Centre de recherche sur les grains

Le président du C.A. nie avoir demandé le congédiement du lanceur d’alerte

Dans la foulée de la controverse entourant le congédiement du lanceur d’alerte Louis Robert, le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, propose au gouvernement de se retirer de la tête du Centre de recherche sur les grains. M. Overbeek avait été montré du doigt dans une note ministérielle accablante que l’agronome du ministère de l’Agriculture avait remise à un journaliste pour dénoncer l’ingérence du privé dans la recherche publique sur les pesticides, geste qui lui a valu son renvoi. Hier, en entrevue avec La Presse, Christian Overbeek s’est exprimé de vive voix pour la première fois sur cette affaire.

Vous portez trois chapeaux : vous êtes à la fois le président d’un syndicat qui représente 11 000 producteurs agricoles, le président du conseil d’administration d’un centre de recherche dont l’une des missions est de faire des études pour diminuer l’usage des pesticides et un lobbyiste muni d’un mandat pour militer contre le resserrement des règlements visant à encadrer l’usage des pesticides à haut risque. Admettez-vous aujourd’hui que c’étaient des rôles irréconciliables ?

Je vous dirais que non. Il y a des éléments qui sont complémentaires juste par les connaissances qu’on peut amener d’un conseil d’administration à l’autre. Moi, je ne voyais pas de dualité. Il ne faut quand même pas oublier qu’en tant qu’administrateur d’un centre de recherche, l’élément principal n’est pas la gestion quotidienne des activités. Ça, ça appartient à la direction générale…

Le thème de lobbying que vous évoquez en ce qui concerne l’usage des pesticides est relié aux Producteurs de grains du Québec, et non à ma fonction de président du conseil d’administration du Centre de recherche sur les grains (CEROM). Il faut être capable de distinguer ces deux éléments là. 

Avez-vous fait des pressions sur le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, ou le sous-ministre Marc Dion pour que l’agronome Louis Robert soit congédié ?

D’aucune façon.

Est-ce que vous vous êtes déjà plaint de lui à des gens du ministère de l’Agriculture ou ailleurs au sein du gouvernement du Québec ?

À mon souvenir, non plus.

Que pensez-vous du fait qu’il a été renvoyé ?

Je n’ai aucun commentaire à apporter sur cet élément. C’est quelque chose qui est entre Louis Robert et son employeur.

Vous proposez que les représentants des Producteurs de grains ne soient plus dans les postes d’« officiers » du conseil d’administration du CEROM, c’est-à-dire dans les postes de président, de vice-président, de secrétaire et de trésorier. Est-ce que vous souhaitez demeurer au conseil d’administration à titre de simple administrateur lorsque vous quitterez votre poste de président du conseil ?

Si ça convient encore aux membres, c’est sûr que c’est une fonction que j’ai toujours appréciée. J’ai toujours cru à la recherche, aux nouvelles connaissances, et ç’a toujours été dans cet esprit-là que j’ai exercé mon rôle au sein du CEROM. 

Que souhaitez-vous dire à la population au sujet de cette affaire ?

Je veux réitérer que, contrairement à ce qui a été véhiculé par plusieurs personnes depuis un an, d’aucune façon je ne suis intervenu auprès des membres du CEROM pour retarder ou cacher des rapports de recherche. Ce n’est pas le rôle d’un administrateur de faire ça. Qu’on ait voulu m’accuser sur la place publique de cet élément-là, je vous dirai que c’est extrêmement regrettable. Moi, personnellement, je ne le prends pas qu’on ait voulu m’accoler l’étiquette d’être un intimidateur et une personne qui fait du trafic d’influence. D’aucune façon, ça rentre dans mon code d’éthique personnel.

Vous êtes enregistré au registre des lobbyistes pour militer contre l’obligation qu’un agronome certifié par le ministère de l’Agriculture donne son sceau d’approbation avant qu’un agriculteur utilise des pesticides à haut risque. Pourquoi demandez-vous cet assouplissement ?

Les producteurs souhaitaient avoir accès à de la formation plutôt que de se faire imposer une réglementation. Un meilleur accès à la formation, ça donnait la chance aux agriculteurs de mieux comprendre les différentes actions ou les différentes conséquences qui entourent l’utilisation de pesticides.

Au cours des dernières années, vous avez fait des déclarations publiques pro-pesticides. Pouvez-vous expliquer pourquoi, dans votre travail, c’est important d’avoir accès à ces outils-là ?

Comme représentant des Producteurs de grains du Québec, j’ai toujours privilégié la formation plutôt que la réglementation. Ça peut expliquer un ensemble de positions ou d’énoncés qu’on a faits au cours des dernières années en ce qui concerne l’usage des pesticides. Pour moi, l’élément premier, c’est que les producteurs aient accès à des formations pour encore mieux comprendre ce qu’il se passe quand on a à utiliser ces pesticides-là… Quand, ultimement, c’est nécessaire d’appliquer un pesticide, ça fait partie du coffre à outils qui est disponible pour les producteurs. Et aller apporter une restriction sans s’être assuré au préalable sur si une formation n’aurait pas pu être plus efficace, c’est là que j’avais comme une certaine difficulté à accepter.

Les propos recueillis lors de cette entrevue ont été condensés et raccourcis pour alléger la lecture.

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