Discours à la nation de donald trump

Une crise de crédibilité

New York — Sondage après sondage, environ six Américains sur dix répètent que Donald Trump n’est pas digne de confiance. Sondage après sondage, plus de 50 % d’entre eux réitèrent qu’ils ne veulent pas de son mur à la frontière des États-Unis avec le Mexique.

Le défi auquel faisait face Donald Trump hier soir était donc double : surmonter le scepticisme d’une bonne partie du public américain au sujet de son honnêteté et de la nécessité de son mur. Un mur en partie responsable d’une fermeture partielle du gouvernement fédéral qui en est aujourd’hui à sa 18e journée.

Il a tenté de relever ce défi en dépeignant la situation à la frontière sud comme « une crise humanitaire et de sécurité nationale croissante » dont les premières victimes sont les femmes et les enfants migrants. Il a évoqué « une crise du cœur et une crise de l’âme » qui contribuent chaque semaine à ce que 300 Américains soient tués par l’héroïne qui traverse la frontière sud.

Une crise qui nécessite enfin, selon lui, une série de mesures incluant « une barrière physique » de 5,7 milliards de dollars.

« À la demande des démocrates, ce sera une barrière d’acier », a déclaré Donald Trump lors de son tout premier discours à la nation depuis le Bureau ovale de la Maison-Blanche.

Erreurs et mensonges

Les vérificateurs de faits des médias ont eu tôt fait de souligner que les démocrates du Congrès n’avaient jamais formulé une telle demande. Il s’agissait d’une des nombreuses déclarations tendancieuses, erronées ou mensongères qui ont truffé l’allocution d’environ neuf minutes d’un président plutôt éteint.

Résultat : Donald Trump fait face aujourd’hui à la même crise de crédibilité qui mine son message dans ce dossier depuis le début. Plus tôt dans la journée d’hier, lors d’une rencontre off the record avec des chefs d’antenne de chaînes de télé, il avait d’ailleurs mis en doute l’efficacité de ce discours à la nation et de la visite au Texas qui le suivra demain.

« Cela ne changera rien du tout, mais je le ferai quand même. »

— Donald Trump, selon des témoins cités par le New York Times

Dans l’esprit des conseillers de Donald Trump, le discours à la nation et la visite au Texas devaient offrir au président l’occasion de recadrer le débat sur le mur et la situation à la frontière. Or, peu avant son allocution d’hier soir, la sénatrice républicaine de l’Alaska Lisa Murkowski avait illustré les difficultés du chef de la Maison-Blanche de convaincre les élus de son propre camp. Elle s’était jointe à trois autres collègues républicains – Susan Collins (Maine), Thom Tillis (Caroline du Nord) et Cory Gardner (Colorado) – pour réclamer la réouverture des ministères et des agences paralysés depuis le 22 décembre.

« Nous pouvons marcher et mâcher de la gomme en même temps », avait-elle déclaré en appelant à la tenue de négociations sur la sécurité à la frontière après la fin du shutdown.

Les démocrates répliquent

Dans leur réplique à Donald Trump hier soir, les chefs de file du Parti démocrate au Congrès, Chuck Schumer et Nancy Pelosi, ont tenu le même discours, tout en excluant la possibilité d’accéder à la demande du président sur le financement de son mur.

« Nous pouvons rouvrir le gouvernement et continuer à débattre de nos différends sur les politiques [d’immigration] », a déclaré Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat. « Nous pouvons sécuriser notre frontière sans un mur coûteux et inefficace. Et nous pouvons accueillir les immigrants légaux et les réfugiés sans compromettre la sécurité. »

« Le symbole de l’Amérique devrait être la statue de la Liberté, pas un mur de 30 pieds. »

— Chuck Schumer

Donald Trump n’a pas évoqué hier soir la possibilité de déclarer l’état d’urgence à la frontière qui lui permettrait de bâtir son mur sans l’aval du Congrès américain. Il a cependant fait l’énumération de plusieurs meurtres commis par des immigrés clandestins aux États-Unis, dont celui tout récent d’un policier de Californie.

« Combien de sang nous faut-il encore verser avant que le Congrès fasse son travail ? » a demandé le président en encourageant les Américains à appeler leurs élus pour qu’ils acceptent de financer son mur. « C’est un choix entre le bien et le mal, la justice et l’injustice. Il s’agit de déterminer si nous nous acquitterons de notre devoir sacré envers les citoyens américains que nous servons. »

Le sort des fonctionnaires

Il est revenu à Nancy Pelosi, nouvelle présidente de la Chambre des représentants, de rappeler au public américain le sort des quelque 800 000 fonctionnaires qui ne recevront pas cette semaine, pour la première fois depuis le début du shutdown, un chèque de paie.

Le numéro deux des démocrates à la Chambre, Steny Hoyer, est revenu de son côté sur la plus grande vulnérabilité de Donald Trump dans ce dossier, sa crédibilité. « Il n’y a pas de crise, il n’y a pas d’invasion, il n’y a pas de danger imminent comme le président voudrait le faire croire au peuple américain pour lui faire peur et justifier des actions injustifiables », a-t-il affirmé.

Vérification des faits

Donald Trump

« Chaque semaine, 300 de nos citoyens sont tués par l’héroïne seulement, dont 90 % arrive par la frontière sud. »

Les faits

La presque totalité de l’héroïne en provenance du Mexique arrive aux États-Unis par des postes frontaliers.

Donald Trump

« Le mur sera payé indirectement par le nouveau traité de libre-échange que nous avons conclu avec le Mexique. »

Les faits

L’accord Canada–États-Unis–Mexique n’a pas encore été approuvé par le Congrès américain. S’il produit des retombées économiques aux États-Unis, celles-ci ne pourront pas financer le mur. Les entreprises et les travailleurs américains en seront les bénéficiaires.

Donald Trump

« Le gouvernement fédéral demeure fermé pour une seule et unique raison : les démocrates ne veulent pas financer la sécurité frontalière. »

Les faits

Les démocrates ont offert 1,3 milliard de dollars pour financer diverses mesures destinées à renforcer la sécurité frontalière.

Donald Trump

« Au cours des deux dernières années, la police de l’immigration a arrêté 266 000 immigrants clandestins avec des dossiers criminels. »

Les faits

Le nombre est exact, mais bon nombre de ces clandestins avaient été inculpés ou condamnés pour des crimes non violents incluant la possession de marijuana ou l’entrée illégale aux États-Unis.

— Richard Hétu, collaboration spéciale

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