crime organisé

Permis d’alcool refusé aux Hells pour leur grand rassemblement

Les Hells Angels tiendront leur grand rassemblement pancanadien à Saint-Charles-sur-Richelieu ce week-end. Vont-ils renoncer à la bière et fêter à l’eau minérale? La question vient d’être soulevée par le refus des autorités d’accorder un permis d’alcool à l’événement.

La Canada Run, grand-messe annuelle des Hells qui doit réunir des centaines de membres et sympathisants du club venus de partout au Canada, se tient en Montérégie cette année.

À la fois fête et démonstration de force pour le club, la Canada Run est l’occasion d’afficher ses couleurs, de bien faire sentir sa présence et de réunir les « frères » implantés dans les différentes provinces.

L’événement a eu lieu en Alberta l’an dernier et en Ontario l’année précédente. Il y a une décennie qu’il n’a pas été tenu au Québec, un territoire où les Hells Angels contrôlent aujourd’hui la quasi-totalité du trafic de cocaïne et de métamphétamines, selon les renseignements policiers.

Règlements stricts

En ramenant leur célébration dans la Belle Province, les Hells savaient qu’ils auraient à composer avec la sévère réglementation en matière d’alcool.

Le Règlement sur les permis d’alcool fait 14 pages et comprend près d’une quarantaine d’articles. La Loi sur les permis d’alcool fait près de 40 pages. Des fonctionnaires analysent minutieusement la moindre demande d’un bingo ou d’un club optimiste pour vendre et même servir gratuitement des boissons alcoolisées lors d’un rassemblement.

Selon des documents consultés par La Presse, une demande de « permis de réunion pour servir des boissons alcooliques lors d’un événement socio-culturel », avec le formulaire de cinq pages et toutes les pièces justificatives, a été présentée le 10 juillet dernier concernant une « fête entre familles et amis » qui devait se tenir sur une propriété privée à Saint-Charles, du 8 au 12 août.

Le demandeur était Richard Dion Lecompte, un sérigraphe qui est le fils de Robert Lecompte, un membre en règle des Hells.

Le demandeur a expliqué que 300 personnes étaient attendues à l’événement sur sa propriété du 4e Rang Nord.

Un repaire du club 

Mais la Sûreté du Québec s’en est mêlée et a forcé la tenue, lundi dernier, d’une audience devant la Régie des alcools avant la délivrance du permis.

Trois membres en règle du gang se sont présentés à l’audience : Robert Lecompte, Gaétan Brisebois et Dean Moore. 

Devant la Régie, M. Moore a reconnu que la propriété du 4e Rang Nord sert actuellement de repaire pour la section South des Hells Angels. La preuve a été faite devant les régisseurs que la « fête entre familles et amis » était plutôt un rassemblement de motards criminels.

« Le tribunal en conclut que les véritables demandeurs sont MM. Moore et Brisebois pour le chapitre South des Hells Angels du Québec et que M. Dion Lecompte n’est qu’un prête-nom, ce qui est contraire aux dispositions de l’article 35 de la Loi », écrivent les régisseurs Saifo Elmir et Jean Lepage dans leur décision rejetant la demande de permis, que La Presse a obtenue.

Effet incertain 

Cela signifie-t-il que l’alcool sera banni de la Canada Run ? Difficile à dire. Les permis sont généralement demandés par des gens qui organisent un événement en dehors de leur résidence. La loi autorise toute personne à servir gratuitement de l’alcool à ses invités lorsqu’elle se trouve chez elle. Dans le cas présent, Richard Dion Lecompte est propriétaire du lieu de rassemblement.

Mais les motards et leurs avocats qui ont fait les démarches semblaient juger qu’un permis d’alcool était nécessaire, en vertu de critères qui n’ont pas été exposés publiquement.

L’avocat qui a plaidé l’affaire devant la Régie, Me Gilles Doré, n’a pas rappelé La Presse hier.

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