Tennis  Internationaux des États-Unis

La nouvelle reine

La jeunesse a eu raison de l’expérience : Bianca Andreescu a joué sans le moindre complexe pour battre Serena Williams en finale à Flushing Meadows, remportant ainsi, à 19 ans, son premier tournoi du Grand Chelem. Elle devient du même coup la première Canadienne à enlever un titre majeur en simple dans l’ère moderne.

Tennis  Internationaux des États-Unis

Andreescu entre dans l’histoire

C’est un formidable exploit qu’a accompli hier Bianca Andreescu en remportant la finale des Internationaux des États-Unis, 6-3, 7-5, devant Serena Williams. À 19 ans, elle a réussi ce qu’aucun Canadien ou Canadienne n’avait fait avant elle : triompher en simple dans un tournoi du Grand Chelem.

Affrontant une légende du sport sur le court du stade Arthur-Ashe, devant plus de 20 000 spectateurs, dont la duchesse de Sussex, Meghan Markle, la Canadienne ne s’est pas laissé intimider et elle a offert une performance étincelante.

Elle a vite mis toute la pression sur sa rivale et n’a paru fragile que quelques minutes, en deuxième manche, quand sa rivale a comblé un déficit de 1-5 pour revenir à égalité 5-5. « J’ai un peu douté, a-t-elle avoué en conférence de presse. J’avais vu Serena réussir des retours si souvent au cours des années, je savais qu’elle allait encore le faire et elle s’est mise à jouer vraiment bien.

« De plus, je devais affronter la foule, qui voulait qu’elle revienne et qui la soutenait très bruyamment. C’était difficile, j’ai essayé de me concentrer sur mon match, sans penser à mon adversaire – ce qui est dur quand c’est Serena –, et je suis très fière d’avoir pu conserver la maîtrise de mes nerfs. »

Après avoir laissé filer une première balle de match, à 5-1, la Canadienne n’a pas raté la seconde, à 6-5, pour réussir un sixième bris de service et sceller son triomphe. Après une chaleureuse accolade au filet avec Williams, Andreescu s’est allongée sur le court, encore incrédule.

« Est-ce ça se passe pour vrai ? », a-t-elle d’ailleurs demandé, au micro, lors de la remise des trophées. Plus tard, en conférence de presse, elle est devenue très émue en racontant : « Ça fait longtemps que je rêve à ce moment, que je le visualise dans ma tête. »

« Depuis que j’ai gagné l’Orange Bowl, en 2015, je me suis souvent imaginée en finale des Internationaux des États-Unis, contre Serena. En fait, j’y ai pensé presque tous les jours et c’est fou de penser que c’est devenu réalité aujourd’hui. » — Bianca Andreescu

Andreescu a salué son équipe, qui a toujours cru en elle, malgré les blessures et les moments difficiles. « J’ai travaillé tellement fort pour arriver ici, avec les blessures et d’autres épreuves aussi à l’extérieur des courts, dans mes relations, dans ma vie. Mais je crois justement que tout cela m’a rendue encore plus forte et que je suis maintenant beaucoup mieux préparée pour la suite de ma carrière. »

Andreescu a touché 3,85 millions US pour sa victoire. Elle grimpera au cinquième rang du classement mondial et est maintenant pratiquement assurée de participer au Championnat du circuit WTA en fin de saison, une compétition réservée aux huit meilleures joueuses de l’année.

À 19 ans, sa vie ne sera plus jamais la même.

« Je n’ai jamais pensé à être célèbre, a-t-elle expliqué. Mes objectifs ont toujours été de gagner le plus grand nombre possible de titres en Grand Chelem, de devenir numéro un au monde. Être célèbre n’a jamais été un objectif… mais je ne me plains pas ! Cette année a été complètement folle et je commence à m’habituer à vivre des moments si grisants. »

Andreescu a aussi estimé qu’elle était prête à porter le flambeau du tennis canadien. « Plusieurs athlètes m’ont inspirée : Carling Bassett [dernière Canadienne à avoir atteint les demi-finales à New York], Steve Nash [joueur de basketball], d’autres encore, qui m’ont inspirée depuis que je suis très jeune, non seulement par leur succès, mais aussi par leur façon de se comporter.

« J’essaie de faire comme eux, de donner l’exemple. De montrer aussi que, quand on croit en ses rêves, on peut les réaliser. »

Serena devra patienter

Serena Williams pourrait être la mère de Bianca Andreescu et elle a visiblement tissé une belle amitié avec la jeune Canadienne depuis la finale de la Coupe Rogers, il y a quelques semaines.

