Entrevue avec le chef de l’Assemblée des Premières Nations

Il faut « sortir le Canada du colonialisme », dit Ghislain Picard

Ottawa — Alors que les chefs des formations politiques croiseront ce soir le fer pour un ultime débat disputé en français, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, hausse le ton et réclame du futur gouvernement d’avoir « le courage de sortir le Canada du colonialisme ».

Sans détour, le chef Picard dénonce la quasi-absence des enjeux autochtones du Québec dans la présente campagne fédérale, alors qu’il y a encore une semaine, le juge à la retraite Jacques Viens déposait un rapport accablant, qui concluait que les autochtones sont victimes de « discrimination systémique » au sein de l’appareil québécois.

Bon nombre des recommandations du rapport Viens impliquent directement le gouvernement fédéral, notamment au chapitre des services de sécurité publique. « Si cet enjeu est acquis pour la population en général, ce n’est pas le cas pour les Premières Nations », soulève Ghislain Picard en entrevue avec La Presse.

Ghislain Picard cite notamment le sous-financement chronique des services policiers autochtones, problématique bien ciblée dans le rapport Viens, mais aussi dans celui de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées au pays, dont les conclusions ont été rendues publiques en juin dernier à Ottawa.

« On est passé la mi-campagne et on n’a pas encore vu l’ombre d’un plan » pour la mise en œuvre des 231 recommandations de l’Enquête nationale, déplore-t-il. « Pourquoi la question autochtone n’occupe-t-elle pas la même place qu’en 2015 » alors que les libéraux de Justin Trudeau promettaient une grande réconciliation ? s’interroge le chef.

Le rapport sur les femmes autochtones, qui avait été particulièrement dur envers le Québec, et l’examen de la commission Viens « sont venus encore une fois confirmer que la sécurité de nos populations […] n’a pas les mêmes considérations que celles dont l’ensemble de la population canadienne bénéficie », soulève M. Picard.

« La discrimination, le profilage racial, les abus de pouvoir et les traitements différentiels envers les Premières Nations nous amènent à exiger un changement en profondeur de la situation », ajoute le chef de l’APNQL, qui dit observer un « recul » de la place des autochtones dans certaines des plateformes des formations fédérales.

Dernier affrontement

Il n’est pas prévu que le thème des enjeux autochtones soit particulièrement abordé lors du grand débat national en français, ce soir. Lundi dernier, le sujet a pourtant été débattu pendant un segment entier lors de la joute oratoire en anglais. « C’est vraiment, vraiment déplorable », soutient Ghislain Picard.

Il n’arrive d’ailleurs pas à s’expliquer la situation.

« Si le débat anglais accorde un chapitre complet aux autochtones et que le réseau français offre au mieux une question sur le sujet, ça n’a aucun sens […]. Comment voir ça autrement que par du désintéressement et de l’indifférence ? »

— Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador

Au chapitre de ses préoccupations, M. Picard réclame que le Canada cesse d’hésiter à reconnaître la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il souligne en comparaison que l’Assemblée nationale, une semaine après le dépôt du rapport Viens, a adopté à l’unanimité mardi une motion visant à reconnaître les principes de la déclaration de l’ONU et à s’engager à négocier sa mise en œuvre.

Le député néo-démocrate Romeo Saganash avait présenté un projet de loi d’initiative parlementaire à la Chambre des communes lors de la dernière session visant à harmoniser les lois canadiennes avec la déclaration onusienne. Le projet de loi, qui s’était heurté à une opposition des conservateurs au Sénat, est mort au feuilleton en raison du déclenchement des élections.

Le chef Picard dénonce par ailleurs une « rupture des engagements verbalisés » par le gouvernement sortant « face aux enjeux prioritaires », prenant comme exemple la décision d’Ottawa, en pleine campagne, d’en appeler de la décision du Tribunal canadien des droits de la personne de verser des indemnités aux enfants autochtones lésés par le système de protection de la jeunesse.

