Plein air

Démocratiser la descente de rivière

Descendre une rivière, ça peut sembler un peu intimidant pour les néophytes. Comment choisir un cours d’eau ? Où se procurer une embarcation ? Où mettre celle-ci à l’eau ? Comment ne pas déboucher brusquement sur des rapides infranchissables ? Canot Kayak Québec veut changer cette perception et rendre le canot de rivière beaucoup plus accessible.

« Nous avons décidé d’offrir à la communauté des pagayeurs, autant les débutants que les plus expérimentés, des circuits prêts-à-partir qui soient accessibles, aménagés, sécuritaires, géolocalisés et documentés », affirme Alexandra Hart, chargée du projet Circuits-rivières chez Canot Kayak Québec.

Le projet est encore en développement, mais une demi-douzaine de rivières, peut-être plus, pourraient obtenir une certification Circuits-rivières dès l’été prochain.

« C’est un projet qui a évolué énormément à travers le temps parce qu’il a été assez difficile à mettre en place, indique Mme Hart. Nous voulions que le projet soit pensé et réalisé par le milieu, nous voulions prendre en considération leurs opinions, leurs conseils, leurs recommandations. »

Un premier essai en 1980

Un premier projet Circuits-rivières avait démarré en 1980 grâce à du financement gouvernemental qui visait à stimuler l’économie et l’emploi. Il s’agissait d’aménager et de rendre accessibles des rivières pour des circuits pagayables (à l’époque, on utilisait le terme « canotables »). On avait sélectionné huit rivières et on avait pu continuer à les mettre à niveau jusqu’en 2000, lorsque les budgets se sont évaporés.

« En 2018, la fédération [Canot Kayak Québec] a décidé de reprendre le projet, mais dans une perspective de pérennisation, raconte Mme Hart. Oui, nous avons développé des circuits pagayables, mais ça ne s’est pas pérennisé. C’est dommage d’avoir perdu tout le travail qui a été fait. »

Elle a entrepris une tournée des régions administratives pour connaître les besoins. Partout, on a déploré un manque d’information et un besoin de vulgariser celle qui était disponible.

« On souhaitait qu’il ne soit pas nécessaire de faire des recherches pendant des heures sur Google et Google Maps pour avoir de l’information sur une rivière et se sentir en sécurité à l’idée de partir pagayer un après-midi avec son chien ou son enfant. »

— Alexandra Hart

Dans les différentes régions, on souhaitait également une plus grande participation des municipalités et une certification en bonne et due forme.

« Nous avons écouté ces besoins », affirme Mme Hart.

Canot Kayak Québec a modulé un aspect important du nouveau projet.

« Nous avions dans l’idée de couvrir tout le territoire québécois au lieu de sélectionner huit rivières qui soient plus près de nous, plus accessibles [comme dans le projet de 1980]. Nous voulions élargir davantage le projet. »

Projet pilote

La fédération est plutôt revenue à l’idée de sélectionner d’abord des rivières accessibles. C’est ainsi qu’au cours de l’été qui vient de se terminer, elle a travaillé à la caractérisation de cinq rivières de la région de Québec : les rivières Montmagny, Saint-Charles, Duberger, Beauport et Pont-Rouge.

« C’est notre point de départ, notre projet pilote », indique Mme Hart.

« Nous faisons une caractérisation pour voir l’état des berges, connaître le courant de la rivière, son débit, sa sécurité, sa difficulté. Nous allons émettre un rapport cet automne ou au début de l’hiver et faire des recommandations. Au début de l’été prochain, nous verserons des subventions aux autorités pour qu’elles puissent mettre à niveau leurs circuits. Elles pourront alors recevoir une certification Circuits-rivières. »

Il s’agira notamment, selon la rivière, d’aménager des mises à l’eau, des aires de repos, des stationnements, des sanitaires, des panneaux d’information et de signalisation, etc. Les critères de certification demeureront raisonnables.

« Si nous voulons couvrir à terme le territoire québécois, nous ne pouvons pas mettre des critères trop élevés. Nous risquerions alors de nous retrouver avec uniquement une dizaine de rivières. »

Elle note que ce ne sont pas nécessairement toutes les rivières qui ont subi une caractérisation qui pourront obtenir une certification.

« Nous avons vu des enjeux de sécurité qui sont peut-être trop importants pour permettre une certification. »

Une fois qu’une rivière sera certifiée, les municipalités concernées pourront en faire la promotion auprès des écoles, des camps de jour, des familles.

De son côté, Canot Kayak Québec en fera la promotion sur son site internet et inclura une fiche qui fournira toutes les informations sur le circuit lui-même, son niveau de sécurité, les boutiques de plein air et de location à proximité, les navettes offertes, la qualité de l’eau, etc.

La fiche mentionnera également le niveau d’habileté nécessaire. Il y aura des circuits autant pour les débutants que pour les gens plus expérimentés.

« Nous voulons que ce soit inclusif comme projet, souligne Alexandra Hart. Nous ne voulons pas laisser de côté nos experts, mais nous voulons ouvrir la porte à une nouvelle clientèle qui n’a pas l’habitude d’aller sur les rivières, dans le but de démocratiser cette pratique. C’est important parce qu’au Québec, les rivières font partie de notre patrimoine naturel. »

La saison prochaine, Canot Kayak Québec fera la caractérisation de rivières à Victoriaville et à Montréal. Dans ce dernier cas, on parle d’une section de la rivière des Prairies dans le coin de L’Île-Bizard et de Sainte-Geneviève.

« Après, ça va débouler, nous allons pouvoir en faire de plus en plus, nous pourrons agrandir notre équipe. »

Difficile toutefois de donner un échéancier précis sur les travaux de caractérisation et d’aménagement.

« C’est difficile de prévoir, explique Mme Hart. Il faut prendre en considération les embâcles de glace, les inondations, etc. Si nous pouvons commencer la caractérisation en avril, tant mieux, il y aura plus de certifications au cours de l’année. »

Suggestion de vidéo

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L’aventurier Mike Horn a créé une petite controverse en présentant cette vidéo, où il tente d’escalader un iceberg. Il savait pourtant que c’était une très mauvaise idée. Il ne la recommande pas.

Chiffre de la semaine

13 537 273

C’est le nombre d’hectares de forêts touchés par la tordeuse du bourgeon de l’épinette au Québec en 2020. C’est une énorme augmentation de 41 % par rapport à 2019.

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