actualités

Mars se donne en spectacle tout l’été

L’International des Feux Loto-Québec n’a qu’à bien se tenir. La planète Mars brille de tous ses feux cet été, un spectacle qui culminera le 31 juillet prochain alors qu’elle sera plus près de la Terre qu’elle ne l’a jamais été en 15 ans. Cette rare occasion est cependant assombrie par deux phénomènes : chez nous, Mars apparaît très bas dans le ciel. Et sur la planète rouge, une tempête colossale sévit depuis plusieurs semaines, en masquant la surface. Cinq mots pour comprendre.

Doublage

Mars est la voisine immédiate de la Terre. Mais comme les deux planètes tournent autour du Soleil sur des orbites différentes, il arrive que la petite planète rouge se trouve très loin de nous, complètement de l’autre côté du Soleil. Pensez à des coureurs dans un stade. Mars est dans le couloir extérieur et met plus de temps à faire son tour de piste. La Terre, dans le couloir intérieur, va plus vite. Elle est actuellement en train de rattraper Mars pour passer devant. Les deux planètes s’approchent donc l’une de l’autre, et Mars apparaît déjà grosse et brillante dans le ciel, vu sa proximité. « Mars se voit très bien actuellement, même en ville, dit Marc Jobin, astronome au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal. C’est l’astre le plus brillant du ciel. La teinte est aussi assez remarquable. C’est très pastel comme couleur. On voit un blanc très chaud, genre saumon orangé ou pêche. »

Opposition

Le 27 juillet, la Terre passera exactement entre le Soleil et Mars, un phénomène qu’on appelle opposition. Par un phénomène géométrique dû au fait que les orbites de Mars et de la Terre ne sont pas circulaires et ne sont pas sur le même plan, Mars continuera de s’approcher encore un peu de la Terre même quand les planètes ne seront plus parfaitement alignées. Résultat : dans la nuit du 30 au 31 juillet, Mars ne sera plus qu’à 57,6 millions de kilomètres de la Terre, un record depuis 2003. Elle paraîtra alors de 33 à 50 fois plus brillante que d’habitude. « C’est un build-up jusqu’à la fin de juillet, mais la planète rouge est déjà près de son éclat maximum et va rester extrêmement brillante jusqu’au début de septembre », dit Marc Jobin.

Sud

Pour observer Mars du Québec, un mot d’ordre : regardez plein sud. La planète ne monte pas très haut dans le ciel, ce qui complique la vie des astronomes amateurs pour deux raisons. D’abord, il faut avoir un horizon dégagé pour l’apercevoir. Ensuite, la lumière de Mars traverse une épaisseur d’atmosphère plus importante avant de nous parvenir, ce qui peut troubler l’image qu’on en a. « Quand on regarde dans un télescope, la turbulence atmosphérique fait bouger les images, et on peine à avoir des moments où ça devient net », déplore Marc Jobin. Il faut aussi se coucher tard pour bien voir Mars. De Montréal, Mars culmine actuellement dans le ciel à 2 heures du matin ; ce sera vers une 1 du matin lors de l’opposition, à la fin juillet. Notons que les conditions sont beaucoup plus propices dans l’hémisphère sud, où Mars est au zénith.

Tempête

Autre élément frustrant : une énorme tempête souffle actuellement sur Mars, et elle a tellement pris d’ampleur qu’elle a pratiquement gagné la planète au complet. Les vents ont soulevé une telle quantité de poussière qu’on ne voit plus la surface du sol. « En observation visuelle, il est devenu extrêmement difficile de distinguer les zones sombres des zones claires à la surface de Mars. C’est uniformément orange », dit Marc Jobin. Le robot Opportunity de la NASA fait d’ailleurs les frais de cette tempête. Incapable de s’alimenter en énergie solaire à cause des poussières qui voilent le Soleil, Opportunity ne répond plus depuis un mois.

Canular

Si Mars offre un spectacle intéressant ces temps-ci, méfiez-vous des rumeurs qui circulent sur l’internet et qui affirment que la planète rouge sera aussi grosse que la pleine Lune. C’est faux. Ce canular date de 2003, alors que Mars était aussi en opposition. Un message tout ce qu’il y a de plus sérieux et véridique avait alors avisé les curieux que le 27 août 2003, Mars apparaîtrait de la même taille que la Lune lorsqu’observée au télescope sous un grossissement de 75 fois. Le hic, c’est que le téléphone arabe a fait son œuvre. L’information a été reprise sans mentionner le grossissement, et l’année est disparue du message initial. Résultat : tous les 27 août depuis 15 ans, la même fausse rumeur voulant que Mars soit aussi grosse que la Lune ressurgit invariablement. « Je suis sûr qu’on va le voir réapparaître cette année, ce fameux canular de Mars », lance Marc Jobin en soupirant.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.