Justin Trudeau a expliqué que la façon de « bien compenser » nécessitait davantage de discussions avec les communautés et que cela « demandait plus de temps ». Pour le chef Picard, il s’agit plutôt là d’une « façon détournée ou subtile de remettre en question les compensations ».

ANALYSE

Relève de la garde à Ottawa… et à Washinton

OTTAWA — Alors que la route vers l’obtention d’un deuxième mandat majoritaire est nettement plus tortueuse que prévu pour les libéraux de Justin Trudeau, les paris sont déjà ouverts pour savoir quel rôle joueront les proches collaborateurs du chef libéral s’il remporte la victoire le 21 octobre.

Dans les rangs libéraux, on tient pour acquis que Katie Telford, qui a été chef de cabinet de Justin Trudeau depuis son arrivée au pouvoir et qui a joué un rôle crucial dans les grands dossiers des quatre dernières années, notamment les relations canado-américaines, ne sera pas de retour.

On s’attend aussi à ce que Gerald Butts, qui était le secrétaire principal du premier ministre avant de remettre sa démission dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin, ne soit pas non plus de retour, même s’il est revenu donner un coup de main aux libéraux à temps pour la campagne électorale. Un retour au bureau du premier ministre pourrait soulever l’ire des députés libéraux du Québec, dont plusieurs n’appréciaient guère le style de gestion centralisateur de M. Butts quand il faisait partie de l’équipe de proches collaborateurs de M. Trudeau.

Dans le cas de Katie Telford, les conjectures vont bon train. Des sources libérales indépendantes ont confié à La Presse qu’elle pourrait être nommée ambassadrice du Canada à Washington, le poste le plus important au sein de la diplomatie canadienne. Mme Telford deviendrait ainsi la première femme de l’histoire à occuper de telles fonctions. Sa nomination s’inscrirait dans la lignée des politiques visant à promouvoir des femmes à des postes névralgiques au sein de l’appareil de l’État canadien adoptées par Justin Trudeau. Mais au Parti libéral, on nie ces informations, sans toutefois vouloir s’avancer sur les plans d’avenir de Mme Telford, qui accompagne le chef libéral dans ces déplacements durant la campagne.

Il reste que le poste d’ambassadeur du Canada à Washington est vacant depuis que David McNaughton, nommé par M. Trudeau en 2016, a annoncé au début d’août qu’il tirait sa révérence afin de retourner dans le secteur privé, après trois ans et demi de diplomatie mouvementée marquée par l’ère trumpienne dans la capitale américaine.

Le Congrès obnubilé

Il incombera donc au chef de parti victorieux au terme du scrutin du 21 octobre de nommer le prochain ambassadeur du Canada aux États-Unis. Ce poste devra être pourvu alors que l’incertitude plane toujours au Congrès américain quant à la ratification de la nouvelle mouture de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Le Congrès américain est désormais obnubilé par la procédure de destitution visant le président Donald Trump déclenchée par les démocrates, et la ratification de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), conclu il y a un an après des mois de négociations difficiles et acrimonieuses, est loin d’être la priorité des élus à la Chambre des représentants, alors que le Tout-Washington a aussi les yeux rivés sur les présidentielles de novembre 2020.

Justin Trudeau avait étonné en nommant David McNaughton au poste d’ambassadeur à Washington, même si les relations canado-américaines étaient au beau fixe et que le locataire de la Maison-Blanche était nul autre que Barack Obama. Peu de gens, hors des cercles libéraux restreints de Toronto, savaient qui était M. McNaughton. Les observateurs doutaient aussi que ce dernier ait l’expérience et la notoriété nécessaires pour occuper de telles fonctions au départ. Mais dans les rangs libéraux, on maintient qu’il a joué un rôle crucial durant les négociations visant à moderniser l’accord commercial en question.

M. McNaughton avait succédé à Gary Doer, ancien premier ministre néo-démocrate du Manitoba, nommé par l’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper en octobre 2009.

