Monde

Coup d’éclat à l’aéroport de Hong Kong

Tous les vols ont été annulés hier, avant que le trafic ne reprenne ce matin

Hong Kong — Des milliers de manifestants pro-démocratie ont envahi hier le hall des arrivées à l’aéroport de Hong Kong et forcé une rarissime annulation de tous ses vols, tandis que Pékin musclait son discours, disant voir dans leur mouvement « des signes de terrorisme ». 

Les enregistrements des passagers ont recommencé ce matin à l’aube, tandis que les écrans d’affichage indiquaient un redémarrage graduel des décollages et atterrissages. Mais l’activité était encore loin d’être revenue à la normale et de nombreux vols restaient annulés, dont environ 200 pour la seule compagnie honkongaise Cathay Pacific qui a demandé à ses voyageurs de reporter tout déplacement non essentiel.

Quelque 5000 manifestants, selon la police, ont poursuivi hier un quatrième jour de sit-in pacifique afin de sensibiliser les voyageurs à leur cause. Certains brandissaient des pancartes où se lisait « Hong Kong n’est pas sûr » ou « Honte à la police ». Ils accusent les policiers d’avoir recours à une violence disproportionnée dans le but de réprimer les rassemblements.

Les manifestants sont peu à peu repartis dans le courant de la nuit sans intervention de la police. Seule une poignée d’entre eux étaient encore présents ce matin dans l’aérogare, nettoyée de toutes les banderoles et pancartes, mais pas encore des graffitis sur les murs.

Les manifestants ont annoncé leur intention de revenir à l’aéroport cet après-midi pour reprendre leur mouvement.

La fermeture du huitième aéroport international le plus fréquenté au monde (74 millions de passagers en 2018), une mesure rarissime, avait été décidée hier au moment où le gouvernement central chinois disait voir « des signes de terrorisme » dans la contestation qui agite sa région semi-autonome.

Ces déclarations musclées ont marqué une nouvelle escalade dans la crise politique initiée début juin, la plus grave à Hong Kong depuis la rétrocession du territoire par Londres à la Chine en 1997.

« Moment critique »

« Les manifestants radicaux de Hong Kong ont à plusieurs reprises eu recours à des objets extrêmement dangereux afin d’attaquer des policiers, ce qui constitue déjà un crime grave et révèle de premiers signes de terrorisme », a accusé à Pékin le porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, Yang Guang.

Comme pour ajouter à la guerre des nerfs déclenchée par la presse de Pékin, deux médias publics, le Quotidien du peuple et le Global Times, émanations directes du Parti communiste au pouvoir, ont diffusé des vidéos censées représenter des blindés de transport de troupes se dirigeant vers Shenzhen, la métropole située aux portes de Hong Kong.

La vingtaine de véhicules de la police militaire « se préparent à des exercices de grande ampleur », a affirmé le Global Times.

Dans un commentaire publié dans la nuit d’hier à aujourd’hui, l’agence Chine nouvelle a estimé que l’avenir de Hong Kong était à un « moment critique ».

Les violences perpétrées lors des manifestations à Hong Kong vont pousser la ville vers « un chemin sans retour », a mis en garde aujourd’hui la cheffe de l’exécutif hongkongais pro-Pékin, Carrie Lam, lors d’une conférence de presse.

« La violence, que ce soit son utilisation ou son apologie, poussera Hong Kong sur un chemin sans retour et plongera la société hongkongaise vers une situation très inquiétante et dangereuse. »

— Carrie Lam

« De plus en plus dangereux »

La mobilisation a vu ces dernières semaines se multiplier les affrontements entre policiers et manifestants.

« Cela devient de plus en plus dangereux, mais si on ne continue pas de descendre dans la rue à ce stade, notre avenir sera de plus en plus effrayant et nous perdrons nos libertés », a confié une manifestante de 22 ans, portant le nom de famille Chan.

Les forces de l’ordre, au cours du plus récent week-end de mobilisation, ont tiré des gaz lacrymogènes dans le métro et dans des rues commerçantes pleines de monde. Les protestataires ont répliqué en leur lançant des briques et en leur retournant des lacrymogènes.

Selon les autorités sanitaires, 45 personnes ont été blessées, dont deux sont dans un état grave. Parmi elles, une femme blessée au visage : des images la montrant allongée sur le sol, le visage baignant dans son sang, sont rapidement devenues virales, et ont même été placardées sous le slogan « œil pour œil », appelant à de nouvelles manifestations.

L’expression a également été peinte en chinois en plusieurs endroits de l’aéroport, où de nombreux manifestants portaient des bandeaux ou des bandages sur les yeux en solidarité avec la blessée.

Trudeau appelle la Chine à la retenue

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau s’est dit « extrêmement préoccupé » par la situation à Hong Kong et a appelé hier les autorités chinoises à la « prudence » et au « respect » des revendications des manifestants. « Nous sommes extrêmement préoccupés par la situation à Hong Kong », a déclaré le dirigeant canadien lors d’un point de presse. « Nous appelons à la paix, à l’ordre, au dialogue », ainsi qu’à une « réduction des tensions ». « Nous appelons la Chine à être très prudente et très respectueuse dans la façon dont elle agit avec les gens qui ont des inquiétudes légitimes à Hong Kong », a-t-il ajouté. Quelque 300 000 ressortissants canadiens vivent à Hong Kong, ce qui en fait la principale communauté d’expatriés canadiens en Asie, selon le ministère des Affaires étrangères. 

— Agence France-Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.