Hier, malgré la défaite, l’Américaine a été très chaleureuse lors de la remise des trophées sur le court du stade Arthur-Ashe.

« [Bianca] a été incroyable. Je suis tellement fière et contente pour elle. C’était vraiment du bon tennis, et si quelqu’un d’autre que moi, ou Venus [sœur de Serena], doit gagner, j’aime bien que ce soit Bianca ! »

— Serena Williams

Plus tard, en conférence de presse, Williams a expliqué : « Nous avons des styles similaires, nous sommes deux guerrières qui jouent avec beaucoup d’intensité. Je pense aussi que nous aimons beaucoup le tennis, la compétition, même si notre intensité laisse parfois croire le contraire. »

La finaliste a d’ailleurs fait la preuve de cette combativité en deuxième manche, quand elle a comblé un gros déficit. « J’essayais de me battre, de rester dans le match le plus longtemps possible, a-t-elle expliqué. À 1-5, je me suis dit : “Wow, c’est vraiment mauvais, il faut que je joue bien mieux que cela.” Je ne voulais simplement pas que ça se termine comme ça.

« C’est dommage, j’avais tellement bien joué pendant tout le tournoi, et j’ai probablement joué mon pire match [hier], en finale. J’ai l’impression que la vraie Serena ne s’est pas présentée. C’est difficile à expliquer, mais je vais devoir comprendre pourquoi. »

Avec 23 titres en Grand Chelem, Williams est donc restée à un titre du record détenu par l’Australienne Margaret Court-Smith. L’Américaine peine toutefois à égaler cette marque et elle a maintenant perdu ses quatre dernières finales en Grand Chelem, une situation qui la dérange visiblement.

« Cela devient de plus en plus frustrant, c’est vrai, a-t-elle avoué. Ce n’est pas vraiment la chasse au record, j’essaie simplement de gagner des tournois du Grand Chelem, et c’est toujours décevant de perdre en finale. »

Williams, qui aura 38 ans dans quelques jours, a ajouté : « Dans 20 ans, je serai peut-être capable de revenir sur ces finales perdues en me disant que je n’étais quand même pas mal du tout. Mais là, je suis juste très déçue. »

Tennis  Internationaux des États-Unis

« Toute une carrière devant elle »

C’est un moment historique qu’a vécu le tennis canadien, hier, avec la victoire de Bianca Andreescu aux Internationaux des États-Unis. Aucun joueur du pays n’avait encore réussi à s’imposer en Grand Chelem et la victoire de la joueuse de 19 ans est venue couronner les efforts de son équipe, mais aussi de tous ceux qui ont œuvré au développement du tennis au Canada.

L’entraîneur Sylvain Bruneau, le premier qu’a rejoint Andreescu après le match, était visiblement au bord des larmes. Celui qui travaille depuis plus de 30 ans avec les jeunes joueurs canadiens n’est pas de ceux qui recherchent les caméras et les projecteurs. En entrevue à la télé américaine après le match, il était un peu à court de mots.

« C’est une performance incroyable, héroïque, a-t-il souligné. Un grand moment pour le tennis au Canada. Je sais qu’elle a beaucoup de soutien chez nous, que tout le monde en parle, que tout le monde est avec elle. »

« Je suis d’abord un amateur de tennis, et c’est vraiment un grand plaisir de vivre un tel moment. »

— Sylvain Bruneau

L’entraîneur a avoué avoir été plus tendu, en deuxième manche, quand Andreescu a vu sa rivale revenir à égalité, 5-5, après que celle-ci eut été menée 5-1.

« Ça a été vraiment difficile : 5-1, balle de match, et tout à coup, Serena retrouve son jeu, la foule se range derrière elle… Je savais qu’[Andreescu] n’allait pas s’écrouler, mais c’est redevenu un match très indécis. Bianca a toutefois tout un caractère, elle aussi, et elle a continué d’attaquer, d’y aller pour ses coups, comme elle devait le faire. Elle a obtenu sa chance et l’a saisie. »

D’autres jeunes joueuses ont aussi connu une gloire rapide, mais peu d’entre elles ont pu remporter plusieurs titres majeurs. Bruneau espère que ce ne sera pas le cas : « Ce sera notre mandat, toute l’équipe autour d’elle, de la maintenir sur la bonne voie, de la maintenir dans le moment, dans la routine des entraînements et des matchs. Elle n’a que 19 ans, toute une carrière devant elle. Nous allons essayer de réaliser bien d’autres grandes choses encore. »

« La meilleure joueuse actuellement »

Aussi dans la loge d’Andreescu au stade Arthur-Ashe, Louis Borfiga a réalisé le rêve de sa vie. Le créateur du Centre national d’entraînement (CNE) du stade IGA, en 2007, a longtemps travaillé en France – il est natif de Monaco –, y formant de nombreux joueurs qui ont brillé au cours des dernières années.

