Devils–Canadien

De mal en pis

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais pour la première fois depuis février 2018, le CH voit sa série de défaites atteindre le nombre de six.

Analyse

Frustrant

« Pas de panique », a souvent dit Claude Julien ces derniers jours. On peut comprendre l’entraîneur-chef du Canadien de marteler ce message.

Après tout, comme il le soulignait jeudi matin, malgré la très vilaine séquence que connaît le CH, l’équipe avait la chance, avec une victoire contre les Devils du New Jersey, de se hisser au deuxième rang de la division Atlantique. Présenté de façon aussi rationnelle, son message avait des chances de passer.

Pas de panique, donc. Mais il n’a rien dit sur la frustration. Et cette frustration se lisait partout après la défaite de 6-4 contre les Devils, jeudi. La sixième de suite des Montréalais, s’il faut le rappeler.

Des preuves de frustration ? Prenez le pauvre bâton de Carey Price. Il l’a utilisé jusqu’à 8 min 21 s de la troisième période, soit quand Damon Severson l’a battu d’un tir dans la partie supérieure. Le gardien accordait ainsi un 23e but à ses cinq dernières sorties. Son taux d’efficacité au cours de cette période : ,822.

Était-ce la frustration d’un gardien qui se croit capable de faire mieux ? Celle d’un gars qui en a assez de voir l’adversaire arriver trop souvent à deux contre un ? Dur à dire. Price n’a pas rencontré les médias après la défaite, et même s’il l’avait fait, on doute qu’il aurait rejeté la responsabilité sur ses coéquipiers.

Cela dit, trois buts ont été marqués sur des surnombres. Le quatrième, sur un tir bas de Miles Wood en échappée. Et l’autre qu’il aurait pu bloquer, il l’a accordé sur un tir haut à la suite d’un retour, le genre de rondelle qui lui colle à la peau 36 fois sur 37.

Du capitaine à l’entraîneur

La frustration se percevait aussi dans les propos de Shea Weber, qui est généralement d’un calme exemplaire. Écoutez son agacement quand il est justement question des surnombres.

« On ne peut pas garder trois attaquants en fond de territoire adverse. Si, comme défenseur, on voit que ça arrive, on ne peut pas s’avancer nous aussi. C’est ce qu’on nous apprend tout jeune », a dit le capitaine.

« Il y a une limite à accepter des victoires morales. Ça prend des victoires au classement et ça n’arrive pas en ce moment. »

— Brendan Gallagher, qui se fait demander si le CH peut se réjouir d’avoir créé l’égalité à trois reprises dans le match

On pourrait ajouter ce joueur non identifié que l’on a entendu, à travers les murs du vestiaire, crier un mot qui rime avec capitaine Haddock. Lui aussi semblait frustré.

Et puis, finalement, Julien. L’entraîneur-chef a tout de même défendu ses hommes d’entrée de jeu. « Est-ce que la frustration prend le dessus [sur notre concentration] ? De temps en temps, quand tu veux trop en faire, tu empires les choses. Je vais le dire une autre fois, et après six défaites, ce n’est peut-être pas tout le monde qui sera d’accord. Les gars dans le vestiaire veulent bien faire. Mais peut-être qu’ils veulent trop. »

Puis, en anglais, sur le même thème, il a été un peu plus loin. « Les gars veulent bien faire, bien représenter le Canadien de Montréal. Mais je suis extrêmement frustré [frustrated as hell] en ce moment. J’en ai assez de perdre. Tant qu’on jouera comme ça en défense, ça ne se corrigera pas. »

Les corrections techniques, « les X et les O », ce sera pour vendredi à l’entraînement, à tête reposée. Mais pour l’heure, il est normal que les réactions soient verbalisées ainsi. Le Canadien vit une séquence inédite. Selon Sportsnet, c’est la première fois de sa longue histoire dans la LNH que le Canadien accorde 20 buts en trois matchs. Même à l’époque des 21 équipes, à l’époque des gardiens qui jouaient avec des jambières minces comme des cartables d’école, ça n’arrivait pas.

Mais au-delà de la statistique, les points continuent à échapper au Canadien. La perspective de participer aux séries aussi, car les cas comme celui des Blues de St. Louis l’an dernier sont plutôt rares. Et le CH n’a assurément pas la profondeur pour partir sur une lancée similaire en deuxième moitié de saison.

Et ça, ça peut être frustrant.

