Tensions entre Téhéran et Washington

Trump retire des diplomates d’Irak, mais appelle au dialogue

Washington — Les États-Unis ont rappelé hier leur personnel diplomatique non essentiel en Irak en invoquant une « menace imminente » en « lien direct » avec l’Iran voisin, mais Donald Trump a renouvelé ses appels au dialogue malgré l’escalade des tensions.

« Je suis sûr que l’Iran voudra bientôt discuter », a lancé le président américain sur Twitter.

Malgré sa campagne de « pression maximale » à l’égard de Téhéran, ce n’est pas la première fois qu’il fait des ouvertures verbales, jusqu’ici sans succès.

Soufflant, dans ce dossier comme dans d’autres, le chaud et le froid au gré des interventions, il avait mis en garde lundi les dirigeants iraniens contre tout passage à l’acte. « S’ils font quelque chose, ils vont souffrir énormément », avait-il prévenu.

L’administration du milliardaire républicain fait monter la pression sur Téhéran depuis 10 jours et a ostensiblement renforcé sa présence militaire dans le Golfe, faisant état de préparatifs iraniens d’attaques aux contours encore flous contre des intérêts américains dans la région.

Départs à Bagdad et à Erbil

Dans la nuit de mardi à hier, le département d’État a annoncé avoir donné l’ordre de partir au personnel américain gouvernemental non essentiel de l’ambassade à Bagdad ainsi que du consulat à Erbil, dans le Kurdistan irakien, « en raison du flux de menaces accru ».

« Il s’agit d’une menace imminente contre notre personnel », a ensuite déclaré un haut responsable américain à des journalistes à Washington. Cette menace « est réelle », a-t-il insisté, évoquant notamment la responsabilité de « milices irakiennes sous commandement et contrôle des Gardiens de la Révolution », l’armée idéologique de la République islamique d’Iran.

« C’est directement lié à l’Iran, de multiples flux de menaces en lien direct avec l’Iran », a renchéri un autre responsable.

« Maximum de retenue »

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait fait la semaine dernière une visite surprise à Bagdad pour, avait-il expliqué, faire part aux dirigeants irakiens « des informations qui indiquent une escalade des activités de l’Iran ». Il avait déclaré avoir reçu des garanties quant à la protection des « Américains dans leur pays ».

Les responsables américains ont assuré que ce rappel de diplomates n’était pas motivé par une action militaire imminente des États-Unis contre l’Iran ou ses groupes alliés et Mike Pompeo avait affirmé mardi en Russie que Washington ne cherchait « pas la guerre avec l’Iran ».

Peu après la décision américaine, les armées allemande et néerlandaise ont annoncé avoir suspendu jusqu’à nouvel ordre leurs opérations de formation militaire en Irak.

Alors que le guide suprême iranien Ali Khamenei avait assuré mardi qu’il « n’y aurait pas de guerre avec les États-Unis », le président Hassan Rohani a lui évoqué une « guerre économique » menée par Washington.

« Cette période de l’histoire est la plus fatidique pour la Révolution islamique, car l’ennemi a mis en jeu toutes ses capacités contre nous. »

— Hossein Salami, chef des Gardiens de la Révolution

Le Kremlin s’est pour sa part dit inquiet de cette « escalade des tensions » qui « se poursuit », accusant Washington de « provoquer » Téhéran.

Le ministre des Affaires étrangères de l’Iran, Mohammad Javad Zarif, a jugé « inacceptable » ce matin à Tokyo « l’escalade de tensions provoquée par les États-Unis » à l’encontre de son pays.

« Nous agissons avec le maximum de retenue », a-t-il ajouté, en référence à la réaction de son pays face à la décision du président américain Donald Trump de sortir les États-Unis de l’accord de 2015 censé empêcher Téhéran de fabriquer la bombe atomique. Le ministre iranien a assuré que son pays maintenait son « engagement » vis-à-vis de la communauté internationale dans le cadre de cet accord.

Embarras

Soupçonnée d’alimenter l’escalade en exagérant la gravité de la menace, l’administration Trump a protesté hier de sa sincérité.

