Transport

Pénurie de camions

La forte tenue de l’économie partout en Amérique du Nord a surchargé les capacités des constructeurs de camions, tant et si bien que les nouveaux acheteurs ne peuvent maintenant plus espérer recevoir le leur avant 2019.

« Il y a une énorme demande cette année », constate Cathy Lussier, directrice des ventes de camions neufs chez Excellence Peterbilt, important réseau de concessionnaires de la région métropolitaine.

« Dans notre cas, ça touche tous les modèles. Il n’y a plus de place pour en construire cette année, ça ne va pas avant janvier. Ça touche toutes les marques. Les autres manufacturiers ont aussi déjà annoncé que leur année était terminée. »

La pénurie touche particulièrement les camions de classe 8, les plus gros. Leurs châssis sont conçus pour qu’on y ajoute des accessoires leur donnant différentes fonctions : benne, citerne, plateforme de remorquage, grue pour la livraison de matériaux, boîte réfrigérée, bétonnière, etc.

La demande est un peu moins forte pour les modèles légèrement plus petits, de classe 7, tels ceux construits par Paccar à Sainte-Thérèse, selon Mme Lussier. « Pour eux, on est rendus à des livraisons à la troisième semaine d’octobre. »

« En Amérique du Nord, il doit se vendre en moyenne environ 300 000 camions de classe 8 par année », estime, en précisant que ses chiffres sont très approximatifs, David Tremblay, président et propriétaire de Simard Suspension, une entreprise de Baie-Saint-Paul qui se spécialise dans l’installation d’essieux supplémentaires à ces camions, notamment pour en augmenter la charge utile.

« Dans les années 2008 et 2009, c’est peut-être descendu à 110 000. Cette année, même s’il est encore tôt, ça va sans aucun doute être un record. Peut-être 375 000, 400 000 ? Personne n’avait prévu une augmentation de cette envergure-là. »

Accessoires rares

Les raisons de cette forte demande sont multiples. Les nombreux investissements en infrastructure, au Québec comme ailleurs sur le continent, l’expliquent en grande partie. En témoigne notamment le fait que les bennes, construites par des entreprises distinctes, se font elles aussi de plus en plus rares.

« Déjà que les châssis, c’est difficile, les bennes basculantes, c’est encore plus difficile. »

— Cathy Lussier, directrice des ventes de camions neufs chez Excellence Peterbilt

« Nous avons augmenté la production, mais même là, ça ne suffit pas à la demande », confirme Daniel Bibeau, gérant des ventes du Groupe Bibeau, un constructeur de bennes de Saint-Félix-de-Valois qui est aussi propriétaire de deux autres constructeurs, en Montérégie et en Ontario, et vend partout au Canada et dans plus de 50 % du territoire américain.

M. Bibeau voit une autre explication possible à la croissance. De nouvelles normes environnementales entrées en vigueur en 2007 ont incité de nombreux acheteurs de camions à faire le plein avant leur entrée en vigueur, en 2006.

« Tout le monde a acheté avant, dit-il. Les années 2007, 2008 et 2009, c’était très mort. Là, on en arrive au moment où on ne peut plus simplement rafistoler. »

Pénurie de main-d’œuvre

David Tremblay constate lui aussi une forte croissance de l’appétit pour les services de son entreprise.

« Pour notre année financière qui va se terminer le 31 août, on devrait parler d’une hausse de plus de 40 % de l’achalandage », juge-t-il.

Il est évidemment difficile de répondre à une telle hausse de la demande.

« On a les infrastructures pour produire plus, que ce soit la bâtisse ou l’équipement. Mais entre en jeu une autre problématique, la pénurie de main-d’œuvre. C’est bien beau de vouloir produire plus, mais ça prend du monde. »

Les relations canado-américaines tendues ont aussi amené de l’incertitude dans l’industrie, qui se demande si son marché ne s’écrasera pas soudainement, selon M. Tremblay. Son entreprise réalise environ 30 % de ses revenus à l’extérieur du pays, d’un bout à l’autre du continent américain.

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