De si belles histoires

Indie folk pop

Folklore

Taylor Swift

Republic Records/Universal Music Canada

4 étoiles (* * * * )

On a vu Taylor Swift grandir et évoluer depuis son premier essai homonyme paru en 2006 – il y a 14 ans ! La musicienne qui a aujourd’hui 30 ans, pour qui la pop assumée a succédé au fil des ans au country des débuts, sort un album-surprise – son huitième – beaucoup plus brut. Folklore est un disque indie folk pop qui porte bien son nom. Il n’échappe pas aux instincts (parfois trop) sirupeux de Taylor Swift et on y retrouve sa griffe si distincte, mais il démontre tout le chemin parcouru par la chanteuse, plus ancrée, mûre, habile et efficace que jamais.

Les premières pièces de l’album, avec the 1, cardigan et the last great american dynasty, ne nous dépaysent pas, mais annoncent que Folklore sera bien différent de ses trois prédécesseurs, très convenus et formatés dans un moule pop en manque d’originalité.

Puis vient exile : le piano, la voix somptueuse de Bon Iver, de sublimes paroles racontant la fin de l’amour que l’on voit venir, comme un film que l’on a déjà vu et dont on connaît le dénouement. Ce titre est un des meilleurs du disque et l’album prend ensuite un nouveau ton.

Folklore, long de 16 chansons sur sa version standard (17 sur l’édition Deluxe), tente l’interprétation moderne de ce folk traditionnel américain. On y reprend certains codes, tout en y ajoutant la touche Swift : une pointe de pop, sa façon bien à elle d’interpréter ses mots, le timbre de sa voix, la rythmique de son élocution – cette tendance à faire rentrer plus de syllabes qu’il n’en faut dans une ligne ou de presque parler, plutôt que de chanter, certains vers. La guitare est omniprésente. Un air d’harmonica vient même appuyer le picking acoustique dans betty.

La bonne nouvelle, c’est que ça ne semble pas forcé. Au contraire, on a l’impression que Taylor Swift a trouvé le ton qui lui convient désormais le mieux grâce à cet ensemble de chansons enregistrées en confinement. Comme si les 14 dernières années avaient mené à cette très jolie réalisation, complète, mûre.

La gamine aux bouclettes et aux joues roses a grandi. Elle a voulu démontrer dans ses dernières parutions que son côté romantique ne l’empêchait pas d’être une femme forte. Celle qui est plutôt discrète dans sa présence médiatique a l’habitude de raconter sa vie et ses états d’âme dans ses chansons plutôt qu’en entrevue. C’est par des vers et des accords que Taylor Swift s’exprime. Cette fois, plutôt que de ne parler que d’elle, l’auteure nous raconte de façon très imagée des histoires qu’elle a imaginées, dont elle a entendu parler ou qu’on lui a directement racontées. Elle tente de créer son propre folklore.

Son écriture est sa grande force. Si l’encre de sa jolie plume s’était quelque peu diluée dans le flot pop, on trouve dans Folklore quelques-uns de ses plus beaux textes, majoritairement composés avec l’aide précieuse d’Aaron Dessner de The National (également producteur).

Moins affirmatif, Folklore est plus contemplatif. Comme elle l’a toujours fait, Swift lave aussi son linge sale dans certaines chansons (la pièce mad woman, par exemple, fait clairement référence au conflit l’opposant au producteur Scooter Braun), on la reconnaît bien là.

D’ailleurs, ceux qui n’ont jamais trop apprécié la musique de Taylor Swift ne doivent pas s’attendre à une volte-face qui les ferait tout à coup raffoler de ses refrains. Folklore est un aboutissement et peut-être sa meilleure réalisation. Mais ça reste indéniablement du Taylor Swift.

Une petite quantité de qualité

C’est la quantité qui compte

Qualité Motel

Costume Records

3,5 étoiles (* * * ½)

Le quintette de Valaire fait paraître un nouveau mini-album, C’est la quantité qui compte, sous le projet Qualité Motel. La courte parution estivale, délicieusement éclectique par ses productions et ses collaborateurs, se consomme en une bouchée et fait du bien.

Ironiquement, compte tenu du nom de l’album, la galette s’écoute en l’espace de 15 minutes seulement. Cette ironie bien calculée (le mini-album fait suite au long jeu C’est pas la qualité qui compte) cache un projet où la qualité est indéniablement souveraine de la quantité. Les cinq chansons du disque ont en commun qu’elles vous feront sourire et vous donneront envie de vous déhancher.

Même la douce Unavailable, sur laquelle chante Claudia Bouvette et qui rappelle beaucoup l’œuvre de Charlotte Cardin. Premier simple dévoilé par le groupe, le titre est le seul tout en anglais et il est plus lent que les quatre autres. Mais le refrain, juste un peu plus rythmé, nous transporte.

Par leur projet électro, les membres de Valaire concoctent infailliblement de très bonnes productions (leur dernier effort avait remporté un prix Félix en 2018). Ces quelques titres ne font pas exception.

Outre Claudia Bouvette, Kirouac, Mike Clay et LaF sont de la cohorte de ce nouveau disque. Steeve Diamond intervient sur la première chanson du mini-album, Émite Bilodeau. Ajout inusité qui n’étonne pas lorsque l’on connaît la personnalité drôle et colorée des musiciens de Qualité Motel.

Si vous avez un quart d’heure de libre devant vous, laissez-vous tenter !

Insipide

Pop

Gaslighter

The Chicks

Sony

** 1/2 (2 étoiles et demi)

Gaslighter est le huitième album du groupe qui s’appelait avant The Dixie Chicks.

Il faut désormais appeler le trio The Chicks, ce qui enlève toute connotation sudiste à son nom, mais qui n’est pas trop dans l’air féministe du temps.

Mais bon, revenons-en à l’essentiel… Les chansons de Gaslighter sont-elles bonnes ?

D’une écoute à l’autre, elles ne gagnent malheureusement pas en saveur. C’est de la pop prévisible et même décevante pour un groupe qui fait son grand retour après 14 ans d’absence.

Même les mélodies des pièces épurées et acoustiques manquent de mordant. Résultat : on ne parvient pas à croquer pleinement dans les chansons.

Heureusement qu’il y a la voix de la chanteuse principale, Natalie Maines, pour nous remuer quelques cordes sensibles.

March March s’avère la chanson la plus engagée de l’album. Avec la pandémie et les tensions sociales qui secouent les États-Unis, on s’attendait toutefois à plus du trio de femmes qui avaient osé dénoncer la décision de l’ancien président des États-Unis George W. Bush d’intervenir en Irak.

Natalie Maines fait surtout référence à son divorce douloureux (avec l’acteur Adrian Pasdar, de la série Heroes).

Or, la musique n’a pas l’effet coup de poing de ses textes.

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