Portrait du mois

De la bohème à l’auberge 4 étoiles

Il est de ces endroits où on se sent bien dès qu’on y met les pieds. Et, (très) souvent, ce sentiment de félicité découle de l’attitude et de la personnalité des maîtres des lieux. C’est ce qu’on se dit en tout cas en entrant à l’auberge champêtre tenue par Valérie Calusic. Originaire de Laval, celle-ci a baroudé au bout du monde avant de prendre la relève de ce secret, qui est d’ailleurs le mieux gardé de l’Estrie, à Ham-Sud. Allergique à la routine, cette bohème invétérée invite ses hôtes à sortir du quotidien en prêchant par l’exemple.

« Les gens viennent ici relaxer dans la nature. Moi, je l’ai à portée de main. »

Tandis qu’on discute dans la salle à manger au son des chants d’oiseaux, une famille termine son petit déjeuner concocté avec les produits du marché. Les grandes fenêtres donnent sur un étang entouré de feuilles immenses appelées oreilles d’éléphant.

Depuis près de deux ans, Valérie règne sur son domaine fleuri érigé au début des années 1800, dans le plaisir et en bonne compagnie : son mari aux travaux manuels, son cadet aux tables et ses amis en cuisine ou à l’entretien. Chacun y apporte sa touche personnelle. Quant à elle, elle s’affaire partout à la fois sans jamais perdre le sourire ni donner l’impression d’être surmenée. « J’ai 46 ans, j’ai fait la fête en masse, je ne me sens pas en reste. Mais la tripeuse que je suis n’est jamais loin », dit-elle dans un grand rire, avant d’évoquer ces soirées passées sur la terrasse à refaire le monde ou à chanter dans son salon avec les amis.

Tours et détours d’une tripeuse

C’est à se demander quel chemin elle a pu prendre pour hériter de cette auberge 4 étoiles. « La vie m’a offert un cadeau. L’endroit est magnifique, avec tout le boulot qui vient avec, mais j’étais préparée. »

Devenue mère de trois enfants de trois pères différents dans la vingtaine, elle a élu domicile à Ham-Sud pour les élever. « J’ai vécu pendant 15 ans avec le père de mon petit dernier dans une maison construite au fond d’un rang, avec panneaux solaires, animaux, jardins et plantes médicinales. Les premières années, je faisais l’école à la maison. Bref, le gros trip dans un endroit paisible ! » Elle travaille alors au resto du Mont-Ham et fait du prêt-à-manger. Devant le succès de ses végépâtés, pizzas et autres confits d’oignon, elle monte sa petite entreprise, de concert avec les producteurs locaux.

En 2013, coup de tonnerre. Son conjoint la quitte et la voilà qui sombre au fond du trou. « Mes enfants étaient grands. Je pouvais me permettre de foutre le camp dans l’Ouest canadien. » À son retour au Québec, elle s’installe sur l’érablière familiale, dans une cabane sans électricité ni eau courante. Puis repart, en Inde cette fois, où elle s’éprend d’un Belge flamand, qui craque pour elle et sa « cabane au Canada ».

De retour en Estrie avec son nouvel amoureux, elle croise le propriétaire de l’auberge du coin, qui est alors atterré par le départ de sa cuisinière. Ne faisant ni une ni deux, Valérie lui offre son aide. « De fil en aiguille, il m’a fait savoir qu’il voulait prendre sa retraite. Je lui ai lancé à la blague : "Veux-tu nous financer ?" Le lendemain, il est arrivé avec des colonnes de chiffres démontrant la faisabilité du projet. »

Depuis, finis les boulots saisonniers. Mais pas question de sombrer dans la routine pour autant. Ça se voit dans les détails. Comme les cours de yoga au bord de l’étang, la musique soigneusement choisie ou le menu qui n’offre ni steak ni poulet. « J’incite les gens à oser le canard, le sanglier, le lapin… Sans que ça paraisse, je les pousse à sortir de leur quotidien. »

Son défi ? Décrocher. « Il y a toujours quelque chose à faire, ici. Oui, c’est prenant, mais ça me permet de bien vivre, maintenant. » Si vous arrivez l’été, en début d’après-midi, ne cherchez pas Valérie. Elle est sûrement allée s’étendre au lac d’Argent. « De retour à 17 h ! »

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