La pédiatre répond

Asthme… tu me pompes l’air !

Sarah, 2 ans, a de nouveau un rhume qui n’en finit plus. Depuis octobre dernier, vous pouvez presque compter sur vos doigts le nombre de jours où vous ne l’avez pas entendue tousser la nuit. Et ce, malgré le gallon d’eau saline utilisé religieusement matin et soir, la petite cuillérée de miel, l’élévation de la tête du lit et le méticuleux ménage de sa chambre. Mais cette fois-ci, respiration sifflante en bonus, vous décidez de vous rendre aux urgences avec votre puce…

« Crise d’asthme », vous confirme le médecin qui vient de l’examiner. Verdict loin de vous surprendre, car vous en avez vous-même fait petit. Vous revenez à la maison, médication en main : on lui a prescrit un masque et deux pompes : une bleue, une orange… « Pompes ? Mais elles servent à quoi ? »

Tout d’abord, révisons brièvement la définition de l’asthme. Cette condition inflammatoire se caractérise par des symptômes épisodiques ou persistants de difficultés respiratoires, d’essoufflement ou d’oppression thoracique, de respiration sifflante, de sécrétions accrues et de toux. C’est l’hyperréactivité, l’hypersensibilité des voies aériennes de Sarah face à certaines sources d’irritation – comme ce énième rhume ! – qui entraîne ces manifestations. Ses bronches deviennent alors congestionnées, ce qui rend sa respiration plus laborieuse. Et ça s’explique par deux phénomènes distincts : 

1. En réaction à la source d’irritation, les muscles qui entourent les bronches de Sarah se contractent, se resserrent, laissant ainsi moins d’espace à l’air pour entrer librement dans ses poumons et en sortir. C’est la composante de spasme bronchique – bronchospasme – décrite dans l’asthme.

2. L’intérieur de ses voies respiratoires, tapissé d’une muqueuse, devient rapidement enflammé, et une production exagérée de sécrétions en découle. C’est la composante inflammatoire propre à l’asthme.

Les sources d’irritation le plus fréquemment rencontrées sont sans contredit ces infections virales auxquelles semble être abonnée votre princesse. Mais plusieurs autres facteurs peuvent déclencher une telle réaction dans les petits poumons de votre Sarah : la fumée du tabac, les allergènes respiratoires (dont minou, pitou et tout le zoo), la poussière, le feu de cheminée, l’exercice, etc.

À quoi servent les pompes ?

Revenons maintenant au rôle spécifique desdites pompes et à la bonne façon de les utiliser. Effectivement, les médicaments le plus couramment utilisés pour traiter l’asthme en jeune âge s’administrent en aérosol doseur (pompes) avec une chambre d’espacement (masque). Selon le médicament actif que contient l’aérosol doseur, l’effet engendré sur les voies aériennes de Sarah sera complètement différent.

• Les bronchodilatateurs : il s’agit du traitement de secours de l’asthme. Leur action est rapide et temporaire. Ils doivent être administrés selon une posologie bien établie lorsque Sarah a une respiration sifflante, de la difficulté à respirer ou de la toux. Ils agissent sur les muscles entourant les bronches, relâchant le bronchospasme et améliorant ainsi le passage de l’air dans ses voies aériennes. Vous la connaissez souvent comme la pompe « bleue » (Ventolin, Bricanyl, etc.).

• Les corticostéroïdes en inhalation : il s’agit d’un traitement d’entretien de l’asthme. Pour plusieurs enfants, ils sont essentiels à la maîtrise de l’asthme, car ils agissent sur l’inflammation décrite plus haut. On administre cette médication quotidiennement, une ou deux fois par jour, sans relâche. Elle sera ajustée selon la sévérité des symptômes de votre Sarah. Ici, on est plutôt dans les dégradés de rouge-orangé (Flovent, Alvesco, Pulmicort, etc.).

Tous les enfants asthmatiques ne nécessitent pas d’emblée ces deux pompes : dans l’éventualité où l’asthme ne se manifeste que de façon intermittente et peu fréquente, seuls les bronchodilatateurs seront habituellement suffisants. Cependant, si les symptômes deviennent plus incommodants (toux perpétuelle, manifestations fréquentes, visites aux urgences, hospitalisations, etc.), un traitement d’entretien devient nécessaire.

Malgré les protestations de votre trésor, l’utilisation de la chambre d’espacement est non négociable : celle-ci permet au médicament actif de se rendre efficacement jusqu’aux poumons de Sarah, là où il doit faire son œuvre.

En fait, si vous utilisez la pompe sans ce « masque », la médication n’atterrit pas beaucoup plus loin que sur le palais de votre puce. Coup d’épée dans l’eau. Demandez à votre médecin, un infirmier, un pharmacien de vous montrer comment l’utiliser adéquatement et sachez que la taille du dispositif change en fonction de l’âge de l’enfant.

Il existe également d’autres options de traitement de l’asthme qui peuvent être discutées avec le médecin de Sarah. Elles seront envisagées selon l’évolution et le contrôle des symptômes obtenus avec la médication débutée, et influencées par la détermination des principales sources d’irritation déclencheuses chez elle. Par exemple, les antagonistes des récepteurs des leucotriènes (ex. : Singulair) sont des anti-inflammatoires donnés quotidiennement par la bouche, n’appartenant pas à la famille des corticostéroïdes. Ils semblent agir plus efficacement chez les enfants qui souffrent aussi de symptômes d’allergies respiratoires. L’ajout de bronchodilatateurs à longue durée d’action demeure une autre possibilité de traitement.

N’hésitez pas à demander qu’on vous écrive noir sur blanc le plan de traitement établi pour votre Sarah. Faites-en des copies pour la garderie et les grands-parents. Ainsi, vous préviendrez probablement que l’asthme… ne lui pompe l’air !

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