Plein air

Un randonneur, qu’est-ce que  ça mange en hiver ?

Bon, ça y est, la carotte est congelée. Complètement. De toute évidence, ce n’était pas une idée géniale d’apporter des crudités en randonnée en raquettes à - 17 oC.

Quand vient le temps de préparer un goûter pour une journée de plein air en hiver, il y a certaines considérations à garder en tête. Ce qui fonctionne bien en plein été n’est pas nécessairement approprié au début de mars. Et l’alimentation devient particulièrement importante lorsqu’il faut se protéger du froid.

« Entre la personne qui gèle et celle qui ne gèle pas, l’équipement joue un rôle, bien sûr, mais la nourriture y fait pour beaucoup », affirme Odile Dumais, spécialiste de la question. Titulaire d’une maîtrise en nutrition, auteure du livre de recettes et de conseils La gastronomie en plein air, elle a effectué plusieurs expéditions en Arctique.

« En hiver, on dépense beaucoup plus d’énergie à cause du froid. Juste respirer, réchauffer l’air qui entre dans les poumons, c’est beaucoup. »

— Odile Dumais, auteure du livre La gastronomie en plein air

Il faut donc emmagasiner le plus d’énergie possible. Selon Mme Dumais, on devrait même commencer à s’y atteler la veille de la journée de plein air.

« Ce qui va aider à la randonnée à 9 h le matin, ce n’est pas le déjeuner : il est encore dans l’estomac. C’est le repas de la veille. »

Elle préconise des glucides lents, comme des pâtes, du quinoa, du riz ou de l’orge.

« L’orge, c’est le plus concentré en glucides lents, plus encore que les pâtes ou les lentilles. »

Elle suggère de souper assez tôt pour que l’estomac commence à travailler avant d’aller dormir et pour avoir un meilleur sommeil.

« Pendant le sommeil, ça se transforme et ça va se stocker dans les muscles. Quand tu te lèves, tu es plein d’énergie pour réaliser ce que tu veux réaliser. »

des protéines pour se réchauffer

Il faut quand même commencer la journée avec un bon déjeuner axé sur les protéines : des fèves au lard, des œufs, etc.

« Le nutriment qui réchauffe le plus, ce n’est pas le sucre ni le gras, mais les protéines, affirme Mme Dumais. Ça prend trois à quatre heures à digérer. Pendant que tu digères ça, tu libères de la chaleur. »

Pour la journée elle-même, elle recommande de courts arrêts toutes les heures pour grignoter un peu : du sucre, des glucides, mais aussi des protéines et des lipides. Elle suggère ainsi du fromage, des noix, de bons fruits séchés, du gingembre cristallisé, de la pâte d’amande.

« La pâte d’amande, c’est tellement un bon mix : c’est du sucre et de bons gras. Évidemment, il faut faire de l’exercice quand on mange ça : c’est tellement bourratif, calorique. »

— Odile Dumais, auteure du livre La gastronomie en plein air

Lorsqu’on a un petit manque d’énergie en chemin, c’est le temps de sortir des desserts qui constituent une source d’énergie rapide : des biscuits, des gâteaux.

Le classique gâteau aux carottes est un bon choix, tout comme le pain aux bananes.

« C’est plein de gras, soutient Odile Dumais. Ça t’apporte de l’énergie tout de suite. »

Il faut faire attention à certains types de barres tendres : certaines deviennent dures comme du ciment lorsqu’il fait très froid, on risque donc de perdre quelques dents au passage.

À la soupe !

Odile Dumais suggère de s’arrêter un peu plus longtemps à l’heure du midi (s’il ne fait pas trop froid, évidemment). C’est le temps de sortir le thermos avec de la soupe bien chaude : de la crème de légumes, une soupe aux lentilles, etc. Un autre thermos devrait contenir une boisson chaude, comme du thé ou du bouillon. En hiver, il est très important de bien s’hydrater.

« S’il te manque des liquides, le sang va épaissir, la circulation ne sera pas aussi bonne. Il faut bien s’hydrater pour que la circulation reste fluide, jusqu’aux extrémités des mains et des pieds. »

Lorsqu’on a la chance de dîner dans un refuge chauffé par un poêle à bois, on peut se faire plaisir avec un sandwich enveloppé dans du papier d’aluminium qu’on place sur le poêle pour le faire griller. Le but ultime est de faire dorer le pain et de faire fondre le fromage. C’est un art.

Le thermos de chocolat chaud devient plus important lorsqu’on doit manger à l’extérieur.

« Quand tu passes six ou sept heures dehors, apporte des choses que tu aimes. »

— Odile Dumais, auteure du livre La gastronomie en plein air

Elle-même apprécie des bagels au saumon et au fromage à la crème et des sandwichs aux cretons.

« C’est des glucides, des protéines, du gras. »

Les crudités n’ont manifestement pas leur place.

« Qui veut croquer dans une carotte ou un morceau de céleri à - 30 oC ? s’exclame Odile Dumais. Ça gèle, c’est désagréable à manger. Mieux vaut un morceau de fromage. »

« Si tu sors ta carotte, tu vas faire rire de toi. »

La gastronomie en plein air

Odile Dumais

Québec Amérique, 280 pages

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