Opinion

Trump, Prix Nobel de la confrontation

Période mouvementée en politique étrangère américaine : le 8 mai, le président Trump a déclaré la fin de la participation américaine à l’accord sur le nucléaire iranien, et lundi cette semaine, l’ambassade des États-Unis déménagée à Jérusalem a ouvert ses portes. La fin d’une diplomatie diplomatique chez nos voisins du Sud ?

Pourtant, certains, y compris l’intéressé lui-même, ont célébré les « accomplissements » du président américain en matière de diplomatie et de politique étrangère. Récemment, Trump a confié à des journalistes, à la suite d’une mystérieuse fuite d’information laissant croire qu’il était en lice pour recevoir le Nobel de la Paix, que « tout le monde croit » qu’il devrait se voir décerner la prestigieuse distinction, à l’instar de son prédécesseur Barack Obama en 2009. La droitosphère se laissait d’ailleurs bercer par le sujet.

Nigel Farage, l’influent politique et commentateur britannique, allant jusqu’à vouloir lancer une pétition pour que le président américain reçoive le Nobel.

Au centre de cette énigme du Nobel se trouvait la projection que le processus de paix de la péninsule coréenne, attribuable au président américain malgré son incendiaire « diplomatie Twitter », allait mettre un terme à plus d’un demi-siècle de conflit entre les deux Corées. Toutefois, de croire que le processus de paix est entièrement attribuable au rôle joué par la diplomatie américaine est au mieux naïf, au pire dangereux. En effet, bien que le processus de paix puisse être attribuable en partie aux sanctions portées par la responsable de la diplomatie américaine, Nikki Haley, celles-ci auraient été sans effet sans le rôle de la Chine dans leur mise en œuvre. De plus, le processus de détente olympique est aussi à considérer.

De voir la position américaine comme centrale dans le processus est aussi dangereux, d’autant plus qu’avec un peu de recul, on se rend compte de l’atteinte même que porte la présente politique étrangère américaine à la paix mondiale. Le retrait récent des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien ne peut qu’envoyer des signaux négatifs à l’administration nord-coréenne sur les perspectives d’un accord de dénucléarisation avec, pour signataire principal, les États-Unis. Surtout à la vue de la tendance belliqueuse et des déclarations incendiaires du président Trump. Il y a fort à parier qu’un accord de paix et de dénucléarisation ne fasse pas long feu.

Comme le cas de l’Iran le démontre, même un respect des normes du droit international, et surtout, des clauses de l’accord lui-même, peut mener à un désaveu et à une reprise des tensions par l’administration américaine.

L'ambassade de la discorde

Le même genre de mépris du droit international a d’ailleurs mené, moins d’une semaine après la sortie de l’accord iranien, à une nouvelle crise causée par la diplomatie américaine. Le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv vers Jérusalem, annoncé depuis décembre dernier en contravention à sept décennies de politique étrangère américaine et nombre de considérations légales, et son inauguration lundi est la dernière itération d’une diplomatie de la confrontation.

En effet, dans une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies en décembre dernier, 14 membres sur 15 du Conseil ont voté en faveur d’une résolution déclarant la décision américaine en violation de nombre de résolutions de l’organisation internationale, et des normes du droit international.

Le statut légal de la ville est toujours disputé en droit international, avec une majorité d’États refusant toujours de reconnaître la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est. De nombreux États reconnaissent toujours, sur la base de la Résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies, que Jérusalem devrait avoir un statut international, ou du moins un caractère binational séparé entre Israël et la Palestine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la majorité des légations diplomatiques se retrouvent à Tel-Aviv ou dans ses banlieues. Une légation diplomatique constitue un exercice de reconnaissance de la souveraineté d’un autre État.

La décision de l’administration Trump vient donc mettre de l’huile sur le feu d’une situation légalement complexe, et loin d’être réglée.

Jusqu’à quel point un chef d’État peut-il, sous le couvert de vouloir s’en prendre à un quelconque « establishment » et une politique à l’ancienne, bafouer le droit et les normes diplomatiques ? Jusqu’à quel point l’impunité et l’irresponsabilité d’un chef d’État qui fait cavalier seul seront-elles tolérées ? Nous sommes bien loin de la diplomatie centrée sur l’ouverture et le dialogue, et du climat d’entente mutuelle qui avait porté Barack Obama à recevoir le Nobel en 2009. 

Une chose est certaine, la mort de plus d’une cinquantaine de palestiniens à Gaza est une tache indélébile autant sur la politique étrangère américaine, que sur la feuille de route du président américain.

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