Hockey  Le Canadien

La folle année de Nick Suzuki

Guelph — Qu’avez-vous fait pendant les neuf derniers mois ? Les plus jeunes d’entre vous auront terminé deux sessions au cégep ou à l’université. D’autres auront fondé une famille. Les plus manuels auront rénové leur sous-sol.

Nick Suzuki, lui ? L’espoir du Canadien s’est surtout promené.

« Je me suis rendu à Vegas pour le camp de développement des Golden Knights, raconte-t-il. Ensuite, il y a eu le camp estival d’Équipe Canada junior, puis encore à Vegas pour le camp des recrues des Golden Knights. Pendant ce camp, j’ai été échangé au Canadien, donc je me suis rendu à Montréal pour le camp d’entraînement de la LNH.

« Ensuite, de retour à Owen Sound. En décembre, il y a eu le camp de sélection d’Équipe Canada junior, ensuite le Mondial junior. Retour à Owen Sound, et enfin, j’ai été échangé ici à Guelph.

« J’ai participé à des camps, des tournois, la saison a été longue. Mais mon corps est correct, je n’ai pas à me plaindre. Je voulais être dans ces situations, je voulais participer au Mondial junior. Je pense que j’ai bien géré le tout pour rester en forme. Mais c’est une année assez folle ! »

Folle, vous dites ? En neuf mois, le jeune homme de 19 ans a connu cinq personnels d’entraîneurs différents et joué au hockey dans sept villes (en plus de ses matchs sur la route, mais ça, c’est le lot de tous les joueurs).

Cela dit, la folie fera bientôt place à la stabilité. Sa saison aurait pu prendre fin hier, puisque son équipe, le Storm de Guelph, perdait 0-3 dans la série de deuxième tour contre les Knights de London. Mais Guelph a évité l’élimination avec une victoire de 4-3. La série se poursuit demain.

Et l’an prochain, ce sera Montréal ou Laval. Ou les deux, mais peu importe, ça n’implique pas un autre déménagement si c’est le cas.

« Ça serait bien d’être à une seule place, et j’espère que cette place sera Montréal. Mais si je dois passer par Laval, c’est un bon endroit où jouer, j’ai entendu de bonnes choses. Je connais des gars qui sont là et ils s’amusent. Je veux vraiment être à Montréal, mais je devrai mériter mon poste. »

Le contexte change

C’est dans un Sleeman Centre complètement vide que Nick Suzuki nous a retrouvé hier matin. Quelques minutes plus tôt, lui et une poignée de joueurs se sont délié les jambes. « On ne s’entraîne plus vraiment depuis la fin de la série contre Kitchener », explique-t-il.

Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots (Dieu sait qu’on en est capable), c’était le calme avant la tempête. En soirée, plus de 4000 bruyants spectateurs se sont entassés dans le modeste amphithéâtre pour encourager le Storm.

En septembre prochain, c’est un autre type de tempête qui attend Suzuki. Il y aura plus d’un journaliste pour lui parler les journées de match, puisqu’il participera au camp d’entraînement du Canadien en tant qu’un des meilleurs espoirs de l’organisation.

Mais dans une drôle de suite d’événements, Suzuki n’arrivera pas en tant que sauveur malgré son grand potentiel. D’abord parce qu’il ne porte plus sur ses seules épaules le poids de la transaction qui a envoyé Max Pacioretty à Vegas. L’autre joueur acquis, Tomas Tatar, a produit cette saison à un rythme supérieur à celui de Pacioretty, il l’a fait dans une joie et une bonne humeur que l’on ne voyait plus chez l’ancien capitaine du CH, et il est deux ans plus jeune. Ajoutez le choix de deuxième tour que Montréal a également obtenu, et la transaction est déjà à l’avantage de Marc Bergevin.

Ensuite, parce que Bergevin l’a laissé entendre à son bilan mardi, Suzuki pourrait fort bien commencer la saison avec le Rocket, dans la Ligue américaine. Phillip Danault et Max Domi ont piloté à merveille les deux premiers trios, tandis que Jesperi Kotkaniemi sera appelé à en faire plus, après une première saison encourageante. Bref, à moins qu’il soit dominant au point où l’équipe renverrait Domi à l’aile, Suzuki pourrait poursuivre son développement dans la Ligue américaine, plutôt que de jouer comme quatrième centre. Voilà un luxe qu’on ne pensait pas que le Canadien aurait.