Ils ont dit

« Les autres équipes flairent le sang »

« On s’est placés dans cette situation, et ça ne sera pas plus facile la prochaine fois. Les équipes arrivent dans notre amphithéâtre, elles flairent le sang. Elles savent dans quelle situation nous sommes. C’est à nous de changer ces résultats. Nous faisons des erreurs, nous nous faisons du mal. Nous n’avons pas de plaisir en ce moment. »

— Brendan Gallagher

« Chaque fois qu’un défenseur tirait au but ou transportait la rondelle en zone adverse, leurs attaquants ne regardaient pas derrière eux et fonçaient à l’attaque. Ça nous a surpris. Évidemment, on veut que nos attaquants se dirigent vers le but, mais quand ils jouaient trop profondément, ça se transformait en revirement. »

— Mike Reilly

« Chaque fois qu’on perd, on perd un peu de confiance. Il faut qu’on se sorte de cette situation d’une manière ou d’une autre. »

— Shea Weber

« On a assez de respect pour Carey Price, il faut mieux le protéger. Comme équipe, on ne veut pas avoir la réputation de se fier [seulement] à notre gardien. […] On est dans une phase où chaque erreur qu’on fait semble finir dans le fond de notre filet. C’est décourageant, c’est frustrant, c’est ce qui rend l’équipe encore plus vulnérable. »

— Claude Julien

« Nous avons presque 50 tirs, on marque 4 buts. Normalement, on devrait pouvoir gagner un match de hockey comme ça. Mais une mauvaise décision, choisir le mauvais homme, un mauvais changement… On a vu tout ça sur vidéo. On doit le corriger. »

— Claude Julien

Propos recueillis par Guillaume Lefrançois et Simon-Olivier Lorange, La Presse

Dans le détail

Trio d’observations sur le match entre les Devils et le Canadien

Blackwood bombardé

Jamais MacKenzie Blackwood n’avait reçu plus de 42 tirs au cours d’un match depuis le début de sa jeune carrière. Il pourra maintenant effacer ce sommet de son palmarès, lui qui a été bombardé de 48 rondelles à son 40e match dans la LNH. Brendan Gallagher, avec sept tirs, ainsi que Shea Weber, Ben Chiarot, Joel Armia, Jordan Weal, avec cinq chacun, ont été ceux qui lui ont donné le plus de travail. En ajoutant les 25 tirs bloqués par ses coéquipiers ainsi que les 17 lancers hors cible décochés par le Canadien, ce sont donc 90 tirs au total qui ont été dirigés vers le filet des Devils. De l’eau au moulin de Claude Julien, qui répète que le problème de son équipe ne se situe pas en attaque…

Du gros travail des cols bleus

On attendait Taylor Hall, Jack Hughes, P.K. Subban, Nico Hischier… Ce sont plutôt les prolifiques Blake Coleman (deux fois), Miles Wood et Jesper Boqvist qui se sont retrouvés sur la feuille de pointage dans le camp des Devils. En ce sens, ce n’était pas un match rêvé pour les poolers, mais tous les entraîneurs le diront : c’est une bonne soirée lorsque les cols bleus s’inscrivent au pointage. Le quatrième trio, celui de Wood, Pavel Zacha et Jesper Bratt, a tout particulièrement donné du fil à retordre au Canadien. Wood s’est même fait le cadeau d’un joli but en échappée en deuxième période alors que le premier trio des locaux était sur la patinoire.

Arrêt miraculeux (en vain)

Blake Coleman (décidément !) s’amène en zone adverse. Tout laisse croire qu’il va tirer, mais il mystifie Shea Weber et Ben Chiarot en remettant la rondelle loin à sa droite à Kyle Palmieri. Ce dernier tire dans ce qui lui semble une cage déserte, mais la mitaine de Carey Price apparaît et lui vole un but quasi certain. On reverra cet arrêt plusieurs fois, mais Price n’a pas vraiment mis en application le manuel des gardiens de but, effectuant un déplacement décousu, presque raté. Mais avec 10 secondes à jouer en deuxième période, le Centre Bell a explosé, souhaitant sans doute que le Canadien soit fouetté par ce coup de main de son gardien qui traverse des moments (très) difficiles. « C’était un arrêt énorme, ç’aurait pu envoyer le match dans une autre direction », a d’ailleurs dit Weber après la rencontre. Hélas, pour le conte de fées, on repassera.

Comportement abusif d’entraîneurs

La LNH à un moment charnière, selon Wayne Simmonds

Les révélations des derniers jours sur le comportement abusif d’entraîneurs de la LNH continuent de faire jaser. Pour les joueurs qui ont été la cible de commentaires déplacés, notamment (et surtout) les joueurs de couleur, le moment semble privilégié pour avoir une discussion franche à ce sujet.

Wayne Simmonds, des Devils du New Jersey, n’a pas hésité à parler de la discrimination dont il a fait l’objet depuis ses débuts au hockey, faisant écho au témoignage d’Akim Aliu. Plus tôt cette semaine, Aliu a révélé que l’actuel entraîneur des Flames de Calgary, Bill Peters, lui avait lancé des insultes racistes alors qu’il évoluait dans la Ligue américaine, il y a une dizaine d’années.

