Traitement réservé aux enfants autochtones

Les Premières Nations réclament 10 milliards en réparation à Ottawa

Une demande d’action collective de 10 milliards contre le gouvernement fédéral a été déposée mercredi par l’Assemblée des Premières Nations (APN), qui réclame une réparation « pour les milliers d’enfants et de familles des Premières Nations qui ont fait l’objet de discrimination de la part du système de protection de l’enfance du Canada », a dit Perry Bellegarde, chef national de l’organisme.

Selon l’organisme national, Ottawa doit être sanctionné pour avoir mis en place un système discriminatoire par lequel un grand nombre d’enfants ont été retirés de leur famille et de leur communauté au fil des ans.

L’APN reproche aussi au gouvernement d’avoir accordé des subventions moindres en protection de la jeunesse aux enfants des Premières Nations vivant dans une communauté autochtone.

« Le Canada a fait preuve d’un manquement à sa responsabilité à l’égard de nos enfants et de nos familles, il a porté atteinte aux droits que leur confère la Charte et il leur a causé des torts et une souffrance bien réels. Nous défendrons toujours les survivants d’un système de protection de l’enfance raciste. »

— Perry Bellegarde, chef national de l'APN

Le recours de l’APN s’appuie sur des jugements successifs du Tribunal canadien des droits de la personne (TCDP) qui, trois fois plutôt qu’une, à partir de 2016, a blâmé le gouvernement canadien pour le traitement réservé aux enfants autochtones.

Il a ordonné à Ottawa de verser des indemnités totalisant 2 milliards aux enfants autochtones et à leurs familles qui avaient été séparés par un système de protection de la jeunesse qui a par ailleurs été jugé sous-financé de façon chronique.

Pacte de suicide négligé

Dans l’un de ses jugements, le tribunal avait relevé à titre d’exemple que même la demande urgente de la Première Nation de Wapakeka, en Ontario, qui avait été prévenue d’un pacte de suicide, n’avait pas été traitée avec attention et que deux enfants s’étaient donné la mort.

En octobre, le gouvernement fédéral a lui-même intenté un recours judiciaire, estimant ne pas avoir à verser les indemnisations de 2 milliards exigées du tribunal.

Par sa demande d’action collective, l’APN dit chercher à obtenir une indemnisation pour toutes les personnes lésées par le système, y compris celles qui ne bénéficieront pas de la décision du Tribunal canadien des droits de la personne.

Protection des jeunes autochtones

Cessez les batailles judiciaires et politiques, plaide l’ex-ministre Kelley

Quand il s’agit d’enfants, les gouvernements du Québec et du Canada ne pourraient-ils pas s’asseoir avec les Autochtones pour trouver ensemble une solution politique plutôt que de perdre temps et argent devant les tribunaux ? La question est celle de Geoffrey Kelley, qui a été huit ans ministre (ou ministre délégué) des Affaires autochtones dans les gouvernements Charest et Couillard et qui a témoigné mercredi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse. « Je rêve à cette réunion au sommet où l’on verrouillerait la porte et où l’on se dirait qu’on ne pourrait pas ressortir avant d’avoir trouvé une solution. » M. Kelley se dit convaincu, lui, que le bien-être des enfants commande que les gouvernements et les Autochtones aient l’audace « d’essayer des choses », quitte à créer des précédents. Il se trouve toujours des gens pour dire haut et fort « les raisons pour lesquelles on ne peut pas faire quelque chose. Parfois, il faudrait que des gens se demandent comment on pourrait faire quelque chose », a poursuivi M. Kelley. À noter que M. Kelley a offert son témoignage avant que soit déposée, en fin de journée, la demande d’action collective de 10 milliards de l’Assemblée des Premières Nations.

— Louise Leduc, La Presse

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