Divertissant, sans plus

Science-fiction
Men in Black : International
F. Gary Gray
Avec Chris Hemsworth, Tessa Thompson, Emma Thompson.
1 h 54 Trois étoiles

Depuis de nombreuses années, les studios d’Hollywood se plaisent à exploiter de vieilles recettes, assaisonnant différemment des mets éprouvés. Men in Black : International s’inscrit dans cette lignée. Tout y est plus gros, plus élaboré et plus puissant que dans les films originaux de la trilogie Men in Black : les voitures, les armes, les lieux, les effets spéciaux, les méchants extraterrestres. Cela aurait été bien si l’histoire, elle aussi, avait été plus étoffée.

L’univers des hommes de noir vêtus a évolué depuis le lancement du tout premier film, en 1997, inspiré des bandes dessinées de Malibu Comics. Will Smith et Tommy Lee Jones, les agents J et K, ont contribué au succès de la franchise. Diamétralement opposés, ils ont fait de nouveau équipe en 2002 et en 2012, veillant à contrôler les extraterrestres présents principalement à New York, au sein de l’organisation ultrasecrète MIB.

Dans la nouvelle mouture, les éléments classiques des premiers films sont évidemment exploités. Les agents portent toujours un complet noir pour mieux préserver leur anonymat. Ils ont bien sûr recours à un neurolaser pour effacer tout souvenir d’un quelconque évènement provoqué par des créatures venues d’autres planètes. Ils se protègent aussi à l’aide des indispensables lunettes noires lorsque vient le temps d’activer l’engin agissant sur la mémoire.

Signe des temps, l’organisation MIB a pris du coffre, elle possède des antennes dans le monde entier et a une femme, l’agent O (Emma Thompson), à sa tête.

Le nouveau duo qui prend les rênes de l’action, de son côté, est mixte. L’agent M (Tessa Thompson) est obsédée par les extraterrestres depuis qu’elle a vu une drôle de bête dans sa chambre et de mystérieux agents habillés en noir, quand elle était jeune. Sa ténacité la mène à découvrir où sont cachés les bureaux de MIB à New York et à être engagée. En période d’essai, elle est envoyée à Londres, où elle est d’abord impressionnée par le bel agent H (Chris Hemsworth), un séducteur qui surfe sur sa réputation depuis qu’il a sauvé le monde, quelques années auparavant. Ils sont appelés à travailler en équipe, elle l’affronte et l’amène à retrouver ses réflexes d’enquêteur pour combattre des forces extérieures d’une puissance inégalée.

Tessa Thompson et Chris Hemsworth avaient déjà collaboré dans Thor : Ragnarok et dans Avengers : Endgame. Ils en avaient mis plein la vue avec leurs prouesses physiques. Ils ont des atomes crochus, c’est indéniable. Or, leur terrain de jeu dans Men in Black : International est plus limité. Ils manient davantage les armes (plus impressionnantes les unes que les autres) et s’amusent à conduire des bolides filant à vive allure. Les allusions aux armes et aux voitures des films précédents font partie du charme du film, mais on en aurait voulu davantage de la part du couple, qui a déjà montré son savoir-faire.

La trilogie Men in Black mariait habilement la science-fiction et la comédie. Le réalisateur F. Gary Gray (The Fate of the Furious, Friday, Straight Outta Compton) a continué dans la même veine. Le petit extraterrestre Pawny, le dernier de sa race, qui prend l’agent M pour sa nouvelle reine et lui jure fidélité, est hilarant. Sa façon de lire les pensées de la jeune femme et de dire ce qu’elle pense sans filtre à son coéquipier détend l’atmosphère entre les scènes parfois violentes.

Men in Black : International nous entraîne dans un monde familier, rehaussé par les avancées technologiques. C’est divertissant, mais on s’attendait à un peu plus.

Un réjouissant thriller archéologique

Documentaire
L’Apollon de Gaza
Nicolas Wadimoff
1 h 19
Trois étoiles et demie

SYNOPSIS

En août 2013, un pêcheur découvre par hasard une statue d’Apollon au large des côtes de Gaza. Mais elle disparaît mystérieusement quelques semaines plus tard. Depuis, tout le monde a son opinion sur son histoire, son authenticité et sur ce qu’elle apporte au territoire.

En novembre 2010, nous avions parlé du film Aisheen de Nicolas Wadimoff en coiffant notre article du titre « Gaza du côté des vivants ». Cette même formule pourrait décrire ce documentaire franchement drôle et profondément humain.

L’Apollon de Gaza est un réjouissant thriller archéologique centré sur une sculpture qui a disparu pratiquement aussi vite qu’elle est apparue. Au fil de ses allers-retours entre Jérusalem et la bande de Gaza, le documentariste donne la parole à de nombreux personnages qui y vont d’une surenchère d’opinions entourant le mystérieux bronze.

L’affaire sème tellement d’hypothèses dans la population qu’on soupçonne Wadimoff d’être plus intéressé par les interviewés que par le mystère lui-même. Car le Gaza qu’il filme ici, comme dans Aisheen, est fort différent de celui, en sang et en miettes, qu’on voit normalement dans les reportages télévisés ou dans de nombreux autres films.

Bien sûr, le sort du peuple palestinien est évoqué en filigrane dans le film, mais Wadimoff a cette intelligence du cœur de nous le présenter autrement, avec ses qualités, ses défauts, ses espoirs. Son film est aussi, par la bande, un hommage aux métiers de la conservation.