D’autant qu’elle a été plongée dans l’embarras par le général Chris Ghika, porte-parole britannique de la coalition internationale sous commandement américain, présente en Irak et en Syrie pour lutter contre les djihadistes. Il a démenti mardi toute « aggravation de la menace posée par les forces pro-iraniennes ».

Le Pentagone et le département d’État se sont relayés pour minimiser et contredire ses propos.

Selon le New York Times, le secrétaire à la Défense des États-Unis, Patrick Shanahan, a présenté à des conseillers de Donald Trump un plan selon lequel jusqu’à 120 000 hommes pourraient être envoyés au Moyen-Orient si l’Iran attaquait des forces américaines. Un projet démenti par le président des États-Unis, qui a toutefois prévenu : « Si nous devions le faire, nous enverrions beaucoup plus d’hommes que ça. »

Autres sources de tensions, de mystérieux « actes de sabotage » de quatre navires au large des Émirats arabes unis, dont les auteurs restent inconnus, et une attaque de drones contre des stations de pompage de pétrole en Arabie saoudite qui a été revendiquée par les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran.

Les Émirats ont plaidé hier pour une désescalade des tensions.

L’ex-magnat de la presse Conrad Black gracié

Le président Donald Trump a gracié hier l’ex-magnat de la presse Conrad Black, qui avait été condamné en 2007 aux États-Unis pour fraude et entrave à la justice et avait purgé trois ans et demi de prison, a annoncé la Maison-Blanche. M. Black, 74 ans, avait renoncé à sa nationalité canadienne en 2001 pour pouvoir accéder à la Chambre des lords en Grande-Bretagne. Le financier et ancien grand patron de presse a souvent défendu l’action de M. Trump et a même consacré au président américain un livre, jugé très élogieux, publié l’an dernier.

— Agence France-Presse

L’armée pourrait ériger des tentes à la frontière

L’armée américaine s’est vu demander d’ériger six campements de tentes près de la frontière avec le Mexique pour héberger temporairement des migrants, a indiqué hier le Pentagone, qui a par ailleurs attribué de nouveaux contrats d’une valeur totale de 788 millions pour la construction de nouvelles barrières. Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) a remis au ministère de la Défense une demande formelle pour « construire des installations temporaires sur six sites […] pour abriter un minimum de 7500 migrants adultes détenus », a indiqué dans un communiqué le Pentagone.

— Agence France-Presse

Trump ira en Corée du Sud à la fin de juin

Le président américain Donald Trump compte se rendre en Corée du Sud pour rencontrer son homologue Moon Jae-in dans le cadre de son déplacement au Japon, où se déroule un sommet du G20 les 28 et 29 juin, a annoncé hier la Maison-Blanche. Les deux hommes « vont poursuivre la coordination étroite des efforts pour parvenir à la dénucléarisation complète et totalement vérifiée » de la Corée du Nord, a poursuivi le communiqué, sans préciser la date de cette escale sud-coréenne. L’annonce de cette rencontre intervient quelques jours après le lancement par Pyongyang de deux missiles de courte portée, le deuxième essai militaire en moins d’une semaine. — Agence France-Presse

Un nouveau livre sur le président Trump

L’auteur Michael Wolff, qui brossait un tableau apocalyptique de la Maison-Blanche sous l’ère Trump dans Le feu et la fureur, va publier un nouvel ouvrage

faisant référence à une présidence américaine en état de siège. Premier d’une série de livres consacrés à Donald Trump dans son rôle de président des États-Unis, Le feu et la fureur a été publié en janvier 2018 et s’est vendu à plus de 4 millions d’exemplaires dans le monde. S’appuyant sur des dizaines de témoignages, l’ouvrage décrit un Donald Trump incompétent, qui n’en fait qu’à sa tête. Selon la maison d’édition Henry Holt, le nouvel ouvrage, Siege, sera un livre « essentiel et explosif sur une présidence attaquée quasiment de tous les côtés ». Sa sortie est prévue le 4 juin.

— Agence France-Presse

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