Cinéma

Brad Pitt, sexy mais seul

Brad, acteur béni des dieux. La gloire, la beauté, le talent, il a tout raflé sans jamais se défaire de cet air nonchalant qui, depuis 30 ans, lui confère un magnétisme inégalé. À 56 ans, la star de Hollywood n’a plus rien à prouver, mais le monde du cinéma continue de le fêter en lui décernant des récompenses à la chaîne. Et il en profite chaque fois pour blaguer sur son statut de célibataire.

Ô rage ! ô désespoir ! le doux rêve se fracasse, Dieu n’a pas de compte Tinder ! Brad Pitt plaisantait. Les inscriptions au site de rencontres en ligne ont pourtant explosé depuis son trait d’esprit à la réception de son trophée de meilleur acteur dans un second rôle aux SAG Awards, les récompenses du syndicat des comédiens américains. 

Brad Pitt ou le nouveau nom du mal du siècle, le réchauffement climatique. Dès que l’acteur débarque quelque part, la glace fond. Femmes et hommes ne le quittent pas du regard. Les plus dignes conservent leur calme ; les autres trépignent, dégainent leur portable. Un phénomène étrange, en effet, saisit les foules de privilégiés qui lui font face lorsqu’il reçoit un prix : elles se lèvent et l’ovationnent. C’est ainsi depuis l’édition 2017 des Golden Globes. La scène la plus surréaliste de démence collective a eu lieu pendant le dernier Festival de Cannes. La projection officielle de Once Upon a Time in… Hollywood se déroulait sans accroc jusqu’à ce que le personnage incarné par Brad répare une antenne de télé et enlève son t-shirt. Les professionnels de la profession ont alors sifflé, crié et tapé des mains, heureux de saluer en Pitt l’homme bon et beau, musclé et cérébral, cool, si cool, réconfortant en cette ère #MeToo de traque des mâles pervers.

Il y a presque 30 ans, l’acteur débutait au cinéma et offrait en pâture ce même corps sculptural aux spectateurs de Thelma et Louise. En trois apparitions, l’éphèbe éclipsait les héroïnes. Depuis, Brad a vieilli, les biceps sont alourdis, les ridules cernent ses yeux, mais il a résisté aux avaries avec élégance, humilité, grâce.

Le divorce

Lors de l’annonce soudaine du divorce avec Angelina Jolie, le camp de madame avait fait fuiter dans la presse des horreurs sur monsieur. Le gendre idéal buvait, se droguait, trompait sa moitié avec une actrice française et des prostituées russes, avait la main leste sur les enfants dont il ne payait plus les frais… Basses attaques auxquelles Pitt n’a pas répondu, laissant les avocats se dépatouiller pour calculer qui aurait quoi et combien. Brad a attendu avant d’avouer ses graves soucis de boisson, ses difficultés quotidiennes. Au New York Times, il a précisé, sans se vautrer pour autant dans un déballage pathétique, avoir fréquenté deux ans les Alcooliques anonymes. Aucun participant de ces séances de parole n’avait balancé l’information, c’est dire la fidélité qu’il inspire. Afin de juger ses aptitudes de père, les services sociaux de Californie lui ont fait subir une enquête, classée sans suite. Brad Pitt a même survécu à pire : le film Vue sur mer, réalisé par Angelina. Un navet où ils jouent un couple fatigué. Lui arbore une laide moustache et picole ; elle déprime en chaise longue, nulle de bout en bout. Ils se sont quittés peu après.

Sans Jolie, Brad se requinque, dégonfle, continue de choisir des projets intéressants, ardus, moins commerciaux que la saga Disney Maléfique où son ex-compagne interprète la fée Carabosse. Le travail l’a sauvé des eaux sales de la notoriété. Brad Pitt a souvent privilégié les films dotés d’un propos, d’une mise en scène audacieuse, et les personnages bizarres, torturés, lui qui aurait pu, avec son physique, enchaîner les rôles d’idole pour adolescentes. De L’armée des 12 singes à Inglourious Basterds, de Seven à Babel, de Fight Club à L’étrange histoire de Benjamin Button, il tente de transmettre au public une part de la complexité du monde.

S’il cède à la facilité, il tourne d’honnêtes divertissements de studio, Spy Game, World War Z, rien qui implique des super-héros débiles, des robots tueurs ou des pirates cabotins, tout au plus des zombies hilarants. Producteur, il garde la même exigence. Sa boîte, Plan B, a financé 12 Years a Slave, Oscar du meilleur film en 2014, ou encore Les infiltrés, de Scorsese. Lorsqu’il a appris que Moonlight, de Barry Jenkins, un long-métrage Plan B, avait remporté l’Oscar du meilleur film en 2017, il dînait chez des amis. Après avoir dégluti ses spaghettis, Brad a eu, en guise de réaction, cette remarque pleine de bon sens : « Waouh ! c’est cool. » 

En toute simplicité

L’argent n’est pas le moteur essentiel de sa carrière, même si l’homme a profité de sa gloire pour encaisser les sous de publicités, au Japon notamment. En France, une banque en ligne a ferraillé avec ses agents pour l’engager. Les millions de cachet pour deux jours de Pitt en studio ont alimenté les comptes de sa société et non l’achat offshore d’une villa néocoloniale.

