Chronique

Ils ont signé le Pacte. Et vous ?

C’était tôt hier matin dans le hall du TNM, et pourtant, on se serait cru un soir de première. Il y avait en effet des vedettes au pouce carré issues de toutes les générations et de toutes les allégeances : de Janette à Véro, de Louis-Jean Cormier à Guillaume Lemay-Thivierge, d’Yvon Deschamps à François Bellefeuille, de Marina à Marie-France Bazzo, de Roy Dupuis à Guy Jodoin, de Marc Labrèche à Marc Hervieux, et j’en passe. Toutes ces têtes d’affiche cordées serré sur le carrelage du TNM s’étaient mobilisées à l’invitation d’un mobilisateur-né : le metteur en scène Dominic Champagne.

Il y a seulement trois semaines, Dominic Champagne a lancé l’appel et sonné l’alarme au nom du Pacte de la transition énergétique, une initiative lancée par le secrétaire général des Nations unies il y a deux ans et que Champagne a décidé de reprendre pour le Québec.

« Le réchauffement climatique me chauffe le cul », a lancé Dominic Champagne avant d’expliquer qu’à cause de ce qui se passe sur le plan climatique, il a tout laissé tomber : le spectacle qu’il devait monter au TNM cet hiver et le nouveau spectacle du Cirque du Soleil en Chine.

« Mon pays a plus besoin de moi que le monde du spectacle », a-t-il poursuivi avant d’ajouter : « L’heure n’est pas au désespoir, mais à l’enthousiasme et à l’engagement. Et notre projet de société en ce moment, ce n’est pas la maternelle 4 ans ni les boîtes à lunch. Le peuple québécois a besoin que la société civile se lève et s’éloigne du pétrole. Nous sommes des drogués du pétrole et nous devons nous en désintoxiquer. Mais comprenez-nous bien, on n’est pas ici pour faire la morale aux autres. On est là pour lancer un appel. »

Champagne faisait bien d’aller au-devant de coups en affirmant qu’il n’était pas question de faire la leçon aux gens, de jouer aux purs et d’obliger tous les Québécois à manger végane et à se déplacer à vélo. « Ce pacte n’est pas un engagement à être parfait, mais un engagement solennel à réduire notre empreinte écologique… Chacun est invité à faire sa juste part, selon ses moyens. Et ça peut être aussi simple que de manger un cheeseburger de moins par semaine. »

Les engagements

Parmi les engagements du Pacte les plus difficiles à appliquer, il y a la réduction de consommation du pétrole partout où c’est possible, en diminuant l’utilisation de la voiture et en privilégiant les transports collectifs, le covoiturage, etc. Le pacte préconise aussi de réduire l’utilisation de l’avion ou de compenser les émissions des vols effectués. S’ajoutent plusieurs autres engagements sur la consommation, l’alimentation et l’engagement citoyen. En contrepartie des gestes individuels, les signataires exigent une action politique urgente.

Parmi les mesures exigées : que le gouvernement s’engage à réduire ses propres émissions de 50 % d’ici 2030 et qu’il cesse toute exploration et exploitation des énergies fossiles au Québec.

Quant aux placements dans des entreprises liées aux énergies fossiles, Dominic Champagne a affirmé qu’il avait fait le ménage. « Passer la balayeuse dans son portefeuille n’est pas une mince tâche, dans la mesure où les énergies fossiles sont partout, mais j’ai réussi. » Même son de cloche chez Judi Richards, qui a confirmé que ça faisait longtemps qu’elle avait retiré son argent de fonds liés à l’industrie pétrolière. Son mari Yvon Deschamps a de son côté lancé à l’assemblée : « Si je suis ici ce matin, c’est parce que je rêve à un Noël blanc dans un Québec vert. »

Personne n’est contre la vertu, évidemment, mais sur les 500 artistes et personnalités qui ont signé le pacte, certains noms font plus sourciller que d’autres à cause d’une empreinte écologique impliquant des voyages en avion constants ou la possession de nombreuses voitures. C’est le cas de l’ex-PDG du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, qui a signé le Pacte même s’il voyage plus souvent qu’à son tour en jet privé, quand ce n’est pas en fusée.

Que vaut sa signature ? « Nous sommes tous complices du crime, tous accros au pétrole, mais nous pouvons tous poser des gestes individuels dans nos vies de tous les jours qui vont créer un élan, déclencher un mouvement et ultimement convaincre nos gouvernements d’agir », a répondu Champagne.

Plus tôt, le metteur en scène a évoqué la réticence de certains membres du milieu culturel qui, complexés par leur mode de vie, n’ont pas voulu se présenter au TNM hier matin de peur de passer pour des imposteurs. En revanche, au moins deux d’entre eux ont décidé de braver d’éventuelles critiques. D’abord Louis Morissette, qui a déclaré : « J’ai pas vraiment envie d’être ici, dans la mesure où qui suis-je pour dire aux gens quoi faire ? À titre de gars de 45 ans qui vit en banlieue avec sa famille, je suis plein d’incohérences. Non seulement je nuis à la cause, mais je représente le problème. En fin de compte, c’est pour ça que je suis ici : pour m’engager à regarder mon mode de vie et à penser voitures électriques, plastique, consommation. »

Guillaume Lemay-Thivierge, celui qui nous vend des Hyundai mur à mur tous les soirs à la télé, a renchéri en affirmant : « Au lieu de se préoccuper de ceux qui nous critiquent, on devrait faire comme Forrest Gump et ne pas nous en soucier. L’important, c’est de mettre toutes nos énergies pour que ce beau projet devienne une mode. »

Dominic Champagne a affirmé qu’il avait bon espoir de rencontrer le premier ministre Legault dans les prochains jours afin de lui faire prendre conscience de l’urgence de la situation.

« Nous sommes les contemporains d’une tragédie dans laquelle le premier ministre tient le premier rôle. Nous avons tous les atouts en main pour corriger la situation en implantant des lois et en tenant tête à certains lobbys. »

— Dominic Champagne

À la fin du point de presse, le metteur en scène a invité tout le monde à participer à la grande manifestation pour la survie de la planète samedi qui se déroulera à Montréal et dans dix autres villes du Québec. Mais avant, il demande à tous les gens de bonne volonté, aussi imparfaits soient-ils, de signer le Pacte de la transition à l’adresse lepacte.ca. Il espère récolter un million de signatures d’ici quelques mois. En attendant, Dominic Champagne vit d’espoir et d’eau… encore fraîche, mais qui sait pour combien de temps.

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