TRANSPORTS

L’industrie aérienne tente de se défaire de la quarantaine

La quarantaine obligatoire de 14 jours imposée aux voyageurs qui entrent au Canada asphyxie les transporteurs aériens, qui mènent maintenant leurs propres expériences pour convaincre Ottawa qu’il existe des solutions de rechange.

Avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le Canada fait partie des pays les plus sévères en matière de restrictions imposées pour lutter contre la pandémie de COVID-19, estime le président de l’Association internationale du transport aérien (IATA), Alexandre de Juniac.

« On ne peut pas continuer avec des mesures de quarantaine mises en application de façon totalement unilatérale et non qualifiée », déplore le représentant des plus grands transporteurs aériens au monde.

Selon lui, les mesures de quarantaine représentent un arrêt « pur et simple » du transport aérien.

Un graphique publié en début de semaine par l’IATA semble en effet démontrer une progression de la demande lorsque s’approche la date de la fin des mesures de quarantaine, suivie d’une rechute aussitôt que les mesures sont prolongées.

« Nous devons vivre avec l’idée qu’on doit vivre avec cette pandémie. »

— Alexandre de Juniac, président de l’Association internationale du transport aérien

« On n’arrivera pas à éliminer complètement le virus, à moins d’avoir un vaccin, et encore là, il faudra plusieurs mois, sinon plusieurs années. Il faut une approche basée sur le risque, avec comme objectif un niveau de risque suffisamment faible pour que le gouvernement puisse garder le contrôle. »

Expériences en cours

C’est justement dans l’idée de mettre en place une telle « approche basée sur le risque » que les deux plus grands transporteurs canadiens, Air Canada et WestJet, se sont associés aux aéroports de Toronto et de Vancouver, respectivement, pour mener des expériences.

Celle d’Air Canada s’est mise en branle le 3 septembre dernier, en collaboration avec McMaster HealthLabs, et devrait durer un mois.

« Ce que nous proposons, c’est d’examiner la période de quarantaine et d’évaluer si, en utilisant des tests, elle pourrait être plus courte », explique le DVivek Goel, de McMaster HealthLabs.

« Nous tentons d’amasser les données qui permettraient de démontrer qu’il y a des alternatives à la quarantaine qui sont sécuritaires pour le public. »

— Le DJim Chung, médecin en chef d’Air Canada

Concrètement, les passagers qui se posent à Toronto sont invités, de façon volontaire, à subir un test de dépistage sur-le-champ, un autre à leur septième journée de quarantaine, puis un troisième à la fin de leur quarantaine. Ces tests sont autoadministrés, avec des écouvillons glissés dans la joue ou à l’entrée du nez.

Les résultats seront aussi analysés à la lueur du pays d’origine des voyageurs.

« Notre objectif est d’informer le gouvernement de façon à ce qu’il puisse, par exemple, adopter une mesure qui pourrait réduire la quarantaine à sept ou même cinq jours. Ou si le voyageur arrive d’un pays avec peu de cas, peut-être juste un test à l’arrivée. »

Pour l’IATA, l’objectif à court terme est encore plus ambitieux : permettre les voyages, à condition de réussir un test au point de départ. Selon M. de Juniac, la technologie des tests a suffisamment évolué pour le permettre : la sensibilité (+ de 97 %), la vitesse (10-15 minutes), le coût (6-7 $ par test) et les capacités de production sont au rendez-vous, assure-t-il.

Pratt & Whitney met à pied, Airbus prévient

La chute draconienne de la demande pour le transport aérien a aussi des impacts chez les constructeurs. Pratt & Whitney a procédé au début du mois à 177 mises à pied dans ses usines de Longueuil, Mirabel et Saint-Hubert. Celles-ci s’ajoutent aux 188 réalisées en mai dernier.

Du côté d’Airbus, le président et chef de la direction Guillaume Faury a fait parvenir il y a quelques jours une lettre à tous les employés de la multinationale, dont ceux de Mirabel, dans laquelle il exprime sa crainte que les départs volontaires n’arriveront pas à combler les quelque 15 000 postes que l’entreprise a annoncé vouloir supprimer il y a quelques mois. Des départs forcés pourraient donc être nécessaires. Il semble toutefois peu probable, pour l’instant, que ceux-ci surviennent à l’usine de Mirabel, qui a déjà écopé au printemps.

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