Même s’ils avaient des allégeances politiques diamétralement opposées, Stephen Harper avait appris à apprécier le style pragmatique de M. Doer durant les rencontres fédérales-provinciales au fil des ans. « Il était de loin le premier ministre avec qui il s’entendait le mieux », affirme un ancien proche collaborateur de Stephen Harper.

Au cours des 30 dernières années, un seul autre premier ministre d’une province, Frank McKenna, a été nommé au poste d’ambassadeur à Washington. Il avait été nommé en mars 2005 par l’ancien premier ministre Paul Martin. Son mandat n’avait duré qu’un an, M. McKenna préférant quitter ses fonctions peu de temps après la victoire des conservateurs de Stephen Harper aux élections du 23 janvier 2006.

En raison de leur expérience, MM. Doer et McKenna avaient un lien direct et rapide avec le premier ministre en poste et ses principaux ministres.

Faire appel à d’anciens premiers ministres provinciaux pour un tel poste comporte des avantages certains. Car en plus de bien comprendre les rouages de la politique américaine, les Frank McKenna et Gary Doer de ce monde connaissaient aussi plusieurs des acteurs politiques importants des États-Unis. Ils ont participé à des réunions avec des gouverneurs des États américains à plus d’une reprise. Il existe d’ailleurs plusieurs instances qui permettent des échanges directs entre premiers ministres et gouverneurs.

La Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada, la Conférence des gouverneurs de la zone frontalière (Border Governors’ Conference), le Regroupement régional des premiers ministres de l’Ouest canadien et des gouverneurs de l’Ouest américain et le Conseil des gouverneurs des Grands Lacs (Council of Great Lakes Governors) en sont des exemples.

Devant le mandat herculéen qui attend le prochain ambassadeur à Washington, devrait-on se tourner de nouveau vers un ancien premier ministre provincial pour défendre les intérêts du Canada dans la capitale américaine ? Des candidatures viennent rapidement à l’esprit : l’ancienne première ministre de la Colombie-Britannique Christy Clark ou encore l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest.

Interrogé récemment par La Presse à ce sujet, Jean Charest, qui s’est fait le promoteur du libre-échange entre le Canada et l’Union européenne bien des années avant que cela ne devienne la priorité du gouvernement canadien, a affirmé : « Je n’ai jamais envisagé ce scénario. »

Depuis lors, M. Charest a accepté de faire partie d’une délégation comprenant notamment les anciens premiers ministres Jean Chrétien et Joe Clark afin de représenter le Canada lors de la 74e session de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies à New York.

En juillet, il a aussi accepté d’agir comme l’un des envoyés spéciaux du gouvernement canadien auprès de certains pays dans le cadre de la campagne du Canada visant à obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. En quelques mois, il a déjà acquis une expérience dans le monde complexe de la diplomatie, sans compter qu’il voyage souvent en Asie et en Europe depuis qu’il a quitté la politique en 2012. Sa nomination à Washington pourrait devenir un choix qui s’impose au premier ministre qui aura les clés du pouvoir dans moins de deux semaines.

Élections fédérales 2019

« Plus que jamais » vers un gouvernement minoritaire

Selon un nouveau sondage Léger, les libéraux et les conservateurs ont perdu des appuis au profit des autres partis. Le Bloc québécois se retrouve notamment deuxième dans les intentions de vote au Québec.

Il reste 11 jours avant le scrutin fédéral du 21 octobre, et selon les résultats d’un nouveau sondage Léger, publié au 29e jour de la campagne, le Canada se dirige « plus que jamais » vers un gouvernement minoritaire.

Comme c’est le cas depuis la dissolution du Parlement, le Parti libéral du Canada (PLC) et le Parti conservateur du Canada (PCC) sont toujours au coude à coude. Le hic, c’est que les deux formations en tête ont toutes les deux perdu trois points, selon les intentions de vote compilées par Léger pour le compte de La Presse canadienne.

