communications gouvernementales en français

Pas d’exception pour les immigrants

Le Québec « est une société francophone » et sauf exception – nommément la minorité anglophone et les autochtones –, les communications gouvernementales doivent se faire en français, y compris avec les nouveaux arrivants.

En point de presse lundi, Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, a réagi au rapport du Conseil supérieur de la langue française.

Dans ce rapport, le Conseil conclut qu’« il y a certes présence de l’anglais ou usage de la langue anglaise dans certaines pratiques linguistiques des ministères et organismes, mais, dans la plupart des situations, sauf dans des cas d’espèce, ce recours se fait en conformité avec les dispositions de la Charte de même qu’avec celles de la politique linguistique gouvernementale ».

Le ministre Jolin-Barrette y lit « un rapport qui est accablant pour la gestion libérale ». « Pour nous, il est extrêmement important de nous assurer que l’État soit exemplaire. Trop de ministères et d’organismes n’ont pas adopté de politique linguistique » et « il y a une importante méconnaissance » de telles politiques là où elles existent.

Le gouvernement caquiste, lui, s’attellera donc à court terme à élaborer une politique linguistique cohérente dans tous les ministères et organismes.

Un anglophone qui désire avoir sa facture d’Hydro-Québec en anglais pourra-t-il continuer de la recevoir dans sa langue ? S’il est issu de la minorité historique anglophone, oui. Par contre, les immigrants, eux, ne bénéficieront pas d’exception, a dit le ministre Jolin-Barrette, soulignant dans le même souffle que tout sera fait pour leur permettre de suivre des cours de francisation.

« L’État doit parler d’une seule voix », a-t-il dit, rappelant que la langue officielle du Québec est le français.

Application difficile, dit le PQ

Le député Joël Arseneau, critique péquiste en matière de langue française, se demande comment le gouvernement pourra mettre en application la politique de façon différenciée. Pour reprendre l’exemple d’Hydro-Québec qui fournit une facture en anglais sur demande, « demandera-t-on dorénavant l’origine ethnique » des interlocuteurs ?

Oui à l’anglophone de souche, non à l’immigrant qui vient d’arriver et qui s’exprime lui aussi en anglais ? « Je ne sais pas où le ministre s’en va avec cela. »

Mais sur le fond, à propos du rapport du Conseil supérieur de la langue française, M. Arseneau trouve lui aussi certains constats désolants.

Au total, « 80 des 137 ministères ou organismes [étudiés par le Conseil] n’ont pas de politique linguistique », illustre M. Arseneau.

« Le gouvernement doit mettre à jour la politique linguistique et l’imposer à l’ensemble des ministères et organismes. L’État québécois doit être exemplaire à ce sujet. »

politique québécoise

Le Québec est une « plaque tournante » de l’exploitation sexuelle des mineurs

QUÉBEC — Le Québec est une « plaque tournante » du commerce sexuel des mineurs, a dénoncé un groupe d’élus de toutes les formations politiques, lundi, au premier jour d’une commission parlementaire spéciale.

Un groupe de 13 députés a commencé à entendre des victimes, des policiers, des groupes communautaires et des membres des Premières Nations. Son objectif sera de dresser un portrait de l’exploitation sexuelle des mineurs et de proposer des pistes de solution au gouvernement Legault.

Le député caquiste Ian Lafrenière, ancien policier, a tracé un portait sombre de la situation.

« Le Québec est une plaque tournante, a-t-il dit sans détour. Il y a plusieurs de nos jeunes filles qui sont exploitées, qui sont envoyées dans d’autres villes canadiennes. »

Il n’existe aucune donnée fiable qui permette de mesurer l’ampleur du problème. En général, les victimes sont enrôlées par des proxénètes qui, de fil en aiguille, les amènent à se livrer à toutes sortes de services sexuels. Les victimes s’exécutent de manière consentante et portent donc rarement plainte à la police.

Au cours des dernières années, le phénomène a pris de l’ampleur, constate la commission. La prostitution de rue est en recul, mais celle sur le web prend de l’expansion.

