Analyse

Heureusement qu’il y avait Kovalchuk

Kanata — « La victoire règle tous les problèmes. »

Mais non, Carey Price n’insinuait bien sûr pas que tous les problèmes du Canadien étaient réglés à la suite de cette courte victoire de 2-1 arrachée en prolongation aux Sénateurs d’Ottawa.

Mais il y a un peu de vrai dans cette affirmation. En stoppant leur série de défaites à huit, Claude Julien et ses hommes se sont enlevé une tonne de pression et ont chassé, au moins momentanément, ce vilain nuage noir qui les suivait partout depuis des jours.

« Huit défaites en ligne, ça te joue dans la tête », a avoué Phillip Danault. On n’en doute pas. Car Claude Julien, qui n’est pas tellement du genre à gaspiller ses cartouches quand vient le temps de mettre des mots sur ses émotions, a affirmé sans détour que le but marqué en prolongation lui avait procuré un « énorme soulagement ».

Il a ouvertement évoqué une ambiance qui serait devenue « de plus en plus lourde » si la victoire était allée dans l’autre camp. « C’est pourquoi les gars étaient si contents », a-t-il ajouté.

Ils avaient bien raison d’être contents, mais les célébrations devront rester humbles. Cette nécessaire victoire est enfin arrivée, personne ne pourra la leur voler. Mais il faudra en aligner beaucoup, beaucoup d’autres pour prouver que ce groupe croit encore en ses chances de se faufiler jusqu’aux séries éliminatoires, comme on se plaît à nous le répéter depuis le début de la nouvelle année.

Et puis, au risque d’une nouvelle fois jouer les rabat-joie, on ne peut pas vraiment dire que la victoire de samedi a été acquise avec panache. Plus d’une fois, au cours des dernières semaines, le Tricolore a perdu des matchs qu’il méritait de gagner. Cette fois, c’est plutôt le contraire qui s’est produit.

La première moitié du match a été, à n’en point douter, celle du Canadien. Les Sénateurs avaient joué la veille et ça paraissait. La défense était désorganisée, l’entraîneur D.J. Smith jonglait avec ses trios afin de trouver des combinaisons efficaces, le très vulnérable gardien Marcus Hogberg faisait tout en son pouvoir pour rester dans le coup. « On aurait dû avoir une avance supérieure à 1-0 », a convenu Julien.

Mais les Sénateurs ont retrouvé confiance en fin de deuxième période et ont profité de l’indiscipline du Canadien en troisième pour prendre le contrôle de la rencontre, si bien que les Montréalais n’ont dirigé aucun tir vers le but adverse au cours des dernières 15 min 49 s du troisième vingt. Dans l’intervalle, les locaux ont nivelé la marque sur un but chanceux qu’on voyait tout de même venir depuis un moment. Et ils n’ont pas relâché la pression.

Mais…

But opportun

Mais heureusement, il y avait Ilya Kovalchuk.

En prolongation, le Russe a d’abord été frustré par Hogberg. Pendant une longue échappée, l’attaquant du Canadien a cherché une brèche qui n’est jamais apparue entre les jambières de son opposant.

Un marqueur de la trempe de Kovalchuk ne gaspillera toutefois pas une telle chance deux fois.

À sa présence suivante, il s’est emparé d’une rondelle que le jeune attaquant Drake Batherson ne semblait pas oser aller cueillir. À deux contre un, Kovalchuk a pris tout son temps et il a réussi ce que personne n’avait réussi en 2020 : faire gagner le Canadien.

Sa réaction et celle de ses coéquipiers ne mentaient pas.

« Je voulais vraiment retourner sur la patinoire une fois de plus, et l’entraîneur m’a envoyé. C’était génial ! »

— Ilya Kovalchuk

Ce but, a-t-il noté, était la cerise sur le gâteau au terme d’une dizaine de jours un peu folle qui a fait de lui un improbable membre du Bleu-blanc-rouge.

« Les gars ont été incroyables avec moi, a encore dit Kovalchuk. L’atmosphère dans le vestiaire est excellente, je me sens comme si j’étais ici depuis bien plus qu’une semaine. Sur la glace aussi, je me sens de mieux en mieux. »

« C’est un bon sentiment pour tout le monde », a résumé Claude Julien.

Cela inclut bien sûr Carey Price, qui a été à peu près parfait. Malgré ce but étrange accordé en troisième période – « j’ai fait une mauvaise lecture du jeu » –, le gardien a gardé ses coéquipiers dans le match, y compris dans des moments où ils ne l’aidaient franchement pas tant que ça.

C’est sans doute un euphémisme de conclure que cette victoire fait du bien à tout le monde dans l’organisation. Il faudra maintenant voir si les joueurs sauront y prendre goût et répéter la recette.

Car il reste encore quatre rencontres avant la semaine de congé de l’équipe. Les vacances seraient probablement plus agréables avec cinq ou six points dans leurs bagages.

