilleur temps, et j’aurais eu une satisfaction toute personnelle. En ralentissant, on pouvait vaincre à deux et partager une victoire. »

– Jean Robitaille

Marie-Claude, elle, n’hésite pas à dire que ce qu’a fait cet inconnu est énorme. « Il m’a donné un gros paquet d’énergie. Il a pris soin de moi tout en gérant sa propre course ! Ultimement, il a repris un peu d’avance, mais, à 150 mètres de la fin, il m’a fait face, a attendu que j’arrive à sa hauteur, puis nous sommes repartis ensemble. Son geste m’a tellement touchée ! »

Quand on demande à Jean Robitaille pourquoi il a fait ça pour une pure inconnue, il évoque d’abord ce souvenir qui l’a mené à la course. L’école Armand-Corbeil de Terrebonne, où Jean est directeur, avait choisi d’organiser un cross-country sur un parcours de 3 km pour souligner la rentrée scolaire.

« Une élève m’avait dit : "Quoi ? Trois kilomètres ? Je ne vais jamais courir ça !" Elle ne voulait rien savoir. Pour l’encourager, je lui ai proposé de courir à ses côtés. J’étais sédentaire et j’avais 47 ans. J’ai trouvé ça difficile. Trois mois après ce petit défi, j’ai pourtant commencé à m’entraîner », avoue celui qui préfère toujours la solidarité à la performance.

« Je cours pour me libérer l’esprit. La course me met à "pause". En joggant, le corps avance rapidement, mais à l’inverse, le cerveau, lui, ralentit. »

– Jean Robitaille

En septembre prochain, Zoé, la fille de Marie-Claude qui est aujourd’hui âgée de 3 ans, parcourera son tout premier kilomètre de course officielle main dans la main avec sa maman, tout cela au même événement à l’occasion duquel Jean Robitaille affrontera son premier marathon complet. « Si jamais je songe à abandonner en cours de course, je vais penser aux efforts fournis par Marie-Claude en mars dernier, et j’espère qu’il se trouvera alors quelqu’un au cœur de cette course… pour oser ralentir ! »

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