Colorado

Un après-ski bien arrosé

L’après-ski le plus éclaté du monde se tient sans doute à Aspen. À 15 h, quand leur repas se termine, les skieurs se mettent à déboucher des bouteilles de champagne par dizaines. Pour les asperger sur la foule. Récit d’un après-midi surréel.

Aspen — Quand on skie à Aspen, il n’y a pas une journée sans qu’on se fasse demander si l’on a une réservation au Cloud Nine. Le restaurant, une ancienne cabane de patrouilleurs, est situé à 3300 m d’altitude, près du sommet d’Aspen Highlands.

L’établissement sert deux services de 130 personnes, le premier à midi et le second à 14 h, et ceux-ci font systématiquement salle comble. Il faut s’y prendre 30 jours à l’avance pour obtenir une table au bistro de cuisine montagnarde. La fondue et la raclette coûtent 49 $ et les plateaux de fruits de mer, entre 150 $ et 225 $.

Les clients viennent pour la cuisine, certes, mais c’est la fête (ou la débauche ?) qui nourrit la réputation du Cloud Nine.

En cette journée ensoleillée du mois de janvier, une centaine de personnes s’entassent dans le restaurant en bois pour le service de 14 h, celui qui est réputé le plus festif.

Sean Casey, un résidant d’Aspen, visite le Cloud Nine pour la 10e fois, au moins. « À 15 h, ça se transforme en un univers parallèle », décrit-il.

« C’est le meilleur party à 3300 m d’altitude », enchaîne Patrick Foley, qui est attablé avec ses amis autour d’une raclette, des bières et du champagne. 

Tous les habitués le disent : il faut le voir pour y croire.

Cinq minutes avant 15 h, la fébrilité monte d’un cran. Les serveurs débarrassent les tables des derniers fours à raclette et caquelons à fondue. Les connaisseurs vont porter leur manteau dans une petite section où il est interdit d’asperger du champagne. Mais ils gardent leurs lunettes de ski.

L’heure du « pop »

L’heure sonne. Le volume de la musique augmente et un employé sort de la cuisine avec une mitraillette dorée chargée d’un magnum de Veuve Clicquot. Un client s’empare de l’arme et la décharge sur la foule : tout le monde se fait joyeusement arroser de champagne.

Les bouchons font « pop » par dizaines et le champagne vole dans les airs. Les skieurs grimpent sur leur chaise et se déhanchent sur des remix technos. Certains enlèvent leur chandail.

« On est le vendeur numéro 1 de Veuve Clicquot aux États-Unis. On passe plus de bouteilles que n’importe quel autre restaurant et on est ouvert seulement quatre mois par année. »

— Ashley Hellstrom, gérante du Cloud Nine depuis deux saisons

À une grande table, une quinzaine d’hommes dans la trentaine font lever le party plus que les autres. Ces Californiens qui travaillent dans le domaine de l’immobilier skient chaque hiver à Aspen. Cette fois-ci, ils ont acheté 76 bouteilles de champagne à 130 $ pièce. À eux seuls, ils ont dépensé 9880 $US (12 380 $CAN). C’est sans compter la nourriture et la bière qu’ils ont consommées avant de faire la fête.

À Aspen, les pistes ferment à 16 h. Vingt minutes avant, le DJ demande aux skieurs et aux planchistes de se diriger tranquillement vers la sortie et de descendre prudemment les pistes. Il joue un dernier remix, Sweet Caroline, qui enflamme la foule.

Quand la chanson s’arrête, les clients enfilent leurs vêtements d’hiver imbibés d’alcool et se dirigent docilement vers l’extérieur. Puis, ils skient malhabilement vers le bas de la montagne en se disant qu’ils viennent de vivre l’après-ski le plus électrisant – ou malaisant – de leur vie.

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