Cold War

Quatre questions à Pawel Pawlikowski

Après Ida qui a remporté l’Oscar du meilleur long métrage en langue étrangère en 2015, le réalisateur polonais Pawel Pawlikowski nous revient avec Cold War, tout aussi percutant dans son propos comme dans sa forme. Tourné en noir et blanc, le film raconte l’histoire d’un couple qui se fait et se défait dans une Pologne d’après-Seconde Guerre mondiale où le communisme s’installe et s’impose. La Presse en a parlé avec le réalisateur joint à New York.

Commençons par la fin. Vous dédiez le film à vos parents. Pourquoi ?

Mes parents me rappellent l’univers que je mets en lumière dans le film. C’est aussi l’univers dans lequel ils ont vécu, de 1948 à 1989. Ils avaient des similitudes avec les deux personnages principaux du film, notamment dans le genre de relation d’amour faite de séparations et de retrouvailles durant 40 ans. Ils sont morts en 1989 ensemble juste avant la fin de la guerre froide et il me semblait approprié de dédier le film à ces deux personnes les plus importantes de ma vie. Bien sûr, j’aurais aimé qu’ils soient témoins de la fin de la guerre froide, mais ça n’a pas été le cas.

Il est toujours fascinant de s’intéresser aux période qui suivent immédiatement un grand événement, comme ici avec l’instauration du communisme au lendemain de la guerre. Vous êtes d’accord ?

Oui. De façon générale, j’aime camper mes histoires durant des moments historiques forts. Le cours de l’histoire a des impacts importants sur la vie des gens. Et, dans le sens contraire, la vie des gens ordinaires illumine l’histoire qui se fait sans pour autant l’expliquer. Le cinéma permet de faire ressentir dans quel état d’esprit pouvaient être des individus témoins de l’histoire en construction sous leurs yeux. Par ailleurs, la vie n’était pas très joyeuse ni très colorée dans la Pologne de 1948. De là mon choix, comme dans Ida, de tourner Cold War en noir et blanc.

Que voyez-vous en Joanna Kulig et Tomasz Kot pour incarner les personnages principaux de Zula et Wiktor ?

Je connais Joanna depuis bien longtemps. Elle possède de très belles qualités pour incarner Zula. Elle est allumée, spontanée, authentique. Il y a quelque chose de sans âge chez elle. Elle peut incarner autant une femme d’aujourd’hui qu’une autre dans les années 40 ou 60. La même chose peut être dite à propos de Tomasz, l’interprète de Wiktor. Je ne voulais pas d’un acteur qui ressemble trop à un homme d’aujourd’hui. Peu d’acteurs peuvent avoir l’aura nécessaire pour refléter un personnage des années 50.

Votre film est aussi un vibrant hommage à la musique du XXsiècle.

Tout à fait ! Mon film est aussi consacré à l’histoire de gens vivant dans le monde de la musique. Dès que j’ai décidé de réunir les deux personnages principaux à travers un ensemble musical dans lequel ils jouent, j’ai pu m’amuser à explorer la vie musicale [NDLR : au XXe siècle] sous toutes les formes possibles. La musique non seulement amène les deux héros l’un vers l’autre, mais elle est aussi le ciment de leur relation et en définit les différentes phases. Ici, la musique va jusqu’à nous situer dans des perspectives historiques et géographiques. Tout au long du film, elle évolue, passant d’un style très pompeux, pour ne pas dire stalinien, au jazz, à la chanson et même au rock’n’roll. Et les personnages, comme l’histoire, évoluent avec la musique.

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