Analyse

L’équipe qui passe proche

Une fois cette nouvelle défaite digérée, sans doute un peu de travers, Claude Julien y est allé d’un commentaire pour le moins révélateur en fin de soirée : « On est à bout de réponses. »

Ce n’est généralement pas bon signe quand un entraîneur dit quelque chose comme ça, mais en même temps, c’est aussi la vérité. Parce que cette défaite de 4-2 face aux Oilers d’Edmonton, jeudi soir au Centre Bell, est une huitième défaite de suite. Parce que cette série de huit défaites de suite est la deuxième du genre cette saison. Et aussi parce que dans toute l’histoire du club, le Canadien n’avait jamais subi deux séries de huit défaites consécutives. Mais nous y sommes.

La suite s’annonce intéressante, et pas pour les bonnes raisons.

Avant tout, il faut se demander ce que le « on est à bout de réponses », qui n’est pas sans évoquer Guy Carbonneau en 2009, va signifier pour Claude Julien. Est-ce que la direction pourrait en conclure qu’il n’est plus l’homme de la situation ? Ou bien est-ce qu’elle va plutôt se contenter du statu quo tout en plantant une pancarte « à vendre » devant le Centre Bell, en vue de la date limite des échanges qui s’en vient, pour mieux croiser les doigts en pensant bien fort à la loterie Alexis Lafrenière ? Ce n’est pas comme s’il y avait des centaines d’options en ce moment.

Parce qu’on peut bien faire semblant que l’avenir est reluisant, qu’il y a des jours ensoleillés qui s’en viennent, cela ne change rien à la réalité, qui n’est pas belle à voir. En avril, cette équipe va rater les séries pour la quatrième fois en cinq ans. On peut essayer tant qu’on veut, il n’y a aucune bonne façon de maquiller cette gênante statistique.

Il faut comprendre que le résultat de jeudi soir est à l’image de la saison, et s’il fallait écrire un bouquin sur 2019-2020, le titre s’imposerait déjà à l’heure qu’il est : L’équipe qui passe proche.

Ainsi, le Canadien a perdu 17 fois cette saison par un seul but d’écart, et ça n’inclut pas les défaites par deux buts d’écart avec un filet désert à la fin, comme celle-ci.

« C’est dur à expliquer », a soupiré le défenseur Shea Weber.

« Une équipe doit pouvoir trouver une façon de gagner des matchs qui se décident par un but, parce que ces matchs-là sont un peu comme des matchs des séries. Mais on n’y arrive pas et je ne sais pas pourquoi. Tout ce que je sais, c’est que c’est très frustrant. »

— Shea Weber

C’est probablement le propre des équipes fragiles, sans réelle profondeur, que de laisser échapper sans cesse des matchs serrés de la sorte. C’est aussi ce qui arrive aux équipes dont le talent offensif est limité : elles sont incapables de marquer le but décisif… tout simplement parce qu’il n’y a personne pour le faire.

Avec tout ça, en plus des bancs vides, on a commencé à apercevoir des partisans qui arrivent au Centre Bell avec un sac de papier brun sur la tête.

C’est rarement bon signe. Comme un entraîneur qui affirme que lui et son groupe sont à court de réponses.

Ils ont dit

« La confiance n’est pas là à 100 % »

« Ce qui se passe, c’est qu’on se fait dominer lors des troisièmes périodes. Il faut que notre jeu en troisième période soit meilleur, et ce n’est pas le cas, je ne sais pas pourquoi. C’est probablement une bataille d’ordre psychologique pour nous. On a déjà gaspillé des avances auparavant, mais il faut oublier ça. Les avances gaspillées, c’est arrivé si souvent que ça affecte notre jeu. Il faut se débarrasser de ce handicap. »

— Brendan Gallagher

« On peut parler de chance tant qu’on veut, il y a quand même des choses qu’on n’a pas bien faites en troisième période qui nous ont hantés. On n’a pas de chance, mais bien des équipes n’en ont pas et trouvent une façon de gagner. »

