Monde

Un coup d’État échoue au Gabon

Le chef du commando a été arrêté à la suite de la tentative qui a eu lieu alors que le président Ali Bongo Ondimba, fils d’Omar Bongo, se trouve au Maroc, où il est en convalescence à la suite d’un AVC.

Libreville — Une tentative de coup d’État menée par une poignée de soldats a échoué hier au Gabon, pays dont le président, malade, est absent depuis deux mois et demi et où le gouvernement n’assure plus que les affaires courantes.

Le chef du commando, le lieutenant Ondo Obiang Kelly, commandant adjoint de la Garde républicaine (GR) chargée de la protection de la présidence, a été arrêté et deux autres membres du commando ont été tués, a annoncé la présidence.

Un groupe de militaires est apparu hier à l’aube à la radio-télévision nationale (RTG), appelant à un soulèvement et annonçant la prochaine formation d’un « Conseil national de restauration » de la démocratie.

Le chef du groupe « a été arrêté », selon la présidence. « La situation est sous contrôle. »

Les forces de sécurité ont « pris le bâtiment [de la radio] d’assaut, abattu deux membres du commando et libéré les otages », selon un communiqué. Les membres du commando, après avoir « neutralisé » des gendarmes, ont lu leur communiqué.

L’internet coupé

Les forces de sécurité ont été déployées, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Guy-Bertrand Mapangou. Les frontières du pays restent ouvertes. En revanche, l’internet était toujours coupé dans Libreville en soirée.

M. Mapangou a parlé d’une dizaine de militaires impliqués dans la tentative de coup d’État. La présidence avait indiqué auparavant que six militaires étaient impliqués.

« Il ne sera toléré aucun trouble et aucune incitation à la haine ni à l’insurrection », a ajouté le porte-parole du gouvernement Guy-Bertrand Mapangou, invitant les Gabonais « à vaquer librement à leurs activités ».

La RTG a repris ses programmes hier soir.

En début de soirée, les rues de Libreville étaient calmes et vides.

L’Union africaine a « fermement » condamné « la tentative de coup », réaffirmant « le rejet total par l’UA de tout changement inconstitutionnel de pouvoir ».

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a condamné la tentative de putsch et lancé un appel pour que tous les acteurs politiques suivent les moyens constitutionnels. M. Guterres a toujours été opposé « aux changements de pouvoir non constitutionnels, surtout par la force », a indiqué son porte-parole, Stéphane Dujarric.

« Pour sauver le Gabon du chaos », dit le commando

Dans la matinée, des coups de feu ont été entendus. Des blindés avaient bloqué l’accès à l’un des grands boulevards de Libreville.

Dans un seul quartier populaire proche de la radio, des dizaines de jeunes ont incendié une voiture et enflammé des pneus, semblant vouloir répondre à l’appel au soulèvement des mutins.

Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Le lieutenant Ondo Obiang Kelly s’est dit président d’un Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS).

« Si vous êtes en train de manger, arrêtez. Si vous êtes en train de prendre un verre, arrêtez. Si vous dormez, réveillez-vous. Réveillez vos voisins […], levez-vous comme un seul homme et prenez le contrôle de la rue. »

— Le lieutenant Ondo Obiang Kelly, à la radio

Le militaire a invité « tous les hommes du rang et les sous-officiers » à se procurer « armes et munitions » et à « prendre le contrôle » des points stratégiques du pays. Il a appelé la population à les soutenir, « pour sauver le Gabon du chaos ».

Ali Bongo Ondimba convalescent

Victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) le 24 octobre, le chef de l’État, Ali Bongo Ondimba, âgé de 59 ans et dont la famille est au pouvoir depuis 1967, a été transféré au Maroc, où il poursuit depuis sa convalescence.

La vacance du pouvoir n’a pas été déclarée en l’absence du chef de l’État. La Cour constitutionnelle a transféré une partie de ses pouvoirs au premier ministre et au vice-président.

Le 31 décembre, le président Bongo, affaibli, avait pris la parole de Rabat pour la première fois depuis son hospitalisation. Sa déclaration du Nouvel An a été qualifiée par les militaires putschistes de « honte » pour un « pays [qui] a perdu sa dignité ».

Le président a succédé en 2009 à son père Omar, à la mort de ce dernier, et a été réélu en 2016. Omar Bongo a dirigé le Gabon de 1967 à sa disparition.

Actualités

Cinq choses à savoir sur le Gabon

Petit pays d’Afrique centrale

Situé en Afrique centrale en bordure de l’océan Atlantique, le Gabon est frontalier du Congo-Brazzaville, du Cameroun et de la partie continentale de la Guinée équatoriale. Ce pays de 268 000 m2 a une population estimée à 2,03 millions d’habitants (Banque mondiale, 2017), dont 59 % vivent à Libreville ou à Port-Gentil, la capitale économique. Un Gabonais sur deux a moins de 20 ans. C’est un pays très majoritairement chrétien, où vivent de nombreux musulmans.

Au pouvoir depuis un demi-siècle

Cette ancienne colonie française est considérée comme un des pays les plus stables de la région, avec seulement trois présidents depuis l’indépendance en 1960. Le pays a été gouverné par Léon Mba de 1961 à 1967, ensuite par Omar Bongo Ondimba jusqu’à sa mort en 2009, puis par son fils Ali, réélu en 2016 lors d’un scrutin contesté, suivi de violences postélectorales. Le 24 octobre, alors qu’il se trouvait en Arabie saoudite, Ali Bongo Ondimba, victime d’un AVC, a été hospitalisé à Riyad où il a été soigné pendant plus d’un mois avant d’être transféré à Rabat, où il se trouve toujours en convalescence.

Pilier de la « Françafrique »

Parvenu au pouvoir avec l’aval de Paris, Omar Bongo Ondimba a été un des piliers de la « Françafrique », expression utilisée pour dénoncer un système de cooptation politique, de réseaux occultes et de chasses gardées commerciales mis sur pied après l’indépendance des colonies françaises d’Afrique noire. À partir de 2010, la justice française a cherché à savoir si les fortunes de plusieurs familles présidentielles africaines, dont celle d’Omar Bongo, avaient pu être bâties en France grâce à des fonds publics détournés de leur pays (affaire des « biens mal acquis »).

Frappé par la chute des cours du pétrole

Le Gabon, qui exploite du pétrole depuis les années 60, a longtemps été qualifié de « petit émirat d’Afrique centrale ». Avant la chute des cours du baril en 2015, l’or noir représentait 45 % du PIB, une part tombée à 27 % en 2017. La crise que connaît le pays depuis 2015 s’est traduite par du chômage, des grèves à répétition et des entreprises tournant au ralenti ou mettant la clé sous la porte. Pour réduire sa dépendance pétrolière, le Gabon s’est lancé dans une diversification de son économie. Malgré les ressources naturelles, dont le manganèse, un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Recouvert à 85 % par la forêt

Le pays est recouvert à 85 % par la forêt et une grande partie est morcelée en permis forestiers, hormis les 11 % du territoire classés « parcs nationaux ». L’industrie du bois représente près de 5 % du PIB et 12 % des exportations. Le secteur a généré 10 000 emplois entre 2010 et 2017, selon les chiffres officiels. Le pays est précurseur en Afrique en matière d’aménagement forestier, mais des ONG dénoncent des pratiques répandues de blanchiment de bois et d’exploitation illégale. Les forêts abritent également une riche faune sauvage, avec des panthères, des buffles, des antilopes, des grands singes et des éléphants, ces derniers étant victimes depuis d’une explosion du braconnage.

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