hockey

« Le flambeau s’est éteint »

Les joueurs du Canadien de 1993 ont été honorés avant le match, hier. Certains peinaient à croire qu’ils étaient encore les derniers à avoir soulevé la Coupe Stanley.

Les joueurs du Canadien de 1993 ont été présentés au public du Centre Bell avant le match d’hier soir et, par un heureux hasard, le capitaine de l’édition actuelle, Shea Weber, s’est présenté sur la glace, en habit de joueur et tout, avec un flambeau allumé. Qu’est-ce qui a été écrit, déjà, à propos des bras meurtris qui tendent le flambeau bien haut ?

Le moment était bien choisi pour ressortir le flambeau, devant ces joueurs de 1993, les derniers à avoir donné une Coupe Stanley à Montréal. Ils étaient presque tous là : Carbonneau, Damphousse, Bellows, Lyle Odelein, le miraculé qui a récemment raconté son incroyable histoire dans nos pages.

Il en manquait bien quelques-uns, notamment Patrick Roy, retenu par son équipe de hockey junior, mais l’hommage était bien senti, avec une ovation, la plus belle de la soirée, accordée au directeur général Serge Savard et à l’entraîneur Jacques Demers, cloué bien malgré lui à un fauteuil roulant.

Ils ont presque tous dit la même chose, les membres de 1993 : c’est incroyable, vraiment, et après toutes ces années, de constater que cette conquête-là est la dernière.

« Je me souviens qu’en 1993, nous avions à ce moment-là mis fin à la plus longue disette du club en plus de 40 ans, a expliqué Mathieu Schneider, défenseur de 1993. Mais nous vivons dans un monde différent. Il y a tellement de bonnes équipes maintenant, on a vu ce que les Golden Knights ont pu faire la saison dernière, ce qui démontre un peu le genre de parité qu’il y a au hockey. Après 1993, on pensait qu’on allait gagner encore plusieurs fois !

« Mais c’est plus difficile maintenant, il n’y a plus de matchs faciles. Quand je suis arrivé dans la ligue, il y avait des équipes que nous étions assurés de battre chaque fois qu’on les affrontait. »

Disette canadienne

Serge Savard, alors grand manitou du Canadien, croyait lui aussi que la conquête de 1993 n’allait pas être la dernière.

« En 1995, quand j’ai dû quitter [le Canadien], j’ai dit que je pensais avoir une équipe pour aller à la Coupe Stanley. Alors je ne pensais pas que 1993 allait être notre dernière. Je bâtissais mes équipes avec trois ou quatre jeunes qui montaient chaque année. C’est la manière de bâtir une équipe. Le Canadien vient d’avoir un bon choix de première ronde [Jesperi Kotkaniemi]. Si on peut amener des nouveaux joueurs comme ça, former nos vedettes… Avec le plafond salarial, maintenant, c’est plus difficile. Nous, on n’avait pas à composer avec ça. »

Guy Carbonneau grimace un peu quand on lui rappelle que le Canadien n’a rien gagné depuis 1993. « C’est sûr que c’est étonnant… mais dans notre temps, c’était 24 équipes et là, c’est 31. »

« Les chances ne sont plus les mêmes. Ce n’est pas juste le Canadien ; il n’y a pas une seule équipe canadienne qui a gagné depuis 25 ans non plus. »

— Guy Carbonneau

Ce qui nous ramène au flambeau. On n’en sort pas. Après tout, cette équipe a longtemps puisé son inspiration dans les conquêtes de son riche passé.

« Les gars de 1993, on avait tous été élevés dans la culture gagnante du Canadien, a raconté Stéphan Lebeau. On arrivait ici et dans le vestiaire, on voyait les gars qui avaient gagné avant nous. Cette culture-là se transmettait d’année en année : les gars de 1986, les gars de 1989, qui étaient allés en finale. En 25 ans, on ne peut pas dire que le Canadien a été une vraie menace. Il faut savoir passer le flambeau… mais le flambeau s’est éteint à un moment donné. »

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