Selon le vice-président exécutif de Léger, Christian Bourque, les 31 % d’appuis récoltés par les libéraux et les conservateurs rendent très improbable l’élection d’un gouvernement majoritaire. Il rappelle que lorsque les conservateurs ont formé des gouvernements minoritaires, en 1979 et en 2006, ils avaient récolté autour de 36 % des voix.

« On dirait que cette part-là de 35-36 % va être difficile à atteindre. Donc, c’est sûr que le scénario d’un gouvernement minoritaire, peu importe la couleur, se confirme de plus en plus », prévoit-il.

L’une des principales raisons évoquées par le sondeur pour expliquer la difficulté des grands partis à mobiliser l’électorat serait l’incapacité des chefs à inspirer la population.

« Ils sont peut-être plus un risque pour leur parti qu’un atout », indique Christian Bourque.

« Il semble qu’après le premier débat en français et le débat en anglais, ce que les Canadiens nous disent, c’est que les deux chefs [Justin Trudeau et Andrew Scheer] n’ont pas impressionné. »

— Christian Bourque, vice-président exécutif de Léger

Cette mauvaise performance de Justin Trudeau et d’Andrew Scheer a eu pour conséquence d’ouvrir une porte aux plus petits partis, et ceux-ci en ont grandement profité. À l’échelle du pays, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a gagné quatre points pour se hisser à 18 % des intentions de vote, contre 11 % pour le Parti vert du Canada et 3 % pour le Parti populaire du Canada.

À la question « Qui ferait le meilleur premier ministre ? », Jagmeet Singh a gagné cinq points depuis le précédent coup de sonde et obtient la faveur de 16 % des répondants. Justin Trudeau, premier ministre sortant, reste en tête avec 25 % d’appuis, contre 21 % pour son principal rival Andrew Scheer.

Montée du Bloc au Québec

Au Québec, la tendance est tout autre, puisque le Bloc québécois continue son ascension. La performance du chef Yves-François Blanchet aux débats semble avoir convaincu de nombreux électeurs : le Bloc a gagné neuf points et se retrouve maintenant deuxième dans les intentions de vote au Québec, avec 29 %, tout juste derrière les libéraux à 31 %, mais loin devant les conservateurs à 16 %.

Selon le vice-président exécutif de Léger, plusieurs facteurs expliquent la forte progression du Bloc. Il cite d’abord « la liste d’épicerie » du premier ministre du Québec François Legault, « dont Yves-François Blanchet s’est emparé pour en faire sa plateforme », dit-il.

Ensuite, Christian Bourque estime que la réaction des autres partis fédéraux à la Loi sur la laïcité de l’État au Québec pourrait avoir eu un effet sur les électeurs. Il ajoute à cela la bonne performance du chef bloquiste, notamment lors du débat en français, puis finalement le fait qu’un vote pour le Bloc demeure « relativement facile ».

« Le Bloc a déjà eu 49 % du vote au Québec, donc il y a des gens qui ont été tentés par le NPD ou le Parti libéral et pour qui voter Bloc demeure un choix assez simple parce qu’ils l’ont déjà fait avant », croit M. Bourque, qui précise qu’il ne faut surtout pas y voir un regain de la cause souverainiste.

« Il y a une forme de nationalisme dans ce vote-là, mais qui n’est pas politisé comme il l’était autrefois. »

— Christian Bourque, vice-président exécutif de Léger

Les répondants du sondage ont déclaré le bloquiste Yves-François Blanchet vainqueur du débat francophone à TVA (34 %), devant le libéral Justin Trudeau (25 %). Dans le cas du débat anglophone, c’est le néo-démocrate Jagmeet Singh qui serait sorti gagnant, d’après 29 % des auditeurs, devant le conservateur Andrew Scheer (22 %) et M. Trudeau (20 %).

De manière générale, un répondant sur quatre soutient que Jagmeet Singh a dépassé ses attentes en tant que débatteur. Onze pour cent des répondants ont dit la même chose d’Elizabeth May, 9 % d’Yves-François Blanchet et d’Andrew Scheer.

