Chronique

Un festival d’idées

Jessica O. Matthews est une femme d’affaires. Une grande femme d’affaires. Le genre de femme d’affaires diplômée en gestion de Harvard qui se retrouve sur les listes de Forbes et qui franchit de nouvelles frontières presque chaque jour.

Par exemple, quand la New-Yorkaise d’origine nigériane est allée chercher 7 millions auprès des investisseurs il y a deux ans, pour faire croître sa très jeune entreprise techno, Uncharted Power, Jessica O. Matthews était la première femme afro-américaine à obtenir un tel financement de série A.

Mais que fait-elle sur scène en plein après-midi au Startupfest, à Montréal ?

Elle saute à la corde.

Elle s’essouffle un peu, et il fait chaud par cette magnifique journée de juillet montréalaise, mais elle continue encore quelques secondes.

Le but de l’exercice est simple : montrer qu’en bougeant ainsi, elle peut générer et emmagasiner de l’énergie dans les poignées de ladite corde à sauter. Celles-ci, montrera-t-elle à la foule, serviront ensuite à faire fonctionner des lampes et aussi un petit éventail que Mme Matthews allumera maintes fois durant sa présentation. Il fait chaud, l’ai-je précisé ?

Au Startupfest de Montréal, on parle de tout, on propose de tout.

Ici, Y Kombucha, emmené à la Startupfest par PME MTL, fait goûter ses créations aux framboises ou encore au houblon dans le stand de la Ville de Montréal. Là, on parle plutôt d’intelligence artificielle, alors que le cannabis a droit aussi à sa série de conférences. Le secteur, l’a-t-on assez dit, est le royaume de la jeune entreprise en devenir… Accrochées au cou des participants, les étiquettes identifiant tout le monde parlent d’entreprises de conciergerie, de mode, alors que d’autres y ont collé leurs microprocesseurs. La diversité de la foule est remarquable.

L’événement fondé sous forme de « camp » en 2010 est devenu un rendez-vous international pour jaser nouvelle économie, nouvelles entreprises.

Il y a maintenant 6500 participants pendant les cinq jours, explique le fondateur Philippe Telio. La rencontre marginale est devenue incontournable. Cette année, elle avait lieu au parc de Dieppe, une bande de terre dans ce qu’on appelait la Cité du Havre, entre le Saint-Laurent et le Vieux-Port, avant le pont du Casino, juste après Habitat 67, d’où la vue sur Montréal d’un côté et sur les flots bleus du fleuve est juste sublime.

Il n’y a pas vraiment de stationnement près de là, alors les organisateurs ont nolisé des bus et des bateaux pour emmener les participants du Vieux-Montréal jusque-là. Par terre, on a mis des fauteuils Fatboy, des chaises Adirondack modernisées où certains travaillent, d’autres se prélassent.

Pour chaque service, il y a une start-up, que ce soit pour les glaces ou par exemple les casiers. Locketgo est sur place, fondée il y a deux ans et demi par Gabrielle La Rue, 29 ans, et Catherine D’Avril, 30 ans, et encouragée financièrement par Real Ventures.

Elles prêtent des casiers dans les festivals, les grands événements : Osheaga, C2MTL ou Rockfest. On les embauche pour ça. Des casiers avec des chargeurs de téléphone ou d’ordinateurs, où on peut aussi laisser ses affaires, un casque de vélo, un manteau. Leurs premiers casiers étaient dans un conteneur, avec des portes en bois et des cadenas, mais elles ont fait évoluer le concept pour que le verrouillage soit électronique. « On a commencé par valider la demande », explique Catherine. « Et là on a notre nouveau prototype RFID en démonstration ici », ajoute celle qui a une autre entreprise : une école de longboard, sorte de skate.

Il y a pas mal de femmes un peu partout. Philippe Telio explique que pour augmenter le pourcentage de femmes, le festival a réduit pour elles le prix d’entrée à 50 $ au lieu de 500 $, prix du billet ordinaire.

Il n’a pas les statistiques, mais il a l’impression que ça a marché.

Certains des événements étaient destinés à mettre en valeur les femmes dans les start-up. Mais c’est dans la zone sur le futur que j’écoute Jessica O. Matthews parler de son entreprise d’énergie dont l’idée est née lors d’un voyage au Nigeria, dans sa famille. Pannes d’électricité et bonne humeur énergique de tout le monde se sont conjuguées dans sa tête. Pourquoi on n’utiliserait pas l’énergie cinétique, du mouvement, pour allumer les lampes au lieu de l’affreux kérosène ? s’est-elle demandé. C’est ainsi qu’est née l’idée d’un ballon de soccer générant et emmagasinant de l’énergie. Puis de la corde à sauter.

Prochaine étape : des plaques dans le sol qui généreront et emmagasineront de l’énergie avec nos pas et qui seront aussi liées en petits réseaux à d’autres sources locales – vent, soleil – afin de répondre à la demande locale. Pourquoi créer d’immenses infrastructures, demande-t-elle, quand on peut trouver ce qu’on cherche près de soi, même de l’électricité ?

À suivre.

Et à noter : c’est journée « portes ouvertes » aujourd’hui.

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