Opinion Fabrice Vil

Parlons de sexe

Parler de sexe sans complexe ? C’est l’invitation que je nous lance à travers ce texte.

À l’occasion de l’Halloween, la députée de Québec solidaire Catherine Dorion s’est coiffée et maquillée bien soigneusement. Elle a enfilé une jupe, un tailleur, des chaussures à talons hauts et des colliers de perles. Déguisée, disons, en députée conventionnelle, elle s’est assise les jambes croisées sur le bureau du Salon rouge de l’Assemblée nationale et s’est fait prendre en photo. « Joyeuse Halloween ! »

Cette photo a amusé plusieurs d’entre nous, mais elle a aussi généré un lot de critiques de toutes sortes envers Mme Dorion. Les commentaires de Denise Bombardier sur le sujet ont particulièrement attiré mon attention.

Alors que la photo de Mme Dorion n’est pas sexuellement suggestive, Mme Bombardier écrit dans sa chronique du 5 novembre que Mme Dorion « offre son corps à l’admiration des hommes qui adorent les jupes à ras le c… » et « expose son fond de culotte ». Mme Bombardier en infère que la députée est indigne de la fonction qu’elle occupe.

Enfin, Mme Bombardier conclut que le « malaise créé par l’incident en dit long aussi sur notre tabou à juger des comportements déviants ». Je me passe de commentaires sur le mauvais goût et le caractère discriminatoire de cette attaque gratuite d’une femme envers une autre.

Soulignons plutôt qu’ironiquement, c’est la chronique de Mme Bombardier qui en dit long sur un autre tabou : celui que nous avons à parler de sexe de façon positive.

Les institutions religieuses ont énormément contribué à dépeindre l’acte sexuel comme péché. De plus, le manque d’éducation sexuelle de qualité limite nos connaissances et nous laisse sans capacité de parler de façon informée de comportements sexuels. Dans le discours ambiant, le sexe est souvent à l’ordre du jour de manière à le stigmatiser, comme l’a fait Mme Bombardier. Ou encore, il fait la manchette à l’occasion d’événements malheureux comme des agressions.

Il devient dès lors facile de se raconter l’histoire que le sexe, c’est mal. C’est grossier. C’est risqué. Sans compter que l’industrie pornographique, pour plusieurs la principale référence en matière d’éducation sexuelle, projette l’idée que l’acte sexuel est un acte de performance et de réussite.

Le sentiment de honte est facile quand des acteurs aux ébats sexuels irréalistes servent de point de référence.

Tout pour que le sexe devienne dans notre vie quotidienne la chose dont il ne faut pas parler. Un flagrant décalage avec l’extase qu’il peut procurer. Discuter de ce qui nous fait jouir ouvertement et dans le plaisir, est-ce possible ? Je pense que oui.

En 2012, l’éducateur Al Vernacchio a présenté une excellente conférence TED dans laquelle il constatait que les métaphores utilisées pour parler de sexe proviennent largement du baseball. Marquer un point (scorer), se rendre au premier, deuxième ou troisième but (first, second, or third base), frapper un coup de circuit. Il soulève que cela place le sexe dans un contexte de compétition avec un gagnant et un perdant. M. Vernacchio propose une autre métaphore laissant entendre un plaisir partagé, de la discussion et du consentement.

Quelle est cette métaphore ? Celle de la pizza !

Eh oui, M. Vernacchio nous invite à aborder nos préférences sexuelles dans l’intimité tout comme nous le faisons en ce qui concerne nos choix d’ingrédients sur une pizza. « Qu’est-ce que tu aimerais ? »

La sexualité positive s’exprime aussi, de plus en plus, dans l’espace public. J’ai découvert dans les dernières semaines le Club Sexu, un média à but non lucratif qui a pour mission de promouvoir une sexualité positive grâce à une approche centrée sur le plaisir, la diversité et l’interaction.

Ce média s’adresse principalement aux jeunes adultes, pour la plupart sexuellement actifs, et qui ont peu accès à de l’éducation sexuelle. Le Club Sexu souhaite raconter des histoires, diffuser des témoignages et proposer des jeux. Informé par la recherche en santé sexuelle, l’organisme comprend que c’est à travers une approche ludique qu’il permettra à son public d’apprendre sur les enjeux liés à la sexualité.

Au-delà de sa magnifique image de marque, les messages du Club Sexu évoquent avec légèreté et beauté la sexualité. Ses publications sur Instagram ne passent pas inaperçues.

« Laisse-moi être ce que tu manges l’hiver. »

« T’exciter, ça m’excite. »

« Des fois, j’ai envie de moi. »

Le Club Sexu prépare bien des projets et j’ai pu en avoir un aperçu. Ayant assisté au lancement du média jeudi, j’ai testé l’un de ses jeux interactifs. Un jeu me mettant dans la peau d’une femme bisexuelle à la recherche d’un.e partenaire sexuel.le. En quelques minutes, au gré des aventures excitantes de mon personnage, j’ai bien ri, tout en apprenant sur la notion de consentement.

Fruit d’une collaboration entre chercheuses, designers et spécialistes en marketing, le Club Sexu promet de démocratiser l’éducation à la santé sexuelle et me donne espoir que nous puissions parler de sexe de façon libre et positive. Indignons-nous des commentaires de Denise Bombardier, mais surtout, encourageons les initiatives citoyennes engagées.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.