OPINION

SYNODE SUR LES JEUNES Le beau risque de faire route ensemble

Il est encore tôt pour juger si le synode sur les jeunes, qui s’est achevé à Rome il y a un mois, aidera l’Église à remplir sa mission auprès d’une jeunesse qui attend d’elle bien des changements. Cependant, on peut déjà se demander si on y a semé les bonnes graines, et en quantité suffisante, pour espérer des fruits.

À mon avis, l’un des meilleurs critères d’évaluation du succès de l’événement réside en son degré réel de « synodalité ». Autrement dit, est-ce qu’il s’est bel et bien déroulé dans l’esprit d’un « faire route ensemble » ? Est-ce que les désirs et les intuitions des jeunes pour l’avenir de leur Église ont animé les débats et ont été vraiment compris, puis acceptés ?

Pourquoi est-ce si important ? Parce que du point de vue de nos sociétés démocratiques, la manière très verticale d’exercer l’autorité dans l’Église catholique paraît archaïque, voire pernicieuse.

Cette perception est particulièrement sensible chez les jeunes générations, à l’aise dans des structures horizontales où leur avis est pris en considération, et pour qui les arguments d’autorité font systématiquement l’effet d’une douche froide.

Cela dit, pour plusieurs raisons, on ne doit pas s’attendre à ce que l’ossature de l’Église catholique se métamorphose radicalement. Après avoir soufflé 2000 bougies, il n’est pas question de changer de squelette ! Ce n’est d’ailleurs pas le souhait exprimé par les jeunes lors du synode.

Dans le cas d’une institution pluriséculaire et présente sur tous les continents, une réforme qui veut se donner des chances d’aboutir doit s’appuyer sur des concepts déjà disponibles… mais qu’il s’agit désormais de penser et d’appliquer avec plus d’audace.

Exercice décentralisé et solidaire

Concernant l’Église, la « synodalité » représente un concept de choix. Dans son sens couramment admis, il désigne un exercice du leadership décentralisé et solidaire. Ce qui concerne tout le monde doit être accepté par tout le monde. L’évêque ne gouverne pas seul – ce qui est déjà le cas dans bien des diocèses.

Très bien. Cependant, la crise des sévices sexuels dissimulés pendant des décennies par des membres du haut clergé pousse aujourd’hui l’Église à donner à son désir de synodalité un peu plus de mordant. Si une culture du silence et de la négligence criminelle a pu sévir pendant aussi longtemps et dans autant de pays, c’est, en grande partie, à cause du cléricalisme. C’est-à-dire d’une mentalité complaisante de « boys club en soutane ».

Et l’un des leviers du cléricalisme, auquel s’attaque de front l’esprit synodal, est l’absence d’instance locale rendant les évêques imputables de leur gouvernance.

Tout régime démocratique, pour éviter les dérives autoritaires, s’appuie sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs. Il n’y a rien de tel dans l’Église, sinon les balises que trace le droit canonique.

Il ne s’agit évidemment pas, pour l’Église, de reproduire à l’identique l’un ou l’autre des modèles politiques. Seulement, elle doit trouver des façons de « faire route ensemble » qui ne reposent pas seulement sur la bonne volonté de chaque évêque, mais qui s’inscrivent dans le fonctionnement régulier de l’appareil ecclésiastique.

En ce sens, le synode sur les jeunes a-t-il fait progresser l’Église vers une synodalité plus conséquente ?

D’un côté, le fait que les femmes, même les supérieures de congrégations religieuses, n’aient pas bénéficié d’un droit de vote sur les propositions finales, ainsi que la timidité des quelques phrases retenues sur les sévices sexuels, déçoivent.

De l’autre, les consultations préparatoires au synode, l’enthousiasme des jeunes y ayant participé et le prêche de clôture du pape François en faveur d’un « apostolat de l’oreille », donc de l’écoute avant tout, encouragent.

Bref, pour l’instant, rien de décisif. Des symptômes persistants de cléricalisme, et quelques fenêtres qui s’ouvrent.

Mais avouons qu’au-delà de cette évaluation rapide, beaucoup reposera sur la qualité du suivi que chaque diocèse en fera.

Par ailleurs, le prochain vrai test de l’Église en matière de synodalité aura lieu dans la foulée du sommet que François a convoqué, en février prochain, autour des sévices sexuels. Il est pratiquement certain que les victimes y prenant la parole feront pression afin que des mécanismes de surveillance soient créés pour éviter que l’horreur se répète.

Les victimes seront entendues. Mais le véritable enjeu consiste en ce qu’elles soient écoutées. Et que des mesures concrètes de saine gestion soient adoptées. Une bonne partie de la crédibilité de l’Église dans le monde d’aujourd’hui et de demain en dépend.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.