« Remporter un tournoi du Grand Chelem, c’est le but suprême, a-t-il rappelé en entrevue. Je pense être arrivé aujourd’hui au sommet de ma carrière. Quand je suis débarqué ici, il y a 12 ans, je n’y pensais pas vraiment, car il y avait beaucoup à faire. Mais nous avons réussi à former de bons joueurs, et là, nous avons la chance de miser sur une génération exceptionnelle.

« Après son titre à la Coupe Rogers, j’y croyais un peu, car Bianca est actuellement la meilleure joueuse du monde. »

« Elle a très bien joué tout au long du tournoi et, aujourd’hui, je pense qu’on a un peu assisté à une passation des pouvoirs entre Serena et la jeune génération. »

— Louis Borfiga

« Je pense que pour Bianca, ce n’est que le premier d’une longue série de victoires en Grand Chelem. Maintenant qu’elle en a gagné un, elle sera encore plus forte mentalement. »

Et Borfiga ne doute pas que Félix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov aient le potentiel pour rejoindre bientôt Andreescu aux palmarès des grands tournois.

À Montréal, Eugène Lapierre et de nombreux membres du personnel de Tennis Canada ont suivi la finale dans un bar de Villeray, comme tous les autres clients qui remplissaient l’établissement. Lui aussi a mesuré la dimension historique du moment.

« Ça fait plusieurs décennies qu’on travaille là-dessus, a-t-il rappelé. La progression s’est accélérée au cours des dernières années, grâce au CNE, notamment, mais je pense à Réjean Genois, à Richard Legendre et à tous ceux qui ont rêvé à ce jour. »

Le vice-président principal de Tennis Canada s’est évidemment réjoui de l’impact d’un tel triomphe pour le développement du sport au pays, rappelant qu’il faut déjà préparer la relève. Et celui qui est aussi directeur de la Coupe Rogers a bien pris soin de noter que les quatre finalistes en simple à New York étaient aussi ceux qui ont disputé les finales à Montréal et à Toronto il y a moins d’un mois.

Tennis

« On aime tout de Bianca ! »

Les Montréalais se réjouissent de la victoire de la jeune Canadienne de 19 ans

Les Montréalais ont été nombreux à crier victoire, hier, lorsque Bianca Andreescu a remporté son premier titre majeur contre l’Américaine Serena Williams. Au bar Miss Villeray, dans le nord de la ville, ils étaient des dizaines à scander en chœur le nom de la jeune joueuse canadienne.

Malgré la pluie et le froid, le bar était plein à craquer. Tous les clients avaient l’œil rivé sur les écrans géants qui diffusaient le match.

« C’est historique », affirme Marie-André Ménard, férue de tennis, après le match. « On aime tout de Bianca : elle a le tempérament, la force physique, tout. »

La mère de deux jeunes filles se réjouit de l’influence positive qu’aura une telle victoire sur la jeunesse. « Mes filles capotent sur le tennis depuis deux mois ; c’est certain qu’avec une victoire comme ça, elles vont aimer ça encore plus », croit-elle.

Cet engouement de la jeunesse pour le tennis est au cœur des préoccupations d’Eugène Lapierre, vice-président principal de Tennis Canada, qui était lui aussi au Miss Villeray.

« On espère qu’un match comme celui-là va donner envie aux jeunes de sauter sur le terrain et d’imiter les athlètes. »

— Eugène Lapierre

Il qualifie cette victoire de « phénoménale » pour le sport au pays. « On vient de placer le Canada dans une autre sphère [du tennis] », estime le vice-président.

Des spectateurs heureux

Les dizaines de supporteurs de Bianca Andreescu se tenaient au bout de leurs sièges, hier, à la fin du match. « J’étais certain que Serena Williams gagnerait, avoue Guillaume Picard. Pour le tennis canadien, c’est historique. »

« L’ambiance était exaltante, les gens arrêtaient tous de parler quand elle jouait, on se sentait sur un vrai terrain de tennis », explique Sandra Lemieux, admiratrice venue assister au match.

« Je n’en reviens pas qu’elle ait gagné », dit Lisane Bertrand, heureuse du dénouement de la rencontre.

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