Jim et ses zombies

Comédie d’horreur
The Dead Don’t Die
Jim Jarmusch
Avec Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton
1 h 43
Trois étoiles

SYNOPSIS

Des événements étranges, inexplicables, surviennent dans la petite municipalité de Centerville, au grand dam des policiers locaux, chargés de la sécurité des citoyens. Très vite, les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants…

Les affamés, le formidable film « de zombies » que nous a offert Robin Aubert il y a deux ans, comportait sa bonne dose d’humour noir, mais distillait néanmoins, en sous-texte, un propos substantiel. On y évoquait notamment la peur de l’autre, la fracture entre les villes et les régions, thèmes qu’on trouvait aussi dans le récent film de Denis Côté, Répertoire des villes disparues.

Dans son plus récent long métrage, qui a ouvert le 72e Festival de Cannes le mois dernier, Jim Jarmusch n’a que faire de tant de considérations. Sa seule ambition est de s’amuser avec le genre, avec force clins d’œil à ses prédécesseurs, parmi lesquels, bien sûr, George Romero. C’est à la fois la force et la faiblesse de The Dead Don’t Die.

On sourira ainsi aux gags, nombreux, tout comme aux dialogues à l’humour décalé. On appréciera également la façon outrancière avec laquelle le réalisateur d’Only Lovers Left Alive orchestre son ballet sanglant. Pour l’occasion, le cinéaste a d’ailleurs réuni une distribution imposante, comme autant de pointures gravitant autour du trio de policiers que forment Adam Driver, Bill Murray et Chloë Sevigny. Mentions ici à Tilda Swinton, remarquable dans la peau d’un être, disons, étrange, ainsi qu’à Iggy Pop, tout à fait reconnaissable sous son maquillage de zombie…

Le revers de cette approche ludique ? L’histoire tourne assez rapidement à vide. On classera ainsi ce film parmi les œuvres moins notables de celui qui nous a déjà offert, entre autres, Stranger Than Paradise, Broken Flowers et Paterson.

Notez que The Dead Don’t Die prend aussi l’affiche en version originale sous-titrée en français, sous le titre Les morts ne meurent pas.

Une occasion ratée

Comédie dramatique
Late Night (V.F. : Fin de soirée)
Nisha Ganatra
Avec Emma Thompson, Mindy Kaling, John Lithgow
1 h 42
Deux étoiles et demie

SYNOPSIS

Alors que les cotes d’écoute de son talk-show de fin de soirée sont en chute libre, une animatrice, réputée pour son intransigeance envers les femmes et le manque de diversité dans son équipe, embauche une inconnue née d’une famille indienne pour relancer son émission.

Pour qui suit le monde des talk-shows de fin de soirée américains, Late Night a des allures d’occasion ratée. On sent pourtant que Mindy Kaling, une humoriste qui a fait ses classes dans l’équipe de scripteurs de la série The Office, s’est investie totalement dans ce long métrage, dont elle signe le scénario en plus d’y jouer. La plus grande sincérité du monde ne sauve pourtant pas le film.

Dans sa conception même, l’émission de Katherine Newbury (Emma Thompson) semble déjà très datée. Et rappelle davantage l’époque de Johnny Carson que celle de Stephen Colbert. Aussi, l’humour que pratique cette animatrice venue d’Angleterre manque singulièrement de mordant et de drôlerie. Joan Rivers peut reposer en paix.

La réalisatrice Nisha Ganatra, qui s’est surtout fait valoir à la télévision jusqu’à maintenant, aborde évidemment les thèmes importants qu’évoque Mindy Kaling dans son scénario : la difficulté supplémentaire que rencontrent les femmes désireuses de se faire une place en humour, l’absence de diversité dans les domaines où le pouvoir s’exerce, le traitement médiatique réservé aux personnalités féminines, entre autres.

L’ennui, c’est que tous ces éléments sont traités en surface, quand ils ne sont pas tout simplement dissous dans une histoire qui, en plus d’être très prévisible, n’est pas très plausible.

Il reste Emma Thompson. Impeccable comme toujours, l’actrice tire le meilleur d’un personnage qui aurait mérité davantage qu’un film moyen.

De bons mots au service d’une bonne histoire

Comédie
Le mystère Henri Pick
Rémi Bezançon
Avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz
1 h 40
Trois étoiles et demie

SYNOPSIS

Dans une bibliothèque en Bretagne, une éditrice découvre le manuscrit d’un roman écrit par Henri Pick, un auteur parfaitement inconnu mort deux ans plus tôt. Le bouquin étant devenu un best-seller, un critique littéraire sceptique décide de mener son enquête…

Au cœur du roman de David Foenkinos, que Rémi Bezançon (Le premier jour du reste de ta vie) porte ici librement au grand écran, il y a cette idée – formidablement riche – d’une bibliothèque consacrée aux manuscrits que tous les éditeurs de France ont refusé de publier.

Au cœur du film, il y a aussi Fabrice Luchini, sans qui le cinéaste aurait abandonné le projet. Il est vrai qu’aucun autre acteur n’aurait pu se glisser de cette façon dans la peau de ce critique littéraire exigeant. Le célèbre interprète, qui fait honneur à tant de grands auteurs sur scène, trouve ici un rôle à sa mesure, modulant avec virtuosité les tonalités d’un film qui fait souvent sourire. À cet égard, la complicité tangible entre Fabrice Luchini et Camille Cottin (Appelez mon agent), formidable dans le rôle de la fille de l’auteur mystérieux, est belle à voir.

On retiendra également l’efficacité d’une histoire qui ne ménage pas ses rebondissements, mais aussi, surtout, la qualité des dialogues, dans lesquels les acteurs prennent visiblement plaisir à mordre. Et puis, le film sent bon l’air de la Bretagne. Ce qui n’est pas rien.

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