Éditorial

Trump, président affaibli des États-Désunis

Les États-Unis souffrent d’un trouble sévère de la personnalité.

Il y a un solide bloc d’électeurs qui détestent Donald Trump. Mais il y a aussi un solide bloc d’électeurs qui adorent Donald Trump.

Le résultat des élections d’hier a confirmé cette fracture.

Le nombre d’Américains qui n’en peuvent plus de leur président a été suffisant pour permettre aux démocrates de reprendre le contrôle de l’une des deux chambres du Congrès des États-Unis : la Chambre des représentants.

C’est une bonne nouvelle. Cela signifie que le président est affaibli. Il ne pourra plus faire la pluie et le beau temps aussi facilement à Washington. Son parti ne contrôle plus tous les leviers du pouvoir dans la capitale américaine. C’est rassurant.

Mais le nombre d’Américains qui vénèrent leur président a été suffisant pour permettre aux républicains de conserver leur majorité dans l’autre chambre : le Sénat. Plusieurs sénateurs démocrates, siégeant dans des États où Donald Trump avait triomphé il y a deux ans, ont même été battus.

En ce sens, les élections d’hier ont aussi prouvé que la victoire de Donald Trump en 2016 n’était pas un accident de parcours.

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Les États-Unis souffrent d’un trouble sévère de la personnalité.

Une partie du pays ne jure que par la version du rêve américain présentée par Donald Trump. L’autre partie reste accrochée à la version défendue par Barack Obama.

L’ancien président, qui a fait campagne pour soutenir plusieurs candidats démocrates, a déclaré ces derniers jours que le scrutin d’hier était un vote sur « le caractère » des États-Unis.

Les Américains allaient-ils succomber aux « discours conçus pour nous mettre en colère et nous faire peur et conçus pour tirer profit de nos divisions historiques : raciales, ethniques et religieuses » ? Ou bien allaient-ils opter pour « une vision plus ouverte, plus prospère et plus généreuse de l’Amérique » ?

Une partie du pays a donné raison à l’ancien président et l’autre partie a donné raison au nouveau.

Les États-Unis sont désunis. Leur pays, ce n’est pas un pays, c’est un ensemble de tribus.

À la base, il y a une tribu rouge (les républicains) et une tribu bleue (les démocrates).

Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi la tribu des villes (souvent associée à la tribu des banlieues) et la tribu des régions.

N’oublions pas non plus la tribu des femmes blanches qui détiennent un diplôme universitaire et celle des hommes blancs qui n’en ont pas. La première vote davantage pour les démocrates et la seconde se passionne pour Donald Trump. Ces deux groupes sont plus divisés que jamais, révélait récemment le Wall Street Journal. C’est désormais ce « fossé infranchissable qui explique la politique américaine », selon le quotidien américain.

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Le scrutin d’hier était un référendum sur Donald Trump. En fin de compte, des millions d’Américains ont décidé qu’ils ne lui faisaient pas assez confiance pour lui donner carte blanche une nouvelle fois.

Beaucoup de gens espéraient que les démocrates allaient triompher sur toute la ligne. Que les Américains exprimeraient leur ras-le-bol avec plus de vigueur. On peut malgré tout se consoler. Donald Trump pourra enfin être forcé de rendre des comptes.

Au cours des deux premières années de son mandat, il a eu les coudées franches parce que les deux chambres du Congrès donnaient le feu vert presque automatiquement à tout ce qu’il souhaitait. Ce ne sera plus le cas.

Mais le scrutin montre également aux démocrates qu’ils ne doivent pas prendre leurs désirs pour des réalités. Ils devront se lever de bonne heure – et choisir avec soin leur candidat à la présidence – pour convaincre les Américains de ne pas réélire Donald Trump en 2020.

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