États-Unis

Épidémie de haine

La crise sanitaire attise la discrimination à l'endroit des Américains d’origine asiatique, traités comme des « boucs émissaires » par une partie de la population 

Les Américains d’origine asiatique font face à une vague de discrimination à l’échelle des États-Unis qui reflète les tensions suscitées par la pandémie de COVID-19.

Les organisations qui défendent cette communauté accusent l’administration du président Donald Trump d’alimenter l’hostilité par un discours « anti-immigrants » et « xénophobe » ponctué d’attaques virulentes contre la Chine et ses ressortissants, parfois dépeints comme des vecteurs de propagation du nouveau coronavirus.

Michelle Liang, militante du Nakasec Action Fund, organisation vouée à la défense de la communauté asiatico-américaine, estime que ses membres sont aujourd’hui traités comme des « boucs émissaires » par une partie de la population déroutée par la catastrophe sanitaire en cours.

« C’est arrivé souvent dans l’histoire du pays », déplore Mme Liang, qui s’inquiète de l’augmentation du nombre d’actes haineux recensés au cours des derniers mois.

Un site a permis notamment de recenser en six semaines plus de 1700 évènements, répartis dans la quasi-totalité des États du pays.

« Nous savons qu’il s’agit simplement d’un aperçu de ce que vit la communauté asiatico-américaine au quotidien. On peut s’attendre à ce que la situation se détériore plus encore à mesure que la rhétorique anti-Chine, anti-Chinois est normalisée », a indiqué récemment dans un communiqué l’une des instigatrices du projet, Cynthia Choi, directrice adjointe de Chinese for Affirmative Action.

Nombre de plaignants affirment avoir été insultés dans la rue ou refoulés dans des commerces sur la base de leur apparence physique.

Un individu a notamment écrit « COVID-19 » sur la portière de la voiture d’un homme d’origine asiatique. Un autre s’en est pris à un vieillard de plus de 90 ans en le projetant violemment à l’extérieur d’un commerce.

Le personnel médical d’origine asiatique n’y échappe pas non plus. Le Washington Post a relaté récemment le cas d’une spécialiste d’un établissement de Boston traitant des patients souffrant de la COVID-19 qui a été interpellée par un individu lui reprochant de vouloir « tuer les Américains ».

Beaucoup de membres de la communauté relatent des agressions sur les réseaux sociaux. Une résidante de New York qui dit avoir été ciblée par un individu ayant frappé son chien a indiqué cette semaine qu’elle n’en pouvait plus d’être traitée de « mangeuse de chauves-souris » par des internautes.

Dans certains cas, l’hostilité a tourné au drame. Un immigrant d’origine birmane a notamment été attaqué à la mi-mars à Midland, au Texas, par un homme de 19 ans armé d’un couteau alors qu’il visitait un commerce avec deux jeunes enfants.

L’un d’eux a subi une profonde entaille au visage et l’autre a été blessé au dos, mais le pire a pu être évité grâce à l’intervention d’un agent frontalier se trouvant par hasard dans le secteur.

Le FBI a relevé que l’agresseur « pensait que la famille était chinoise et infectait les gens avec le coronavirus ».

Le corps policier avait indiqué dans une analyse divulguée en mars par la chaîne ABC que le nombre de crimes contre des Américains d’origine asiatique était susceptible de « monter en flèche » parce qu’une « portion du public américain allait associer la COVID-19 avec la Chine » et cette communauté.

Détérioration de l’image de la Chine

Une étude divulguée jeudi par le Pew Research Center indique que l’image de la Chine s’est considérablement détériorée aux États-Unis.

Les deux tiers de la population ont dit avoir une opinion négative du pays, le plus mauvais résultat observé depuis que l’organisation a commencé à colliger cette statistique en 2005.

La détérioration est marquée tant chez les démocrates que chez les républicains, mais paraît particulièrement prononcée parmi les partisans du président, qui a encore accentué l’intensité de ses attaques contre le régime chinois au cours des dernières semaines.

Mercredi, il a affirmé que Pékin était responsable d’une « tuerie de masse planétaire », suscitant une vive réplique de la Chine, qui l’accuse de vouloir détourner l’attention des ratés enregistrés aux États-Unis dans la lutte contre la COVID-19.

Mme Liang note que le candidat démocrate à la prochaine élection présidentielle, Joe Biden, a aussi contribué récemment à la discrimination envers sa communauté en reprochant, dans un message publicitaire, au président de s’être fait berner par la Chine au début de la pandémie et d’avoir trop tardé à fermer la frontière à ses ressortissants.

Ce discours renforce la trame narrative anti-chinoise développée par Donald Trump « pour détourner l’attention » et contribue au sentiment d’« isolement » que peuvent ressentir les Américains d’origine asiatique dans le contexte actuel, déplore-t-elle.

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