Changement de stratégie

Les leaders politiques auront une dernière chance d’impressionner les électeurs lors du débat en français de la Commission des débats des chefs, qui sera présenté ce soir.

Par la suite, la dernière ligne droite de la campagne devrait donner lieu à une bataille de porte-à-porte, « circonscription par circonscription, rue par rue », d’après Christian Bourque. Il s’attend à voir les chefs plus présents sur le terrain dans des endroits où ils doivent à tout prix sauver des sièges, ou encore là où des gains seraient encore possibles.

« À 31 % chacun, ça démontre que Justin Trudeau jusqu’à présent n’a pas été capable de convaincre les progressistes de venir à lui parce qu’il ne fait pas de gains depuis le début de la campagne ; du côté des conservateurs, c’est comme si personne au centre de l’échiquier politique ne pensait s’en aller vers la droite. Comme si lui non plus n’arrivait pas à convaincre personne. »

Il semble rester une occasion à saisir pour M. Trudeau, puisque 65 % des électeurs qui soutiennent le NPD et 50 % de ceux qui appuient le Parti vert craignent davantage un retour des conservateurs au pouvoir qu’un nouveau mandat de quatre ans sous un gouvernement libéral.

Ce sondage a été mené du 7 au 9 octobre auprès de 2150 électeurs sélectionnés parmi le panel en ligne de Léger. Il n’est pas possible de déterminer une marge d’erreur pour ce type de sondage, puisque l’échantillon de répondants n’est pas probabiliste.

Gestion de l’immigration

Scheer appuie les demandes de Legault

Tout au bout du chemin Roxham, point névralgique de l’immigration irrégulière au pays, le chef conservateur Andrew Scheer a promis une foule de mesures visant à endiguer le flux de passages irréguliers. Parmi celles-ci, le chef conservateur veut renégocier l’entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis, qui empêche le Canada de refuser les demandeurs d’asile traversant la frontière ailleurs qu’à des postes frontaliers officiels.

Selon Scheer, c’est une « faille béante » dans cette entente signée en 2002 et entrée en vigueur en 2004 qui est en cause. Rouvrir l’entente permettrait de traiter en priorité ceux qui demandent de venir au Canada par les voies « appropriées », en particulier avec le programme de réunification des familles, avance-t-il.

Le lieu choisi pour l’annonce était loin d’être un hasard. Le chemin Roxham est le passage clandestin le plus emprunté au Canada, et de loin. Au cours des dernières années, c’est un point chaud qui en est graduellement venu à cristalliser les tensions autour des politiques migratoires du pays. En 2017, plus 90 % des migrants entrés illégalement au pays sont passés par le chemin Roxham. L’année dernière, c’était autour de 95 %.

Le matin même, à l’arrière du nouveau bâtiment construit pour l’accueil des migrants, des familles ont été aperçues en train de faire leur chemin vers le Canada, quelques instants avant qu’Andrew Scheer ne prenne la parole devant les journalistes. Le chef conservateur a profité de sa présence en ce lieu hautement symbolique pour énoncer son approche en matière d’enjeux migratoires.

Pleins pouvoirs à Québec ?

Sur la question du partage des pouvoirs, il s’est montré ouvert à la demande du gouvernement Legault en ce qui a trait aux droits provinciaux sur l’immigration, en déclarant vouloir cultiver le « fédéralisme d’ouverture ». « J’appuie la volonté du premier ministre Legault d’exercer toute son autonomie dans la sélection et les conditions d’accueil de ceux et celles qui veulent immigrer au Québec », a-t-il déclaré.

Québec demande les pleins pouvoirs dans le dossier de l’immigration. Cela comprend entre autres la possibilité de sélectionner les immigrants selon leur profil linguistique et leurs compétences professionnelles. Le gouvernement Legault désire aussi pouvoir abaisser les seuils d’immigration. Scheer ne s’est cependant pas prononcé sur le test des valeurs qu’aimerait instaurer le gouvernement caquiste, mais a semblé ouvert aux autres demandes.

du renfort à la frontière

Andrew Scheer a promis l’embauche de 250 agents des services frontaliers afin d’augmenter la surveillance des passages aux frontières. Le chef veut aussi déployer des juges de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié vers les « points chauds » de migration irrégulière, comme le chemin Roxham, afin d’accélérer le traitement des demandes.

