crise à la fondation

Québec maintient sa confiance envers le Dr Julien

Québec — « Le lien de confiance existe toujours » avec le Dr Gilles Julien et la crise au sein de sa fondation « est derrière nous », affirme le gouvernement Legault. Québec maintient ainsi ses engagements financiers de plusieurs millions de dollars envers l’organisme dont il est le principal bailleur de fonds.

La Presse a révélé hier cette crise à la Fondation du Dr Julien liée à des allégations d’intimidation de la part de la haute direction à l’endroit d’employés et de gestionnaires. Le Dr Gilles Julien rejette en bloc ces allégations, qu’il croit motivées par une tentative de « coup politique » orchestrée par une ancienne directrice générale adjointe pour le pousser vers la sortie.

À l’issue de cette crise qui a ébranlé l’organisation l’an dernier, le conseil d’administration a fondu de moitié, cinq directeurs sur sept ont claqué la porte et huit membres de l’équipe clinique du Centre de pédiatrie sociale d’Hochelaga-Maisonneuve sont partis en congé de maladie.

« Lorsque j’ai pris connaissance de l’article, ça n’a pas été pour moi synonyme de bris de confiance », a déclaré hier le responsable du dossier à Québec, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. Il a expliqué que le Dr Julien lui avait fait part, ainsi qu’au Ministère, de la « situation difficile » qu’avait vécue la Fondation, lors d’une rencontre à la fin de l’année dernière. « C’est une preuve de bonne foi du Dr Julien, qui a toujours été très transparent avec nous », a-t-il affirmé. Le ministre savait qu’une enquête journalistique était en cours et n’est pas « tombé en bas de [sa] chaise » en lisant La Presse.

« Il faut comprendre qu’il y a plusieurs choses qui ont pesé dans la balance, qui ont fait en sorte que le climat de travail a été difficile, selon ce qui nous a été expliqué. Et ces explications-là me satisfont. »

— Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Dans un communiqué, hier, le Dr Julien a écrit que « la crise tournait autour d’un désaccord sur les nouvelles orientations que devait prendre la Fondation » et qui impliquaient une restructuration. Accompagnés par l’Institut de confiance dans les organisations, « nous avons pris tous les moyens afin de nous assurer qu’une telle situation ne se reproduise pas. Les départs que nous avons vécus sont malheureux. Ceci dit, heureusement, les tensions sont bel et bien derrière nous ».

Le ministre Lacombe fait valoir que le Dr Julien « se veut rassurant en disant que le climat de travail qui prévaut actuellement est bon » et que « le modèle [de gouvernance] a changé ».

« Comme ministre de la Famille, j’ai aussi la volonté de m’assurer que tout se fait bien, que le climat de travail est acceptable. Les assurances que j’ai eues nous démontrent que la crise, elle est derrière nous, derrière le Dr Julien », a-t-il ajouté.

Rencontres à venir

Les deux hommes ont convenu hier, lors d’un entretien, que des rencontres auraient lieu avec le Ministère dans les prochaines semaines « pour s’assurer que tout va bien et que [la Fondation a] tous les outils nécessaires pour fonctionner ».

« Je suis conscient de l’importance d’une situation comme celle-là, et je suis conscient qu’il faut s’assurer que le climat de travail soit sain. Mais en même temps, je pense que c’est important aussi de se rappeler que la pédiatrie sociale en communauté, c’est très important au Québec », a insisté M. Lacombe.

« C’est un joueur majeur dans l’objectif d’atteindre l’égalité des chances pour nos tout-petits. Je souhaite que les gens se rappellent ça aussi. » — Mathieu Lacombe

Le ministre a souligné que la crise a touché trois centres de pédiatrie sociale et que les dizaines d’autres « n’ont vécu aucun problème ». À sa connaissance, « les services aux enfants n’ont pas été [touchés] » par cette crise. Et « les fonds publics sont bien dépensés, je n’ai aucune crainte ».

aide à venir

Par conséquent, Québec maintient tous ses engagements financiers. La moitié des revenus de la Fondation du Dr Julien provient de subventions, surtout du gouvernement québécois. C’est ce que l’on constate dans son bilan financier pour l’année dernière, qui affiche un déficit de 455 000 $.

Québec a versé 5 millions à la Fondation en 2018. Cette somme augmentera considérablement, en vertu d’une annonce faite par le gouvernement Couillard il y a tout près d’un an. La subvention passera à 7 millions cette année, puis à 12 millions pour chacune des trois années suivantes. La Fondation touchera ainsi un total de 43 millions en quatre ans. Cette aide a pour but d’assurer « le déploiement d’un réseau de centres de pédiatrie sociale en communauté afin de joindre des enfants en situation de grande vulnérabilité ».

Québec a des échanges avec un nouvel acteur, l’Alliance québécoise de la pédiatrie sociale en communauté, qui regroupe tous les centres indépendants de la province. La Fondation s’est chargée d’épauler ces nouveaux centres, de les certifier et de redistribuer entre eux les subventions que lui verse Québec. « Nous sommes présentement à évaluer la forme que pourrait prendre un éventuel partenariat » avec l’Alliance, note le cabinet du ministre Lacombe.

— Avec la collaboration d’Isabelle Hachey, La Presse

Une ex-employée sort de l’ombre

Outrée par les propos tenus hier par le Dr Gilles Julien dans La Presse, l’une des 15 employés ayant remis leur démission l’automne dernier a tenu à sortir de l’anonymat pour répliquer. Lola Wilhelmy est tombée en congé de maladie en septembre, après six ans à œuvrer auprès des enfants du centre de pédiatrie sociale d’Hochelaga-Maisonneuve. « Mon congé de maladie était absolument réel. Que le Dr Julien insinue que mon médecin a rempli un papier sur le coin d’une table en cinq minutes, ça m’insulte, dit la travailleuse sociale. Au contraire, mon médecin m’a dit : “Tu ne peux pas y retourner. C’est un climat toxique.” Je l’ai revu plusieurs fois. Pour moi, c’était un énorme deuil de quitter la Fondation. Je ne l’ai pas pris à la légère. J’ai travaillé fort là-bas. On a tous travaillé très fort. » Mme Wilhelmy nie par ailleurs les allégations du Dr Julien, selon lesquelles derrière la vague de départs des employés se cachait une tentative de putsch fomentée par une ancienne directrice générale adjointe. « Personne ne m’a manipulée. Je suis partie parce que je ne pouvais plus vivre à la merci du Dr Julien et de sa femme. C’était inconcevable que je puisse continuer à travailler là. » — Isabelle Hachey, La Presse

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