Transat envisage mises à pied et emprunts

Malgré la reprise de ses vols en juillet dernier, les choses se corsent un peu pour Transat, qui craint de devoir effectuer environ 2000 mises à pied au cours des prochaines semaines et songe pour la première fois depuis le début de la crise à s’endetter davantage.

Mises à pied à prévoir

Au Canada, actuellement, Transat compte environ 1800 employés actifs et 3250 mis à pied de façon temporaire. Environ 2000 de ces derniers pourraient être mis à pied de façon permanente au cours des prochaines semaines, a affirmé l’entreprise. Cette prévision, a expliqué le vice-président aux ressources humaines et aux communications, Christophe Hennebelle, est basée sur l’état actuel de la demande pour ses vols et les diverses réglementations qui limitent la période de temps durant laquelle des mises à pied peuvent être considérées comme « temporaires ».

Au Québec, ce délai est fixé à six mois. Certains employés mis à pied au début de la crise, fin mars, pourraient donc voir leur lien d’emploi définitivement rompu à compter de la fin septembre.

Faibles… mais bons

Transat a recommencé à voler le 23 juillet, après 112 jours de pause. Son réseau compte actuellement 11 destinations européennes et trois destinations du Sud, en plus des quatre principaux aéroports canadiens (Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary).

Pour juillet et août, le taux d’occupation de ces vols a été de 58,5 % et 53 %, respectivement.

C’est très faible – le taux d’occupation moyen des vols internationaux a été de 85,7 % dans le monde en juillet 2019, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA) –, mais nettement mieux que les 34 % rapportés par l’IATA pour les vols en provenance de l’Amérique du Nord pendant la même période.

« Même si nos taux d’occupation sont désespérément bas, ils se comparent plutôt bien à ceux de nos concurrents », a fait valoir M. Hennebelle.

Le trésor s’essouffle

Comme Air Canada, Transat bénéficiait au début d’une réserve de liquidités mieux garnie que la moyenne des entreprises du secteur. Rapidement tombée en hibernation, l’entreprise a pu préserver l’essentiel de ce trésor de guerre pendant un bon moment. Au 31 juillet, elle disposait d’un total de 576 millions de dollars de liquidités accessibles rapidement, soit 157 millions de moins que trois mois plus tôt. Elle compte aussi sur des sommes en fiducie d’environ 280 millions.

« Aujourd’hui, avec 576 millions, nous sommes corrects, a indiqué le chef de la direction financière, Denis Pétrin. Mais en supposant que la COVID va durer encore un moment et que nous devrons continuer de régler les comptes fournisseurs, payer les coûts fixes et rembourser certains clients dans certaines circonstances, il nous faudra plus de liquidités. »

L’entreprise affirme ainsi être engagée dans des discussions « avancées » tant avec des prêteurs privés qu’avec le gouvernement fédéral. Bien que la direction ait brièvement fait mention du Crédit d’urgence pour les grands employeurs (CUGE) d’Ottawa, M. Hennebelle a refusé d’indiquer si c’est bien dans le cadre de ce programme que l’entreprise avait des discussions avec le gouvernement fédéral.

Fait à noter, Transat pourrait devoir obtenir l’autorisation de son acquéreur potentiel, Air Canada, avant de s’endetter.

Air Canada : toujours en attente

Officiellement, Transat a reporté au 27 septembre la date limite pour clore la transaction qui la verrait passer entre les mains d’Air Canada. L’entente entre les deux entreprises prévoit la possibilité d’un autre report, jusqu’au 27 décembre, après quoi elle devra être renégociée.

Cet échéancier apparaît de plus en plus serré, à la lumière de l’annonce par l’Union européenne (UE) qu’une autorisation de sa part pourrait ne pas venir avant le 11 décembre. La décision d’Ottawa n’est toujours pas connue non plus, et n’est pas soumise à un échéancier déterminé.

Le président et chef de la direction de Transat, Jean-Marc Eustache, a laissé voir une certaine exaspération envers les délais imposés par l’UE, jeudi, lors d’une téléconférence avec les analystes financiers.

« C’est incroyable. […] Je crois qu’on leur a envoyé plus de 100 000 pages de rapports. Ils vivent dans un autre monde, pas le même que le mien, c’est certain. La pandémie n’existe pas en Europe, je suppose. »

Résultats anémiques

Transat a dévoilé jeudi ses résultats financiers du troisième trimestre, terminé le 31 juillet, soit à peine neuf jours après la reprise de ses vols. Sans surprise, les revenus ont été faméliques, à 9,5 millions, comparativement à près de 700 millions pour la même période l’année précédente.

Ses livres montrent une perte nette de 45 millions, mais sa perte nette ajustée, qui exclut notamment les effets de gains extraordinaires théoriques liés à des contrats de couverture sur le prix du carburant et les devises, s’élève à 140 millions. Ces gains extraordinaires compensent en partie une perte extraordinaire encore plus importante réalisée sur les mêmes contrats au trimestre précédent.

La plupart des analystes financiers concentrent toujours leur attention sur la transaction avec Air Canada, même si la clôture au prix envisagé au départ, soit 18 $ par action de Transat, leur semble de plus en plus improbable.

L’action de Transat a terminé la journée de jeudi à 4,96 $ à la Bourse de Toronto, en baisse de 1,8 %.

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