Chronique

Eugenie Bouchard est de retour – pour vrai

Dimanche, Eugenie Bouchard a affiché son plus beau sourire depuis longtemps. Pas pour un annonceur. Pas pour un photographe de mode. Pour une victoire sur un terrain de tennis.

Un sourire dont on pouvait voir le reflet dans la coupe qu’elle tenait à bout de bras. Son premier trophée en cinq ans. Pas le plus beau ; on dirait que le sculpteur a découpé le bol de la Coupe Stanley pour le poser sur un cendrier en bois. Mais assurément le plus satisfaisant. Eugenie Bouchard et sa partenaire de double, Sofia Kenin, ont perdu les premières manches de tous leurs matchs. Chaque fois, elles ont démontré de la résilience et sont revenues de l’arrière pour remporter le tournoi d’Auckland.

Pour la joueuse québécoise, cette victoire concluait une excellente semaine. Elle a aussi gagné deux fois en simple et s’est inclinée de façon honorable au jeu décisif devant la future championne du tournoi, Julia Goerges, 14e au monde. Avant de quitter le stade, Bouchard a pris un verre de champagne bien mérité. Elle a poursuivi les célébrations en soirée avec son équipe autour d’une bonne bouteille de rouge.

« Quand on est champion, que ce soit en simple ou en double, on est contents de serrer la main comme vainqueur », m’a raconté hier Louis Borfiga, vice-président du développement de l’élite à Tennis Canada.

Maintenant, la question qui tue : ce titre était-il un spasme dans une carrière en déroute, ou le triple pontage nécessaire pour qu’Eugenie Bouchard revienne parmi l’élite de son sport ?

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Le directeur du programme national féminin, Sylvain Bruneau, connaît très bien Eugenie Bouchard. Les deux se sont échangé plusieurs messages textes depuis dimanche. Ils se reverront la semaine prochaine aux Internationaux d’Australie, première étape importante de la saison.

Pour lui, les derniers résultats ne sont pas qu’un spasme. Eugenie Bouchard est de retour, pour vrai.

« Il y a beaucoup de signes positifs. Elle est en meilleure condition physique. Je la sens plus forte, plus explosive. Ça se reflète sur son jeu. Elle a de meilleures jambes. »

— Sylvain Bruneau, directeur du programme national féminin

Bouchard trouve aussi que son jeu a changé dernièrement. « J’aime être agressive, prendre le contrôle et parfois, ces dernières années, ce n’était pas ce que je faisais », a-t-elle confié à une radio néo-zélandaise.

C’est difficile pour nous de juger de sa progression. Oui, on a accès aux statistiques. Elles sont d’ailleurs très encourageantes. En juin, Bouchard était 194e joueuse mondiale. Hier, elle était 79e, son meilleur classement depuis août 2017. Elle a remporté 10 de ses 13 derniers matchs en simple. Mais puisqu’elle ne fait plus partie de l’élite, ses matchs sont rarement télédiffusés. Quand j’ai demandé à Louis Borfiga de commenter le jeu technique de Bouchard, il m’a répondu franchement : « Je ne peux pas te le dire, les matchs n’étaient pas retransmis ! »

Et quand on a des vidéos, c’est souvent soit un clip d’Eugenie à la plage, soit un rappel que sa réputation de princesse n’est pas surfaite. La semaine dernière, on a ainsi pu assister à un échange tendu entre la joueuse et son nouvel entraîneur, Michael Joyce. Après qu’elle eut frappé sa raquette contre le sol et saisi brusquement une serviette des mains d’un chasseur de balles, on peut entendre Joyce lui lancer sèchement : « Ton attitude est f*cked up. » Bouchard a reconnu dans l’entrevue d’après-match que ce n’était pas son meilleur moment. « Je n’avais pas la meilleure attitude, c’est certain. Je vais devoir travailler cela prochainement », a-t-elle dit.

Ce sont des moments d’immaturité comme ceux-là qui me font douter de son retour parmi l’élite. Sylvain Bruneau, lui, n’a pas été surpris ni impressionné.

« Les athlètes ne sont pas habitués à cela, tout le monde est toujours gentil avec eux. Mais Eugenie apprécie parfois de se faire parler dans le blanc des yeux. Je l’ai vu quand elle travaillait avec Nathalie Tauziat. Eugenie répond à cela. Pas par n’importe qui n’importe quand, mais quand c’est la bonne personne, le message passe bien. »

Si Eugenie Bouchard écoute son nouvel entraîneur, si elle évite les blessures, si elle parvient à mieux contrôler ses émotions sur le terrain, elle reviendra bientôt parmi les 50 meilleures joueuses au monde. Considérant d’où elle vient, ce sera déjà un exploit remarquable. Pensez-y : du 1er juin au 31 décembre 2017, elle n’a gagné que deux matchs. L’année dernière, elle a eu plus d’entraîneurs (4) que de victoires dans les tableaux principaux des tournois du Grand Chelem (3). Son parcours a été plus sinueux que celui d’un touriste perdu dans l’échangeur Dorval.

Mais d’autres l’ont fait. Parmi les 30 meilleures raquettes actuelles, quatre ont connu un parcours similaire : 

Serena Williams : 1re en 2002, 108e en 2006, 1re en 2015

Julia Goerges : 18e en 2012, 108e en 2014, 14e en 2019

Anastasija Sevastova : 45e en 2010, 264e en 2012, 13e en 2019

Camila Giorgi : 34e en 2015, 105e en 2017, 27e aujourd’hui

« Moi, je pense qu’un top 50 cette année et un top 30 l’année prochaine, c’est très réaliste », s’avance Louis Borfiga.

Si sa prédiction se confirme, on reparlera d’Eugenie Bouchard comme d’une athlète de haut niveau qui attire les commanditaires, et non plus comme d’une femme-sandwich qui joue au tennis entre deux séances photo. Enfin.

Weber : échappé belle

Dans sa rencontre de mi-saison, hier, Marc Bergevin, a dit redouter une seule chose : les blessures. Il faut croire que les dieux du hockey avaient des micros dans la salle ; trois heures plus tard, Shea Weber était atteint d’une rondelle au visage. Le capitaine du Canadien n’est pas revenu au jeu par la suite.

Heureusement pour le Tricolore, Weber n’a pas subi de fracture et sera du voyage. Une absence, même de courte durée, aurait placé le club dans une position difficile. D’autant que le Canadien dispute 7 matchs dans les 11 prochains jours. Sans son défenseur numéro un, le Tricolore n’est pas la même équipe. À preuve, les statistiques de Carey Price cette saison quand Weber est dans l’alignement (,922/2,27) et lorsqu’il est absent (,897/3,17).

Le Canadien l’a donc échappé belle. Mais il a eu un rappel hier qu’une participation aux séries ne tient peut-être qu’à une rondelle égarée.

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