À part l’inepte et vite mise au rebut campagne pour un parfum de luxe, qui le voyait débiter un texte ridicule, les réclames de Brad ont un point commun : l’autodérision. Il se fiche de lui, de son statut et de sa gueule d’ange, cool toujours.

Les acteurs-stars de sa génération, tels Tom Cruise, 57 ans, ou Johnny Depp, 56 ans, Brad Pitt les écrase en souriant. Trop de scientologie pour l’un, trop de substances et d’atrocités capillaires et vestimentaires pour l’autre. Ils n’ont pas su dompter la bête, cette popularité dangereuse, massive, qui vous tombe sur la figure avec le succès et les dollars. Brad a fumé des quantités de joints pour l’oublier, avant de s’y faire, de s’adapter à la solitude des sommets. « Je suis comme une gazelle qu’on a isolée du troupeau et qui serait guettée par 50 lions », explique-t-il en interview, lucide, pour décrire son existence. 

C’est sans doute en raison de cette bulle parfois suffocante qu’il apprécie tant les plateaux. Le paradoxe de la star de cinéma, plus à l’aise dans une autre vie que dans la sienne. En tournage, tout est réglé, personne ne doit s’émouvoir de sa présence, chacun vaque à ses tâches, même si un Brad Pitt dans les parages émoustille davantage qu’un régisseur. Et au boulot, Pitt n’a pas un caractère de cochon. Il est sympathique, gentil, le genre à serrer la main de tout le monde, à embrasser le cameraman, à se souvenir d’une anecdote, à détendre l’atmosphère… Rageant. Même maquilleuse depuis 30 ans, même imprésario depuis ses débuts, Brad est du genre loyal. En déplacement, il bouge avec une valise et un garde du corps, là où un DiCaprio mobilise un entourage de 10 personnes. L’agneau peut cependant mordre. Brad n’a pas apprécié les directives du réalisateur James Gray, au point de lui imposer une fin différente pour Ad Astra ; mais la mésentente reste discrète, artistique. On lui connaît quelques extravagances chics, rouler à moto, développer ses tirages photographiques, dessiner des meubles, discuter art avec le sculpteur britannique Thomas Houseago, étudier l’architecture et copiner avec Jean Nouvel ou Frank Gehry.

Le goût de la France

Il commercialise même un bon vin, du rosé un peu cher, et maintenant du champagne rosé issu des vignes de Miraval, son château provençal. Car Brad a le bon goût d’aimer la France. Lui et Angelina avaient acquis cette bastide du XVIIe siècle dans le village de Correns, pour élever leur famille sous le soleil du Midi. Ce natif du Midwest se plaisait à faire les vendanges, mais aussi à superviser le long et méticuleux chantier de rénovation de l’immense propriété encerclée par 600 hectares de pinède. Quand la machine « Brangelina » s’est grippée, l’agréable et si simple Brad a perdu un temps de sa superbe. Il se montrait irascible, colérique, dépassé par ses abus d’alcool. Depuis ces soubresauts, il a poursuivi le métier d’acteur et de producteur à Los Angeles, loin de la retraite rêvée au milieu des vignes. 

Brad retourne seul et sevré dans son antre du sud de la France. Il faut se répéter cette phrase tel un mantra : Brad Pitt est célibataire. Pour combien de mois encore ? Il ne s’agit pas de dénicher la personne qui succombera, aucun être humain normalement constitué ne repousserait les avances d’un Brad Pitt, mais plutôt de la rencontrer. Impossible pour lui de draguer au rayon fruits et légumes d’un supermarché bio sans provoquer une émeute, ni de voyager autrement qu’en avion privé. Dès lors, c’est souvent pendant les heures de bureau que Pitt sévit. L’homme compte de nombreuses anciennes compagnes comédiennes : Juliette Lewis, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie… Récemment, il a été filmé riant en coulisse d’un événement avec sa première femme, Jennifer Aniston, sa « Friend » de toujours. Les réseaux sociaux se sont enflammés. Nostalgie, quand tu nous tiens…

Dans les années 1990 et 2000, Brad et Jennifer formaient un duo incroyable, puissant et glamour, à la fois inaccessible et proche. Puis Brad a fauté, délaissant l’adorée « Rachel » pour la sauvage et ténébreuse Angelina. Quelle histoire !… Quinze ans après, tout est pardonné. Mais il ne sert à rien de s’emballer : entre Brad et Jenn, seule l’amitié demeure. Alors qui sera la prochaine Mme Pitt ? Suivra-t-il la voie DiCaprio, des blondes de 20 ans à la pelle, ou le chemin Clooney, une avocate en droit international féroce et quadragénaire ? L’an dernier, Brad a été aperçu frôlant une sublime architecte israélo-américaine de 43 ans, Neri Oxman. Ce ne fut pas grand-chose, une amourette qui aurait cramé sous les feux naissants des projecteurs. 

Le 9 février, il assistera à la soirée des Oscars, nommé dans la catégorie Meilleur second rôle pour son parfait Cliff Booth dans le film de Tarantino. Avec ou sans statuette, il se rendra en soirée pour célébrer son monde. Des agents, des managers, des avocats, des patrons de studio, des demi-stars sur le retour ou de jeunes talents en train d’arriver, tous feront semblant de ne pas vouloir attirer son attention. Car, il faut le savoir, fricoter avec William Bradley Pitt n’est pas se pavaner au bras d’un quelconque duc d’Angleterre, c’est attraper le roi du cinéma… et devenir la reine.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.