« C’est un sujet que les gens n’aiment pas aborder parce que ça les rend mal à l’aise », a dit Simmonds après l’entraînement des siens, jeudi matin.

« Je vous garantis que tous les joueurs de hockey noirs ont déjà été la cible d’une insulte raciale, que ce soit quand ils étaient plus jeunes ou plus tard dans leur carrière. »

— Wayne Simmonds 

Il faut dire que Simmonds, 31 ans, a vécu son lot d’expériences négatives. En 2011, par exemple, un spectateur de London, en Ontario, lui a lancé une banane pendant une rencontre hors concours entre son club du moment, les Flyers de Philadelphie, et les Red Wings de Detroit.

« Il y a toujours quelque chose qui peut se produire… Quelqu’un marmonne quelque chose, mais vous l’entendez. Vous connaissez l’intention de la personne selon le ton qu’elle emploie, si elle veut être mesquine. Ça se produit, vous ne pouvez pas y échapper. Cette fois, Akim ne pouvait plus garder ça en dedans », a-t-il poursuivi.

Simmonds espère que les évènements des dernières semaines permettront de changer les choses de manière durable, qu’ils auront « un impact positif sur le monde du hockey ». La LNH serait-elle à un moment charnière de son histoire ? « Je l’espère », a-t-il répondu.

« Pour les personnes d’ascendance africaine ou les personnes de couleur, quand une telle chose se produit avec une personne qui contrôle d’une certaine manière votre destin… c’est quelque chose qu’on ne devrait plus voir », a-t-il conclu.

Subban plus discret

Fidèle à son habitude, P.K. Subban n’a pas voulu faire de vagues, même si le sujet est plus chaud que jamais.

« Ç’a été un mois intéressant pour le hockey », a-t-il d’abord lancé.

Interrogé pour savoir s’il avait été la cible d’insultes racistes venant d’un entraîneur au cours de sa carrière, l’ancien du Canadien a esquivé la question et tenté de relativiser sa situation.

« J’ai eu tellement d’entraîneurs, j’ai vécu tellement de choses… Mais ça n’a rien à voir avec ce qu’ont vécu Bill O’Ree, Herb Carnegie, Mike Marson, Grant Fuhr, Mike Grier… », a-t-il fait valoir.

« Quand ces évènements arrivent, ce sont les gens qui [profèrent ces insultes] qui ont des problèmes. »

— P.K. Subban

Subban et Akim Aliu ont le même âge et ont tous les deux grandi dans la région de Toronto – né au Nigeria, Aliu s’y est installé à l’âge de 7 ans.

Les familles Aliu et Subban se connaissent bien, a dit le numéro 76. N’empêche, il a dit « ne pas connaître tous les détails » de cette histoire, préférant conséquemment ne pas la commenter. Néanmoins, « ça laisse un goût amer à tout le monde », a-t-il dit.

« Des gens vivent des choses au quotidien, pas seulement dans le sport, mais dans la vie en général, ne serait-ce qu’en marchant dans la rue. C’est le monde dans lequel on vit », a-t-il renchéri.

« De mon côté, j’ai choisi de tirer une énergie positive de ces expériences. Quand quelqu’un me dit quelque chose [de négatif], la plupart du temps je n’y prête pas attention. »

Aliu n’est pas satisfait des excuses de Peters

Akim Aliu n’est pas satisfait des excuses présentées par l’entraîneur-chef des Flames de Calgary, Bill Peters, à la suite des commentaires à connotation raciste qu’il aurait lancés à son endroit il y a 10 ans. L’ex-joueur de la LNH a lui-même publié un communiqué jeudi matin sur Twitter, dans lequel il déclare que les excuses de Peters sont « fausses, hypocrites et préoccupantes ». Aliu ajoute qu’il a accepté l’invitation de la LNH à discuter de la situation, et qu’il ne formulera pas d’autres commentaires d’ici à la rencontre avec les dirigeants de la ligue. Peters a fait parvenir une lettre mercredi soir à divers médias, dans laquelle il s’excuse auprès des Flames et de leur directeur général, Brad Treliving. Le nom d’Aliu n’apparaissait nulle part. Après la rencontre de mercredi soir opposant les Flames aux Sabres à Buffalo, à laquelle n’a pas pris part Peters, Treliving a indiqué que l’enquête interne suivait son cours et a ajouté qu’il pourrait y avoir de nouveaux développements au cours de la journée de jeudi. Les Flames devaient avoir congé jeudi avant de reprendre à l’entraînement vendredi à Calgary.

— La Presse canadienne

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.