Sans pointer vers une baisse des seuils d’immigration, il a toutefois laissé entendre qu’il était prêt à les ajuster une fois l’an, en « accordant la priorité » à l’immigration économique. « Ces niveaux devront aussi tenir compte de notre capacité à accueillir convenablement les réfugiés humanitaires », a-t-il précisé.

Toujours en misant sur le volet économique de l’immigration, Scheer a dit vouloir faciliter la reconnaissance des compétences chez les immigrants, même si cela relève plutôt de compétences provinciales. « Nous sommes tous perdants quand des médecins et des ingénieurs ne peuvent pas exercer leur profession », a-t-il dit.

Il veut porter une attention « spéciale » aux individus qui « pourraient être membres d’organisations criminelles, comme « le MS-13 », un groupe criminel souvent utilisé comme épouvantail par les républicains aux États-Unis lorsqu’il est question de migration clandestine.

Enfin, Scheer veut favoriser le parrainage privé des réfugiés, qui donne « de bien meilleurs résultats pour les individus que le parrainage gouvernemental », selon lui.

Singh suspendrait l’accord

Invité à commenter l’annonce d’Andrew Scheer, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a rappelé que s’il était élu premier ministre, il suspendrait l’accord sur les tiers pays sûrs.

« Les gens qui traversent illégalement la frontière fuient la mort et la persécution. L’administration Trump a mis des enfants en cage, bien sûr qu’ils ont peur ! », a dit M. Singh.

Selon lui, suspendre l’entente permettrait aux personnes de traverser la frontière par les postes frontaliers et d’avoir accès « à la même application de la loi » que tous les autres migrants.

— Avec Simon-Olivier Lorange, La Presse

Quatre candidats croisent le fer sur l’environnement

Seul le Parti conservateur était absent du débat organisé hier à Montréal

Transports collectifs, biodiversité, aménagement de l’espace, lutte contre les gaz à effet de serre : les partis ont été invités à débattre d’enjeux touchant l’environnement à Montréal, hier. Quatre défenseurs de l’écologie, candidats dans la métropole, ont participé au débat. Le Parti conservateur brillait par son absence.

Le fondateur d’Équiterre Steven Guilbeault a été la cible de ses adversaires politiques à quelques reprises, autant pour son passage au Parti libéral que pour le bilan du gouvernement sortant.

« Sur le pipeline, je ne suis pas d’accord avec mon parti », a répété M. Guilbeault, en réponse à une question de la candidate néo-démocrate de Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Sœurs, Sophie Thiébaut.

Le débat était organisé par la Maison du développement durable, le Conseil régional de l’environnement de Montréal et Trajectoire. Il comptait aussi le candidat bloquiste dans Laurier–Sainte-Marie, Michel Duchesne – qui affronte M. Guilbeault dans cette circonscription –, et le chef adjoint du Parti vert, Daniel Green, candidat dans Outremont.

Ce dernier a critiqué le projet du Réseau express métropolitain, un « bon concept », mais imparfait pour l’Est et l’étalement urbain, a-t-il dit. Selon M. Green, il est aussi « peut-être temps de repenser à nationaliser notre rail », a-t-il commenté, en réponse à une question sur la façon de favoriser le transport ferroviaire de passagers.

Les candidats ont été invités à s’exprimer sur des questions posées par l’animatrice du débat Florence Junca-Adenot, avant d’avoir l’occasion de se questionner entre eux et de répondre aux citoyens présents.

