CHRONIQUE

Ruptures sonne plus fort qu’Alerte Amber

J’ai vu les deux premiers épisodes de la cinquième et ultime saison de Ruptures à Radio-Canada. J’ai vu les deux premiers épisodes de la nouveauté Alerte Amber de TVA. Les deux séries dramatiques débutent ce soir à 21 h, l’une contre l’autre, sur deux antennes rivales.

Maintenant, si on me force à choisir entre ces deux émissions, couteau sur la gorge ou cruchon de sangria Pepito sur le bord des lèvres, j’opte pour Ruptures et son infatigable héroïne Ariane Beaumont, campée par l’excellente Mélissa Désormeaux-Poulin, qui mériterait vraiment plus d’amour de la part de l’Académie des Gémeaux.

Ce nouveau chapitre de Ruptures, qui s’annonce compact et palpitant, s’ouvre sur une affaire très tordue. En plein divorce, deux parents psychologues se disputent la garde de leur fille, une ado de 16 ans qui en connaît énormément sur le sexe, disons-le poliment. Ce cas complexe poussera encore la valeureuse Ariane sur le sentier de la guerre, où elle marchera sur une énorme mine.

Comme dans How to Get Away With Murder, cet épisode de Ruptures nous montre d’abord la fin, super inquiétante, et remonte ensuite dans le temps pour expliquer aux téléspectateurs comment Ariane a de nouveau réussi à jouer avec le feu.

Nous obtenons des nouvelles de Claude Boily (Isabel Richer) – pas de divulgâcheur, votre honneur – au deuxième épisode. Elle et Ariane n’ont pratiquement pas eu de contacts depuis trois mois. La vitriolique Marie Rousseau (Catherine Trudeau) hérite de répliques délicieusement assassines, et ça sent toujours l’affrontement dans son bureau.

Mais dans le dos de qui la baveuse Marie Rousseau plantera-t-elle ses griffes acérées ? Dans celui du phénix Jean-Luc De Vries (Normand D’Amour), qui le mériterait ? Dans celui d’Étienne Dalphond (Vincent-Guillaume Otis), qui lui manigance dans le dos depuis des mois ? Ou dans celui d’Ariane, qu’elle n’a jamais blairée ? La tension grimpe.

Les auteurs Daniel Thibault et Isabelle Pelletier placent un à un les morceaux d’une intrigue qui culminera vers un combat final épique. À partir du troisième épisode, Mahée Paiement incarnera la conjointe d’un homme d’affaires extrêmement riche, dont elle souhaite se séparer. Mais comme il n’y a pas eu de mariage, ça complique beaucoup les démarches.

Du côté d’Alerte Amber, la scénariste Julie Hivon a pesé fort sur les touches de son clavier. C’est peu subtil, mais tout de même efficace. Par exemple, la journaliste judiciaire (Catherine De Léan) démontre une intensité de type « ouragan de catégorie 5 ».

Les enquêteurs froncent les sourcils comme des myopes privés de leurs lunettes. Montréal-Nord ressemble aux pires coins de Baltimore dans The Wire. Et la musique oppressante ne permet jamais aux téléspectateurs d’oublier à quel point la situation dépasse le stade du cauchemar. Insérez ici un accord de piano dramatique.

C’est vrai, l’intrigue d’Alerte Amber représente une tragédie épouvantable. Un jeune autiste de 13 ans, Éliot Charbonneau (Elijah Patrice-Baudelot), est kidnappé dans le stationnement d’un supermarché. La culpabilité dévore sa mère (Madeleine Péloquin), qui a laissé Éliot seul dans l’auto pour aller faire l’épicerie.

Contrairement à Cerebrum, qui nous garde en haleine jusqu’à la dernière minute, Alerte Amber divulgue son gros punch à la fin du premier épisode. C’est un problème majeur. Comme téléspectateur, on se gratte la tête : comment le suspense durera-t-il encore pendant neuf autres heures ?

L’escouade spéciale vouée aux enfants disparus, et dirigée par Stéphanie Duquette (Sophie Prégent), déploie des efforts colossaux pour retracer Éliot. Mais comme nous savons déjà qui a enlevé Éliot et pourquoi, mettons que le travail des flics ne nous captive pas tant.

Le plus intéressant d’Alerte Amber n’occupe malheureusement pas l’avant-scène. Il s’agit des retours dans le passé, qui évoquent, de façon hyper honnête, à quel point la présence d’Éliot a bouleversé la dynamique de la famille Charbonneau.

L’attention constante que requiert un enfant autiste en proie à de violentes crises, ça use un couple. Le père (Vincent Leclerc) demeure fragile. Le grand frère d’Éliot, Logan (Lévi Doré), 17 ans, fréquente des gens qui sont peu fréquentables et s’adonne à du recel.

Là où Alerte Amber marque des points, c’est par la qualité de ses interprètes, dirigés habilement par le réalisateur Stéphan Beaudoin (L’heure bleue). En ado tourmenté, Lévi Doré crève l’écran, dans un registre à l’opposé de celui de son timide Zachary dans Au secours de Béatrice. Mention spéciale également à Madeleine Péloquin et Vincent Leclerc, justes et crédibles.

Dans l’échelle des téléséries de TVA, Alerte Amber se situe deux coches en dessous de Fugueuse et de Pour Sarah, mais plusieurs échelons au-dessus de l’émission Le jeu.

Par contre, Alerte Amber émet quelques signaux d’alarme, qui nous imposent de demeurer vigilants et aux aguets. Comme dans une vraie alerte AMBER, finalement.

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