Ils ont dit

« On va la prendre »

« J’étais prêt à recevoir une passe, mais j’espérais qu’il tire et qu’il ne rate pas le but, parce que je n’aurais pas été capable de me replier. J’étais brûlé ! »

— Phillip Danault, sur le deux contre un qui a mené au but gagnant de Kovalchuk

« [Récemment], on aurait dit que tous les mauvais bonds se retournaient contre nous. J’espère qu’on pourra s’en sortir et faire tourner la chance de notre côté. »

— Ilya Kovalchuk

« Les gars ont fait du bon travail pour protéger notre territoire. [Les joueurs des Sénateurs] ont obtenu beaucoup de tirs, mais beaucoup venaient de la périphérie. Si on continue de jouer comme ça, on va avoir de bons résultats. »

— Carey Price

« [Après le but des Sénateurs], on s’est tournés les uns vers les autres et on s’est dit : ça va aller. Le pointage est encore à égalité. Ça nous prend juste un tir pour gagner le match. »

— Shea Weber

« Il a marqué beaucoup de buts au cours de sa carrière, il s’est assuré de réussir à sa deuxième chance. »

— Shea Weber, sur le but de Kovalchuk après une occasion ratée

« On a bien joué pendant 35 minutes. On contrait les attaques, on faisait bien circuler la rondelle, on a eu beaucoup de chances. Mais on aurait dû prendre une avance de plus d’un but. Ça a donné de l’espoir [aux Sénateurs]. On a commencé à jouer sur les talons en fin de deuxième période. Sans aucun doute, on leur a donné le momentum. »

— Claude Julien

« La première victoire après une série de défaites n’est jamais facile. On va la prendre et construire là-dessus. »

— Claude Julien

— Propos recueillis par Simon-Olivier Lorange, La Presse

Dans le détail

Chabot occupé

Défenseur le plus occupé de la LNH à 22 ans à peine, Thomas Chabot ne se plaindra pas d’être trop utilisé. Et c’est une sacrée bonne nouvelle pour les Sénateurs, dont le groupe d’entraîneurs ne se gêne pas pour envoyer le jeune homme dans la mêlée. Samedi, il a été opposé tantôt au premier trio du Canadien piloté par Phillip Danault, tantôt à celui de Max Domi. Chabot est à l’aise dans toutes les situations, mais à le voir avaler une trentaine de minutes soir après soir, il est permis de se demander si cette surcharge n’a pas un effet sur sa prise de décision. En font foi les deux revirements ajoutés à sa fiche samedi et quelques affrontements difficiles avec Tomas Tatar, notamment. En fait, on le sent surtout terriblement seul de son camp en défense. C’était flagrant en troisième période lorsqu’il s’est avancé jusqu’au filet, entouré de trois chandails blancs, sans aucune option de passe. Les joueurs du Canadien n’ont eu aucun mal à lui soutirer la rondelle.

La nouvelle vie de Mike Reilly

« Il s’est amélioré à chaque match. » Ces mots, c’est l’entraîneur-chef des Sénateurs, D.J. Smith, qui les a prononcés avant la rencontre à propos de son nouveau défenseur Mike Reilly. Celui-ci, on le sait, rongeait son frein dans les gradins à Montréal. À Ottawa, au sein d’une brigade défensive plutôt faible, il est vrai, il a joué une vingtaine de minutes en moyenne au cours de ses trois premiers matchs dans son nouvel uniforme. Il a même frôlé les 23 minutes vendredi à Detroit, un sommet pour lui cette saison. « Il était arrivé à la fin [avec le Canadien], a constaté Smith. Ici, il a eu l’occasion de renouveler sa confiance. Il a mérité ses minutes. On le sent de plus en plus à l’aise. » Contre le Tricolore samedi, Reilly a obtenu cinq tirs au but et ne s’en est pas trop mal sorti en défense. Il a notamment été sauvé par la sirène en fin de deuxième période après avoir commis un énorme revirement à la ligne bleue du Canadien.

Jeunes Sénateurs

On ne peut pas reprocher aux Sénateurs de se prêter au jeu des formulations alambiquées sur l’identité de leur équipe : la reconstruction est bien réelle et les jeunes joueurs verront beaucoup, beaucoup de glace. Pas moins de sept patineurs de la formation locale étaient âgés de 23 ans ou moins, samedi soir. Et le gardien Marcus Hogberg, 25 ans, disputait son deuxième match en deux soirs pendant que Craig Anderson réchauffait le bout du banc. D.J. Smith a d’ailleurs mis tous ses œufs dans le même panier en attaque en réunissant Drake Batherson à Brady Tkachuk et à Colin White. L’expérience n’a pas duré très longtemps, mais elle illustre bien la confiance que Smith accorde aux joueurs qui incarnent l’avenir de l’organisation. Batherson, rappelé tout récemment du club-école de Belleville, a d’ailleurs marqué l’unique but des siens, sur une séquence brouillonne dont il ne se souviendra peut-être pas le jour de sa retraite, cependant.

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