« Pollueur payeur »

M. Green a questionné Michel Duchesne sur la « péréquation verte » proposée par le Bloc québécois, lui demandant ce qui arriverait si l’Alberta diminuait ses émissions de gaz à effet de serre – réduisant les transferts potentiels d’argent au Québec. « C’est de la science-fiction », a répondu le scénariste et romancier. Le principe de « pollueur payeur » se veut une réponse plus musclée que la tarification du carbone aux problèmes de gaz à effet de serre, a-t-il souligné.

Steven Guilbeault a dit « être le premier à reconnaître qu’il faut faire plus et mieux » en matière environnementale, mettant en garde les électeurs contre un gouvernement conservateur. « On a déjà joué dans ce film-là », a-t-il commenté.

Les organisateurs ont dit avoir invité le Parti conservateur, qui a décliné l’offre.

Conseillère d’arrondissement, Sophie Thiébaut n’a pas tardé à comparer les libéraux aux conservateurs en raison de leur cible de diminution de production des gaz à effet de serre, que le NPD juge trop basse. « L’objectif du Nouveau Parti démocratique est de déclarer l’urgence climatique », a-t-elle souligné. Elle a rappelé l’intention de son parti de passer à une électricité 100 % sans émissions d’ici 2050.

Élections fédérales 2019

La journée en bref

Parti libéral

Trudeau fait appel au cœur vert des Québécois

Justin Trudeau croit que les Québécois sont « encore plus que beaucoup d’autres Canadiens » préoccupés par l’environnement. Pour attirer les votes des électeurs québécois, alors que les chances du Bloc québécois s’améliorent, si l’on en croit les récents sondages, le chef libéral leur sert à nouveau cet argument : « Le Bloc ne peut pas mener un plan pancanadien contre les changements climatiques et les conservateurs ne veulent pas mener de l’action contre les changements climatiques. » « On a besoin de Québécois forts dans un gouvernement qui va lutter contre Doug Ford, contre Jason Kenney, contre les pétrolières », a-t-il ajouté, alors qu’il faisait campagne dans la région de Toronto. 

— La Presse canadienne

Nouveau Parti démocratique

Singh disposé à faire tomber un gouvernement conservateur minoritaire

Alors que la possibilité d’un gouvernement minoritaire se cristallise, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a assuré qu’il serait parfaitement disposé à faire tomber un gouvernement conservateur à la première occasion. « On va voter contre tous les projets des conservateurs, évidemment, a dit Jagmeet Singh hier matin. C’est notre engagement de ne jamais aider Andrew Scheer. On va s’assurer que [son] gouvernement tombe. » Le parti pourrait toutefois « négocier » avec un gouvernement libéral minoritaire, a confié à La Presse le chef adjoint du NPD Alexandre Boulerice. M. Singh a en outre accusé Elizabeth May d’avoir affirmé qu’elle pourrait appuyer un gouvernement minoritaire conservateur. En réalité, la cheffe du Parti vert a déclaré l’été dernier qu’elle était prête à travailler avec n’importe quel parti au pouvoir, y compris le Parti conservateur, pourvu que celui-ci ait un plan sérieux de lutte contre les changements climatiques. 

— Simon-Olivier Lorange, La Presse

Bloc québécois

Blanchet admet qu’il « se passe quelque chose » pour son parti

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet croit que les attaques de ses adversaires à son endroit expriment « une admission et une crainte » que les Québécois donnent « pas mal » de sièges au Bloc québécois. À la veille du dernier débat électoral, les chefs Justin Trudeau et Andrew Scheer ont dirigé leurs attaques vers le Bloc, qui monte dans les sondages au Québec. Amusé, M. Blanchet a dit que ses adversaires, s’ils sont à la tête d’un gouvernement minoritaire, seront obligés de « se piler sur la langue le 22 octobre au matin », parce qu’ils auront besoin de la collaboration des tiers partis pour faire avancer leurs programmes législatifs respectifs. Le chef bloquiste se garde bien de commenter les sondages, mais admet du bout des lèvres que « peut-être qu’il est en train de se passer quelque chose » pour son parti. — La Presse canadienne