— Nate Thompson

« Chaque fois qu’on a l’avantage, on se fait rattraper. Il faut travailler là-dessus. La chimie est là, on a de bons matchs, mais la confiance n’est pas là à 100 %. »

— Phillip Danault

« Ça fait quatre matchs que je suis ici et qu’on ne gagne pas. Ce n’est pas facile. J’ai de la fierté, c’est pour la fierté de la ville, de ma famille. Ce n’est pas acceptable en ce moment. »

— Marco Scandella

« On ne marque pas facilement dernièrement. C’est ce qui nous met souvent dans le pétrin. »

— Claude Julien

Propos recueillis par Richard Labbé et Guillaume Lefrançois, La Presse

Hockey  Oilers 4 Canadien 2

Dans le détail

Trio d’observations sur le match entre les Oilers et le Canadien

Un jeu imparable

Le Canadien a réussi à contrer Connor McDavid pendant 40 minutes. Dans les deux premières périodes, le prodigieux attaquant des Oilers a été plutôt discret, et a même été victime de quelques beaux jeux des Montréalais, notamment d’Artturi Lehkonen. Mais ça n’allait pas durer. Avec sa fabuleuse accélération, il a forcé Phillip Danault à écoper d’une pénalité. Et pendant l’avantage numérique subséquent, McDavid a montré comment un joueur de son talent pouvait créer de l’espace. Plutôt que de rester dans la périphérie à échanger des passes, il a profité d’un contrôle de rondelle de Leon Draisaitl pour carrément sortir de la zone offensive afin de mieux prendre son élan, et y revenir à pleine vitesse. Le but égalisateur des Oilers en a résulté.

Kovalchuk occupé

Ilya Kovalchuk est certainement moins scintillant qu’il ne l’était à son premier match avec le CH lundi, mais il n’est pas non plus encore devenu le boulet que beaucoup de gens appréhendaient. Après avoir joué 19 minutes lundi et 21 mardi, le Russe a passé 18 minutes sur la patinoire jeudi, cette fois aux côtés de Max Domi et de Nick Suzuki. Une chose qui est de plus en plus apparente : ses coéquipiers – surtout les plus jeunes – semblent pressés de lui remettre la rondelle, parfois à tort. Jesperi Kotkaniemi l’a fait à Detroit, et jeudi, c’était au tour de Domi, sur un trois contre un. Domi avait l’occasion d’effectuer un excellent tir en plein milieu de l’enclave, avec le défenseur comme écran, mais a plutôt fait la passe à Kovalchuk. Les joueurs le cherchent-ils trop ? « Peut-être un peu, a répondu Claude Julien. Il vient de jouer trois matchs en quatre soirs et n’avait pas joué depuis novembre. Ça devient plus difficile. Mais dans notre situation, on a des gars qui essaient de nous aider et c’est ce qu’il tente de faire. »

La profondeur

Le drame des Oilers depuis quelques années, c’est d’être l’équipe de trois joueurs, soit McDavid, Draisaitl et Ryan Nugent-Hopkins. Sur papier, ça n’a guère changé, quand on regarde la liste des noms qui composent les troisième et quatrième trios : Gaetan Haas et Joakim Nygard, deux joueurs autonomes débauchés de l’Europe ; Riley Sheahan, ancien choix de premier tour qui n’a jamais répondu aux attentes ; Josh Archibald, qui s’est établi à temps plein dans la LNH à 26 ans. Mais ces joueurs de soutien ont fait la leçon au CH toute la soirée et ont écoulé une grosse minute en zone offensive en fin de troisième période. À l’inverse, les joueurs de soutien du Tricolore continuent à peiner. Nate Thompson n’a pas joué de chance, remarquez, car sa feinte en échappée était parfaite. Mais son tir a touché le poteau et le voilà sans points à ses 15 derniers matchs. Son ailier gauche, Ryan Poehling, n’a aucun point en 14 matchs depuis son rappel.

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