Malte

Scepticisme face au nouveau premier ministre

Le changement à la tête du gouvernement n'apaise pas les doutes autour de l'assassinat d'une journaliste en 2017

Les proches de Daphne Caruana Galizia, tuée par une bombe placée sous son véhicule en octobre 2017, espèrent que l’arrivée au pouvoir lundi à Malte d’un nouveau premier ministre aidera à faire toute la lumière sur la mort de la journaliste.

La volonté affichée de Robert Abela de s’inscrire « dans la continuité » par rapport au précédent chef de gouvernement, Joseph Muscat, tout en reconnaissant certaines « erreurs  », suscite cependant du scepticisme.

« Au-delà de la rhétorique, il semble réticent à engager de véritables changements  », relève en entrevue Corinne Vella, la sœur de la journaliste assassinée, qui souhaite obtenir l’assurance que tous les responsables de sa mort devront « répondre à la justice  ».

Mme Vella note que M. Abela n’a rien d’un nouveau venu puisqu’il a été nommé comme « consultant  » par M. Muscat en 2017 et n’a rien trouvé à redire subséquemment à la manière dont les choses se déroulaient au sein du conseil des ministres.

L’ex-premier ministre s’était retrouvé sous forte pression en novembre après que la police a arrêté son chef de cabinet, Keith Schembri, pour l’interroger relativement aux allégations d’un riche homme d’affaires le désignant comme le véritable commanditaire de l’attaque contre Daphne Caruana Galizia.

La journaliste avait notamment révélé avant sa mort que M. Schembri et un ministre disposaient de comptes extraterritoriaux (offshore) au Panama alimentés par une firme appartenant à l’homme d’affaires en question, Yorgen Fenech.

Bien que son chef de cabinet ait été relâché sans être mis en accusation, les appels à la démission du premier ministre s’étaient multipliés, à Malte et en Europe, le forçant à couper court à son mandat deux ans avant l’échéance prévue.

M. Abela, avocat d’affaires de formation âgé de 42 ans, a été désigné en fin de semaine comme le successeur de M. Muscat à la tête du Parti travailliste, majoritaire au Parlement. Il a hérité du même coup du poste de premier ministre.

À titre de candidat, il avait évité d’évoquer l’affaire de la journaliste tuée, si ce n’est pour dire que l’État n’avait pas à s’excuser d’éventuelles erreurs dans la manière dont sa protection avait été assurée.

Après sa victoire, il a dit, selon l’Agence France-Presse, qu’il était « déterminé à garder ce qui est bon et changer ce qui est mauvais  » du précédent gouvernement, tout en insistant sur l’importance du développement économique enregistré par Malte sous la direction de M. Muscat.

L’ex-premier ministre, qui a quitté le siège du gouvernement hier sous les applaudissements de ses collaborateurs, s’est dit « fier  » sur Twitter de céder les rênes du pays à Robert Abela, fils d’un ancien président.

« Il quitte le pouvoir en disgrâce, peu importe la manière dont il tente de mettre en scène son départ  », souligne Corinne Vella, qui fustige l’attitude « arrogante  » du politicien.

L’enquête relativement à la mort de Daphne Caruana Galizia avait mené en 2018 à l’arrestation de trois hommes soupçonnés d’avoir comploté pour préparer la bombe lui ayant coûté la vie.

Les efforts pour identifier les commanditaires de leur action ont cependant piétiné jusqu’à ce qu’un usurier appréhendé en lien avec une autre affaire, Melvin Theuma, reconnaisse à l’automne sa responsabilité comme intermédiaire et mette en cause Yorgen Fenech.

L’homme d’affaires, en plus de mettre en cause Keith Schembri, a indiqué que ce dernier l’avait tenu informé des développements de l’enquête et tenté de dicter ses aveux, suscitant des accusations d’ingérence.

affaire similaire en Slovaquie

La mort de Daphne Caruana Galizia avait suscité une forte émotion en Europe, qui a été exacerbée quelques mois plus tard par l’assassinat d’un journaliste slovaque, Jan Kuciak.

Ce drame a précipité la chute du gouvernement en place et mené à l’arrestation de quatre suspects, dont un influent homme d’affaires, Marian Kocner, qui était apparemment hostile au travail d’enquête de M. Kuciak.

Un ex-militaire figurant parmi les accusés a reconnu formellement lundi sa culpabilité. Il a expliqué devant la cour s’être rendu à la résidence du journaliste et avoir tiré sur lui, l’atteignant à la poitrine, avant de viser sa femme qui tentait de fuir.

Dans une lettre ouverte parue il y a quelques jours, Leon Willems, directeur de Free Press Unlimited, une ONG vouée à la défense de la liberté de la presse, a souligné qu’il était « urgent  » pour l’Union européenne de prendre des mesures appropriées pour « mieux protéger les journalistes à risque  ».

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