IMMOBILIER

Cohabiter… avec des barbecues

Deux barbecues sur la terrasse commune d’une tour de 160 condos ? Ce n’est pas pratique, ont constaté les copropriétaires de la troisième phase du W, dans Griffintown. Lors de leur plus récente assemblée, les copropriétaires ont voté massivement pour avoir le droit d’installer un barbecue sur leur balcon.

« Deux barbecues pour plus de 200 personnes, cela ne fonctionnait tout simplement pas », indique Juliette Filion, l’une des copropriétaires en faveur du changement de cap.

« Certains craignent que les odeurs dérangent ou n’aiment pas que les bonbonnes de gaz propane se retrouvent dans les ascenseurs, souligne un autre copropriétaire, Charles Lachance. C’est pourquoi les barbecues sont interdits dans beaucoup d’immeubles de Griffintown. On en a tenu compte. En ce qui a trait aux odeurs, on ne pense pas qu’il y aura de problèmes. La sortie d’air des hottes de cuisine débouche déjà sur les balcons. »

Il n’est pas souvent monté sur la terrasse sur le toit pour faire cuire des aliments. C’était trop frustrant d’arriver avec son assiette pour constater que plusieurs font déjà la file devant les barbecues.

« Dans la majorité des cas, je crois que les gens préféreraient avoir un barbecue sur leur balcon. C’est beaucoup plus agréable. »

— Charles Lachance, copropriétaire

La possibilité de réserver sa place figure, par ailleurs, parmi les options offertes par l’application Walter, le concierge virtuel qu’il commercialise avec deux partenaires d’affaires, dans le but de rendre les immeubles plus intelligents.

Laisser le choix

Des promoteurs, comme Prével, préfèrent laisser aux copropriétaires le choix d’autoriser ou non les barbecues sur les balcons. Les appareils ne sont donc pas spécifiquement prohibés dans la déclaration de copropriété.

« Notre approche est assez démocratique, indique David Deschênes, directeur, conception et innovation, chez Prével. On laisse les copropriétaires décider. Cela peut se faire en amont ou un peu plus tard, selon l’expérience des membres du conseil d’administration qui se forme. Au sol et sur les terrasses, c’est plus souvent accepté. Au Lowney, où les unités sont plus petites et les balcons sont rapprochés, les copropriétaires ont voté contre.

« Dans la phase signature des Bassins du Havre, la phase III, où la clientèle est un peu plus expérimentée et les unités sont plus grandes, on sentait que ce serait voulu. On a prévu des entrées de gaz pour les barbecues. Les balcons sont plus spacieux, et la distance entre les balcons est plus grande. »

Des grillades au chalet urbain

Prével a donné naissance à un nouveau style de vie lorsqu’il a construit son premier chalet urbain sur le toit de la toute première phase du Lowney, dans Griffintown, en 2004. Dans les phases subséquentes, pour conserver les prix le plus accessibles possible, les condos ont rapetissé, et les terrasses sur les toits ont pris de l’expansion.

« Au Lowney, les barbecues sur les toits sont vraiment appréciés, constate David Deschênes. Au-delà de l’aspect fonctionnel, il y a un aspect social qui entre en jeu. La terrasse devient un point de rencontre, un prétexte pour interagir avec ses voisins. »

Un ratio de 1 barbecue pour 40 à 50 logements est suffisant, croit-il. « On en met trois s’il y a 150 logements, avec un bel aménagement de cuisine, qui comprend un comptoir et un lavabo, et une zone pour manger avec des tables et des chaises. Des groupes se forment et partagent des repas. »

Source de conflits

L’utilisation des barbecues sur les balcons cause souvent des problèmes entre voisins, constate Me Marie-Cécile Bodéus, avocate spécialisée en copropriété au sein du cabinet De Grandpré Joli-Coeur.

« Plusieurs déclarations de copropriété interdisent tout appareil de cuisson sur les balcons et souvent, ce n’est pas respecté, par méconnaissance, explique-t-elle. Il peut aussi y avoir des conflits quand les barbecues sont utilisés de façon excessive, quand ce qui est cuit dégage une odeur qui déplaît aux autres ou quand les appareils sont très proches de la chambre du voisin. Cela peut dégénérer comme n’importe quel problème entre voisins. »

Le bruit demeure le problème numéro un en copropriété. Mais les odeurs représentent aussi une source de conflit importante, note-t-elle. « Des senteurs peuvent déranger au point de ne plus aller sur son balcon ou de ne plus ouvrir les fenêtres », fait-elle remarquer.

Agir en connaissance de cause

Avant d’acheter une copropriété, il faut prendre connaissance de la réglementation et accepter que ses droits seront plus restreints que si on habitait dans une maison unifamiliale, dit-elle. « Toutes sortes de règles doivent être respectées, que ce soit le droit (ou non) d’avoir des animaux, le moment où on peut faire du bruit ou effectuer des travaux, ou les restrictions concernant la location de son appartement, précise l’avocate. Ne pas lire la déclaration de copropriété, c’est comme acheter un condo sans le visiter. La plupart des copropriétaires se dotent de la possibilité d’infliger des amendes à un copropriétaire qui ne respecte pas les règlements. La note peut monter vite. »

Mieux vaut donc vérifier la réglementation avant d’acheter si on veut (ou non) un barbecue sur son balcon.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.