Parti vert

May promet aux Québécois de se tenir debout pour leur culture

Si le Parti vert du Canada obtient la balance du pouvoir, la cheffe Elizabeth May promet de s’en servir pour obtenir des résultats pour la culture québécoise, a-t-elle déclaré hier. La formation politique promet de ne pas s’aplatir devant les pressions des géants du web : elle va imposer leurs revenus et les forcer à récolter la TPS « sans attendre », dit-elle, puisqu’elle reproche aux libéraux leur inaction dans ce dossier depuis quatre ans. Les verts parlent aussi d’augmenter la représentation du Québec et des francophones hors Québec dans les conseils d’administration des institutions culturelles fédérales, comme le Conseil des arts et l’Office national du film. Le parti donnerait aussi un droit d’intervention au Québec sur toutes les ententes qui touchent la culture québécoise. 

— La Presse canadienne

Parti populaire

Un autre candidat tourne le dos à Bernier

Victor Ong, qui était jusqu’à hier candidat pour le Parti populaire du Canada, a annoncé qu’il se retirait de la course dans Winnipeg Nord après en être venu à la conclusion que la formation de Maxime Bernier était « raciste et intolérante ». A priori, écrit-il dans une lettre adressée au Winnipeg Free Press, même s’il n’était pas toujours en accord avec M. Bernier, il « respectait le courage » de son chef à défendre des positions, voire des enjeux, impopulaires. « Malheureusement, ajoute-t-il, une interprétation extrême de ces politiques a attiré toutes sortes de marginaux, de théoriciens du complot, et une horde d’une grande laideur d’un océan à l’autre. » Victor Ong dénonce du même coup la base de partisans du « blanc d’abord [white is right] » du parti. Il s’agit du deuxième candidat à quitter le parti en quelques jours, après Chad Hudson, dans West Nova. Celui-ci avait dénoncé des « éléments clivants et dangereux » au sein de la formation politique. — La Presse

Ultime affrontement pour les chefs

Assistera-t-on à un premier K.-O. ?

C’est ce soir qu’aura lieu l’ultime débat des chefs de la campagne électorale. Le Face-à-Face de TVA la semaine dernière avait ébranlé Andrew Scheer, mais le chef conservateur a contre-attaqué lundi dans l’unique affrontement en anglais avec tous les leaders des principaux partis. Autrement, personne n’a encore porté de coup suffisamment puissant pour faire bouger l’aiguille des sondages.

La joute oratoire de ce soir sera disputée en français au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau. Cinq thèmes y seront abordés : 

Économie et finances

Environnement et énergie

Identité, éthique et gouvernance

Politique étrangère et immigration

Services aux citoyens

Chacun des cinq segments sera constitué d’une question du public, de deux courts débats ouverts entre trois des six chefs et d’une rafale de questions par un journaliste. C’est Patrice Roy, chef d’antenne à Radio-Canada, qui animera la soirée. Les journalistes Hélène Buzzetti, du Devoir, Patricia Cloutier, du Soleil, François Cardinal, de La Presse, et Alec Castonguay, de L’actualité, seront également de la partie pour interpeller les chefs.

Il s’agira d’un deuxième grand débat pour Elizabeth May, cheffe du Parti vert, et pour son homologue Maxime Bernier, du Parti populaire. Tous les deux ont fait leur entrée en scène lundi soir lors du débat en anglais. Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet s’étaient préalablement affrontés au Face-à-Face de la semaine dernière.

De l’opinion générale, aucun gagnant évident n’a été déterminé à la suite du débat de lundi. La plupart des analyses avaient toutefois vu Maxime Bernier comme le chef qui en avait le plus arraché.

La suite des hostilités ce soir, dès 20 h.

Ce dernier débat des chefs sera diffusé sur lapresse.ca. Vous pourrez également suivre notre couverture en direct par l’entremise d’un clavardage. En outre, ne ratez pas les comptes rendus et analyses de nos experts demain matin dans La Presse+.

— La Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.