Oser faire évoluer l’industrie de la chaussure

Des escarpins de luxe à juste prix

Mules à pois, mocassins violets, sandales jaunes, sneakers blancs, besaces en poil de chèvre… La boutique Maguire s’éclate dans la chaussure et les sacs à main. Si elle se permet de telles fantaisies, c’est que ses créations haut de gamme demeurent accessibles. Rencontre avec la cofondatrice et designer Myriam Belzile-Maguire qui, grâce à un modèle d’affaires repensé, réussit à offrir du luxe à juste prix.

Entre les coûts de production et le prix de vente, il y a tout un monde, régi par un modèle d’affaires traditionnel truffé d’intermédiaires. Résultat : un sac en cuir d’une marque de luxe qui coûte 33 $ à produire se détaillera 800 $.

Myriam Belzile-Maguire savait tout ça lorsqu’elle a lancé la boutique Maguire avec sa sœur Romy, à l’automne 2017, sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal. Elle savait aussi qu’elle avait envie d’offrir un modèle d’affaires différent, qui lui permettrait de vendre moitié moins cher que les gros joueurs.

Comment ? En produisant en petites quantités et en faisant de la vente directe uniquement.

« On fabrique des produits de qualité originaux dans les mêmes manufactures que les grandes marques. Or comme on n’a ni agent, ni distributeur, ni revendeur, qu’on traite nous-mêmes avec les usines et qu’on vend les produits directement aux gens, le bon prix est fixé dès le départ », explique l’entrepreneure de 33 ans.

Et les deux sœurs ne font pas de cachotteries. Tous les coûts de production (manufacture, transport, emballage, douanes…) sont détaillés sous la semelle. Ainsi, personne ne se sent lésé ou contraint d’attendre les soldes pour se procurer l’accessoire convoité.

Pas née de la dernière pluie

Cette connaissance aiguë de l’industrie, Myriam Belzile-Maguire la maîtrise depuis belle lurette. Et ce rêve de dessiner des chaussures l’habite depuis toujours. Aussi son parcours a-t-il été linéaire : études en design industriel à Montréal suivies d’un an de formation en design de chaussures à Londres – la même école qui a vu défiler Jimmy Choo, entre autres designers connus.

« Tout de suite après, j’ai commencé à travailler dans l’industrie. Benetton, Aldo, Pajar… Après 10 ans, j’étais rendue au top. J’avais envie de faire autre chose. Si je voulais rester à Montréal, je n’avais pas le choix de lancer ma propre entreprise », dit Myriam.

Elle a refusé une offre à Singapour, une autre au Portugal. La jeune femme avait un plan.

Tous ses voyages à travers le monde dans le cadre de son travail lui avaient apporté deux certitudes : les coûts de production ne reflètent en rien ceux en magasin, et chaque manufacture doit être choisie avec soin en vue d’établir un partenariat fructueux. Elle a planché nuit et jour sur son projet et laissé un lucratif emploi. Sa sœur Romy s’est engagée dans l’aventure.

En moins d’un an, Maguire est passée de deux produits à toute une collection. Aujourd’hui, l’entreprise ambitionne de devenir le chef de file canadien de la vente de chaussures en ligne. Rien de moins.

« On est les seules à faire de la vente directe dans l’industrie de la chaussure et des sacs à main, affirme Myriam. On s’inspire des modèles d’affaires américains, similaires au nôtre, qui se portent très bien. »

Prochain objectif : ouvrir de petits espaces éphémères un peu partout au pays, mais surtout, surtout, augmenter les ventes en ligne. « On veut repenser l’expérience d’achat pour que la boutique devienne une salle d’exposition et d’essayage. » Voilà qui ne manque pas d’audace ! « Ça en prend beaucoup pour se lancer seule, en dehors du système établi, explique Myriam en souriant. Il faut oser faire à sa tête. Oser sortir de sa zone de confort et innover. Ça prend du temps et de la persévérance, mais en fin de compte, on est gagnantes. »

La semaine prochaine, découvrez Maude Rondeau qui, par son audace, fabrique des luminaires à contre-courant du modèle de production à la chaîne.

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