« Exotique »

M. Lafrenière note que les réseaux sociaux facilitent le recrutement des jeunes victimes. Et le fait qu’elles soient québécoises les rend à la fois plus vulnérables et plus attrayantes pour les réseaux criminels.

« On va prendre des jeunes filles qui parlent français, on va les amener dans une autre province, on va les sortir de leur cadre, les réseaux d’amis, la famille, on va les amener travailler dans une autre province, a illustré M. Lafrenière.

« Et vous allez comprendre que la langue devient exotique pour nos collègues du Canada anglais, mais devient un enjeu pour ces victimes qui sont sorties du réseau. »

— Ian Lafrenière

Une jeune fille peut rapporter jusqu’à 300 000 $ par an à un proxénète.

Selon le document de consultation de la commission parlementaire, près de 40 % des victimes d’exploitation sexuelle seraient mineures. Il y aurait 630 établissements qui offrent des services sexuels au Québec, dont 330 dans la région de Montréal seulement. Quant à ceux qui paient ces services, les « clients-abuseurs » pour reprendre le terme employé par les parlementaires, on sait peu de choses sur eux, si ce n’est qu’il s’agit presque exclusivement d’hommes.

La Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs a entamé ses audiences avec les témoignages du Service de police de la Ville de Laval et de l’Association des directeurs de police du Québec. Ses travaux se déroulent à Québec toute la semaine, et elles se déplacera ensuite à Montréal et à Val-d’Or.

D’entrée de jeu, les parlementaires ont dit constater que la répression policière à elle seule n’a pas été en mesure de contenir le problème de la traite des mineurs. Ils souhaitent en savoir davantage sur la clientèle qui alimente ce commerce.

« Il y a les victimes, il y a les proxénètes, mais il ne faut pas oublier les clients. Ces clients sont des abuseurs, des pédophiles, des vicieux, des violeurs. Il n’y a pas de mots pour les définir. »

— Christine St-Pierre, députée libérale

« On aura beau attraper tous les proxénètes, mais s’il y a toujours des gens en arrière qui veulent acheter des adolescentes, il y en aura d’autres proxénètes qui vont sortir du lot », a renchéri le député solidaire Alexandre Leduc.

Selon la députée péquiste Méganne Perry-Melançon, il faudra également s’intéresser au parcours des victimes.

« C’est très, très préoccupant, a-t-elle noté. On parle d’environ 56 % des filles en centre jeunesse qui ont été exploitées sexuellement. C’est une population qui est très à risque, qu’on va prendre aussi en considération dans nos travaux. »

Abolition des commissions scolaires

Tirs groupés contre le projet de loi 40

Québec — Les commissions scolaires francophones et anglophones, les syndicats et les partis de l’opposition ont tour à tour attaqué hier le projet de loi du gouvernement Legault qui abolit les élections scolaires. À la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), on n’exclut pas de contester la future loi devant les tribunaux.

« Je ne pense pas que les Québécois […] seront malheureux de perdre les élections scolaires. Beaucoup se réjouissent que de l’argent soit économisé [pour] améliorer les services directs aux élèves », a dit le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, à son arrivée en commission parlementaire. Le projet de loi 40 entamait lundi l’étape des auditions publiques à l’Assemblée nationale.

Le président de la FCSQ, Alain Fortier, a quant à lui qualifié le projet de loi 40 de « discriminatoire, déconnecté, bureaucratique et centralisateur ».

« Je pense que ce projet de loi devrait être retiré », a-t-il tonné.

« Le projet de loi permet aux anglophones d’élire la majorité des membres de leurs futurs centres de services scolaires. Ce droit est retiré aux francophones. […] Ce choix du ministre a pour effet de discriminer les francophones […] et d’affaiblir les bases juridiques du nouveau modèle proposé. »

— Alain Fortier

Quant aux commissions scolaires anglophones, elles ont proposé à Québec de retirer le projet de loi et de faire des états généraux sur l’éducation. Si toutefois le gouvernement va de l’avant, ces commissions scolaires souhaitent en être exemptées et conserver leurs structures actuelles intactes.

