Face à la crise

Pelican a le bec à l’eau

La production de pédalos et de kayaks battait son plein. La saison aquatique approchait. Puis la COVID-19 a fait le vide. Pelican International bat de l’aile, mais son président Danick Lavoie ne perd pas le cap.

« On tient le coup, on y va au jour le jour, mais ça va, ça va », a-t-il lancé d’entrée de jeu. « On vit une crise unique, hein ? »

Danick Lavoie n’était à la barre que depuis cinq mois lorsqu’il a dû affronter la tempête parfaite.

Après plusieurs années chez Cascades, il a été nommé président de Pelican International en octobre dernier. Début mars, il s’engageait en gestion de crise.

« Pendant la semaine de relâche, on a commencé à songer à tous les chamboulements, sans penser que ça arriverait aussi vite et de façon aussi intense », raconte-t-il.

Les voyages non essentiels avaient été supprimés. Le mercredi 18 mars, une partie du personnel de bureau s’était installé en télétravail. « Depuis deux semaines, on travaillait d’arrache-pied pour mettre en place des mesures sanitaires. »

L’usine de Salaberry-de-Valleyfield avait cessé ses activités le vendredi 20 mars, mais celle de Laval maintenait une production réduite, « pour répondre à ce qu’on avait évalué comme notre demande significativement à la baisse, avec tout ce qui se passe en Amérique du Nord ».

La fabrication des kayaks, pédalos, petites embarcations et planches à pagaie en plastique s’effectue avec des procédés de thermoformage, d’extrusion et d’assemblage. Les deux tiers de la production sont normalement destinés aux détaillants des États-Unis, où certains magasins de grandes chaînes sont encore ouverts. « Chaque État réagit différemment, explique-t-il. On s’adapte à cette demande-là. »

Mais l’exigence du gouvernement québécois de fermer les entreprises non essentielles, lundi, leur a forcé la main. « On a annoncé en début d’après-midi lundi qu’on ne repartirait pas mardi matin, et entre 14 h et 23 h, on a fermé la grande majorité de nos opérations. Les activités de distribution vont ralentir jusqu’à zéro dans un très court laps de temps. »

L’entreprise compte près de 650 employés, dont plus de 400 sont touchés par l’interruption de la production.

« On fait du mieux possible pour ne pas les laisser en plan pendant le délai potentiel d’assurance-emploi, mais on est une PME et on a les moyens qu’on a », constate Danick Lavoie.

« On aura des mesures et des décisions difficiles à prendre dans les prochains jours et prochaines semaines pour nos cols blancs », évoque-t-il encore.

Bref, Pelican s’est posé en catastrophe.

« L’humain s’adapte, et souvent, la seule différence entre les individus, c’est le temps que ça prend pour s’adapter », ajoute M. Lavoie.

Virage à 180 degrés

Pour répondre à la demande des détaillants, qui se concentre durant la belle saison, les deux usines opèrent habituellement à plein régime d’octobre à juin.

« Le moment ne pouvait pas être plus mal choisi pour cette crise-là. On était à des niveaux maximums d’inventaire, de comptes recevables et d’investissement dans notre fonds de roulement », indique le président.

L’entreprise est financièrement solide, assure-t-il, « mais du jour au lendemain, cette crise nous a fait changer nos plans et nos objectifs de 180 degrés. On passe d’un mode d’acquisitions et de projets de croissance à une gestion quotidienne de la liquidité, de nos employés, de nos coûts et de nos relations avec nos clients ».

Plus forts, plus sages

Pour un commandant qui vient de prendre la barre, la traversée est particulièrement houleuse.

« On se bâtit un coffre à outils au cours de notre carrière, et c’est ce qu’on prend », décrit-il sobrement.

« C’est un mindset shift [changement de mentalité]. On doit faire face à la réalité juste devant nous. Je me concentre sur les choses qu’on contrôle. »

Bref, il s’agit de garder le cap au mieux.

« On va sortir de la crise dans quelques semaines, dans quelques mois, et on sera prêts, projette-t-il. On croit que nos employés vont tous revenir, ils vont être fiers de travailler pour Pelican et ils vont remettre la production sur les rails. »

Et l’entreprise à flot.

« On va sortir de ça très probablement plus forts, et très probablement un petit peu plus sages. »

Comment votre entreprise fait-elle face à la crise ? Comme patron et gestionnaire, quelles actions entreprenez-vous ? Contactez-nous pour faire part de votre expérience, vos pairs pourraient en tirer des leçons.

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