« Il y a beaucoup de jeune talent qui s’en vient. Ils ont repêché plusieurs bons jeunes centres comme Kotkaniemi et Ryan Poehling. Il y a beaucoup de profondeur au centre chez les jeunes. »

« Je dois trouver où je cadre le mieux. Si je dois jouer à l’aile, je le ferai. Mais je pense qu’ils veulent que je joue au centre au prochain niveau et j’ai les capacités pour le faire. »

— Nick Suzuki

Intelligence et vitesse

À ce sujet… Il y avait des doutes en septembre sur la position idéale de Suzuki, après qu’on eut laissé entendre, chez les Golden Knights, qu’il serait peut-être mieux servi à l’aile.

Mais à Guelph, on le voit bel et bien au centre, et on l’y utilise à profusion. Les statistiques de temps d’utilisation ne sont pas publiées dans la Ligue de l’Ontario, mais hier, à titre indicatif, il a pris 33 des 66 mises en jeu du match. Ce ne fut pas un franc succès (36 % d’efficacité), mais ça n’a pas empêché l’ancien choix de premier tour d’avoir souvent la rondelle sur sa palette.

C’est aussi à cette position qu’il peut le mieux exploiter sa qualité première, son intelligence. Dans un récent sondage mené auprès des entraîneurs de la Ligue de l’Ontario, Suzuki a été élu le joueur le plus intelligent de l’Association de l’Ouest de la ligue.

Un joueur intelligent, ou cérébral, diront d’autres. Derrière cette idée, on peut avoir l’impression, en le regardant jouer, qu’il lui manque parfois une petite étincelle, parce qu’il anticipe bien le jeu, parce qu’il est économe dans ses mouvements. Ça peut en pousser certains à lui reprocher la constance dans son niveau d’engagement, surtout sans la rondelle.

Mais au bout du compte, les résultats sont au rendez-vous. Cette saison, 94 points en 59 matchs. Hier, il a amassé trois points, dont un but chanceux, pour porter son total de points à 12 en 8 matchs depuis le début des séries. Il a obtenu ces trois points même si l’entraîneur-chef et directeur général du Storm, George Burnett, a jugé après le match qu’il pouvait « être encore meilleur ».

Mais Burnett est persuadé que Suzuki possède les outils pour jouer dans la LNH la saison prochaine.

« [Nick] a certainement l’intelligence, il travaille fort, il a le talent et il a le coup de patin pour jouer [dans la LNH]. Il est en avance sur plusieurs autres en raison de sa maturité. »

— George Burnett , entraîneur-chef et directeur général du Storm de Guelph

« Plusieurs joueurs sentent qu’une fois qu’ils sont repêchés, ils sont rendus. Lui, il connaîtra un excellent été, je sais qu’il est motivé de jouer au prochain niveau.

« Mais il faut comprendre à quel point la marche est haute entre ici et la LNH et même la Ligue américaine. Le travail qu’il fera dans les prochains mois sera critique. Il est déterminé à montrer qu’il a sa place dans la LNH. »

Une saison à oublier pour Cam Hillis

Outre Suzuki, le Canadien compte un autre espoir à Guelph : Cam Hillis, choix de 3e tour (66e au total) l’an dernier. Le petit centre avait connu une première saison intéressante dans la Ligue de l’Ontario, terminant au 2e rang du circuit pour les recrues avec 59 points en 60 matchs. « Il était notre centre de premier trio », rappelle George Burnett. Mais les blessures ont fait dérailler sa saison 2018-2019, si bien qu’il n’a obtenu que 22 points en 33 matchs. Ça a commencé avec une blessure à un genou en décembre. De retour au jeu en février, il s’est blessé à une clavicule dès son troisième match. Il est revenu à temps pour les séries, mais il s’est de nouveau blessé à la clavicule dès le deuxième match. Cette fois, c’était une fracture, et il sera opéré cette semaine, ce qui met fin à sa saison. Burnett ignore la durée de son absence, et n’est donc pas en mesure de dire si Hillis sera prêt à temps pour le camp de développement du Canadien, en juin. « Mais il est très dévoué au gymnase, donc je suis sûr qu’il devancera l’échéancier que les médecins lui donneront. »

— Guillaume Lefrançois, La Presse

Ligue américaine

Le Rocket coulé par un Gionta

Stephen Gionta a brisé l’égalité au deuxième vingt et les Sound Tigers de Bridgeport ont eu raison du Rocket de Laval 2-1, hier soir, au Connecticut. Le frère cadet de Brian a porté le pointage au compte final avec cinq minutes à jouer, et moins d’une minute après le but d’Alex Kile, du Rocket. Kieffer Bellows a marqué en fin de première période pour les Sound Tigers. La troupe de Joël Bouchard terminera la saison à Syracuse, demain, et à Binghamton, samedi.

— La Presse canadienne

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