Une « réforme Barrette »

Les partis de l’opposition ont de leur côté dénoncé lundi le fait que le ministre Roberge voulait faire une « réforme Barrette » dans le milieu de l’éducation, s’octroyant plus de pouvoirs que jamais.

« On est face à un ministre qui veut “bulldozer”, qui veut faire une réforme Barrette 2.0 », a déploré la députée péquiste Véronique Hivon.

« Cette réforme, [il l’a] pensée tout seul dans son coin. […] Il ne peut pas arriver tout seul, avec son bagage, et penser qu’il connaît les réponses à tout. Il va falloir qu’il apprenne à travailler en équipe », a affirmé à son tour Christine Labrie, de Québec solidaire.

Pour Marwah Rizqy, du Parti libéral, Jean-François Roberge est tout simplement « borné ».

« La réforme Roberge : c’est NON »

Du côté syndical, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), la Centrale des syndicats du Québec et la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ont tour à tour attaqué lundi le projet de loi 40.

Pour la FAE, il s’agit d’un « véritable cheval de Troie d’une taille et d’une portée exceptionnelles […], [c’est l’une] des pires attaques contre l’école publique et la profession enseignante ».

« Plutôt que de s’attaquer aux problèmes criants du monde de l’éducation, le gouvernement décide de bouleverser des structures, certaines imparfaites, mais utiles, en mettant la hache dans la démocratie », a ensuite dénoncé la CSN.

Que prévoit le projet de loi 40 ?

Le projet de loi 40 prévoit d’abolir les commissions scolaires pour les transformer en centres de services. Les conseils d’administration des centres de services seront composés de non-élus issus de la communauté et du personnel scolaire. Les centres de services anglophones pourront élire leurs C.A. par suffrage universel. Le gouvernement Legault estime que cette réforme permettra à Québec d’économiser 11 millions par année.

Politique

Bernard Landry immortalisé

Le barrage Eastmain-1 et la centrale hydroélectrique Eastmain-1-A à la Baie-James s’appelleront désormais le barrage et la centrale Bernard-Landry, en hommage à l’ancien premier ministre, a confirmé le gouvernement caquiste. Le premier ministre du Québec, François Legault, en a fait l’annonce officielle lundi matin, à deux jours du premier anniversaire de la mort de Bernard Landry. Le premier ministre a également confirmé la désignation de M. Landry comme personnage historique, en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Bernard Landry a occupé le poste de premier ministre du Québec pendant deux ans, de 2001 à 2003. Il avait rendu possible la concrétisation du nouveau complexe, à la suite de la signature d’un accord avec le Grand Conseil des Cris, en 2002. Le réservoir à proximité du barrage et de la centrale Bernard-Landry sera renommé réservoir de la Paix des Braves, en hommage à cet évènement historique.

— Mayssa Ferah, La Presse

Inondations printanières

Des « mesures spéciales » à venir

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, assure que son ministère « redouble d’efforts pour traiter les dossiers » des sinistrés des inondations printanières toujours aux prises avec les répercussions de la catastrophe. Elle a fait l’annonce, lundi, de « mesures spéciales » à venir. Ces mesures supplémentaires seront implantées pour répondre aux besoins spécifiques des sinistrés de la municipalité de Sainte-Marthe-sur-le-Lac à la suite de la rupture de la digue, au printemps dernier. Ces mesures seront prises d’ici la fin du mois. Mme Guilbault n’a pas donné d’informations précises quant aux nouvelles mesures. Quelques sinistrés se trouvaient devant l’hôtel de ville à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, pancartes à la main, pour témoigner de leur détresse à la ministre. Des 7428 dossiers de demande d’indemnisation de sinistrés, 1616 proviennent de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. « On travaille très, très fort. On est bien conscients de l’inquiétude et de la détresse », a insisté la ministre Guilbault.

— Mayssa Ferrah, La Presse

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