François Hollande et Julie Gayet

Le bonheur, c’est maintenant

L’ancien président fait le tour de France des librairies. Et découvre que sa cote d’amour est au plus haut. Deux raisons de voir la vie en rose pour celui qui, en 2016, renonçait à s’engager dans la course à l’élection présidentielle. Non seulement l’amour lui sourit, mais on le rêve en recours de la gauche. La signature de son best-seller, Les leçons du pouvoir (éd. Stock), lui fait découvrir la vie de star : 110 000 exemplaires vendus et, partout, un public dithyrambique. À l’heure où Emmanuel Macron plonge dans les sondages, François Hollande se sent pousser des ailes : il gagne 5 points dans notre baromètre des personnalités. Sibyllin, il assure qu’on « ne se met jamais en retraite de la France ». Pour la première fois, l’ex-chef de l’État pose avec celle qui partage sa vie depuis 2014. L’amour n’est plus un secret d’État.

Un couple normal. Ou presque. Ils sont deux, et même trois. Un ancien président, sans cravate, sa compagne, à peine maquillée, et Philae, leur labrador. C’est l’heure du petit déjeuner dans cet hôtel normand où les clients n’en reviennent pas de voir François Hollande beurrer des tartines aux côtés d’une Julie Gayet encore ensommeillée.

Ce dimanche, ils acceptent de prendre le temps pour une séance photo, une première depuis que leur relation a été révélée, en 2014. On les retrouve sur la plage de Granville. La mer est haute, Philae joue dans les vagues. Devant l’objectif, Julie a l’aisance naturelle de l’actrice. Ses sourires mettent à l’aise celui dont la pudeur a souvent freiné ce type d’exposition.

Il est loin, le temps où elle s’inquiétait : « N’écrivez pas que je suis la compagne du président ! » Dans ses Leçons du pouvoir, Hollande confie : « […] Nous étions convenus de passer du secret à la discrétion. » Aujourd’hui, un cap est franchi. Leur histoire dure et se construit. En 2015, Gaspard Gantzer, chargé de la communication du chef de l’État, prédisait : « Les Français vont s’habituer peu à peu. »

Plus de quatre ans que le couple vit ensemble. Dans l’est de Paris, leur petite maison compte deux étages et un jardinet. L’emménagement a eu lieu cet été, après plusieurs mois de réfection menée par Julie. L’ex-président a joué l’inspecteur des travaux finis, insistant surtout sur un point : l’acquisition d’un fauteuil « club ».

Une impression de désordre sentimental avait marqué son quinquennat, elle s’est envolée. « François retrouve une stabilité affective, c’est important dans le regard des Français », analyse un de ses anciens conseillers. À deux, la reconquête des cœurs est plus facile. « Il est mieux depuis que la petite Julie l’accompagne ! » commente une Granvillaise à leur passage. Julie plaît. L’élégance de son allure, la chaleur du sourire qu’elle offre à chacun…

À ses côtés, le président reprend le fil de son histoire interrompue avec les Français. Jamais il ne cite Emmanuel Macron. Jamais le mot de « revanche » n’est prononcé. Mais l’ombre de l’ancien protégé plane. Et la possibilité d’un retour n’est pas complètement écartée. L’envie du come-back titille son ambition.

« Alors, à dans cinq ans ? » lui demande une retraitée à Cherbourg, le 31 août. Il rétorque avec gourmandise : « Maintenant, il n’en reste plus que quatre ! »

Sa tournée littéraire est un quadrillage du territoire, des villages ruraux aux zones industrielles. Il sort euphorique de ces séances, dopé par l’énergie du public. Les heures ne comptent pas, les kilomètres en Renault non plus. Comme un air de campagne… Sans meetings, mais avec des rencontres informelles dans les arrière-salles de sections socialistes. « C’est un moment de réconfort, il y a chez lui le sentiment d’un rendez-vous raté », estime un ami.

À la défense de son bilan

À défaut de l’avoir fait dans les urnes, il défend son bilan en direct, entre les rayons de ces librairies de province où défilent ses anciens électeurs comme ceux venus saluer un bout de l’histoire républicaine. Ses détracteurs promettaient un four éditorial : depuis sa parution en avril, son livre bilan s’est écoulé à 110 000 exemplaires. Des chapitres vont être ajoutés pour la sortie en format poche, l’an prochain. Deux traductions, en chinois et en arabe, sont même en préparation. Première lectrice, Julie Gayet l’a poussé à se dévoiler dans les chapitres les plus intimes.

Depuis, elle le rejoint parfois le week-end pour être présente aux dédicaces. Elle serre les mains, signe des autographes, pose pour des selfies et félicite les femmes entrepreneuses et cheffes d’entreprise, vigilante sur les sujets féministes. 

Soutien du Parti socialiste depuis ses 20 ans, elle n’a pas de mal à parler politique aux militants.

Elle jette un œil à l’agenda, s’intéresse à la logistique, veille au bon accueil du public. Son indépendance professionnelle est primordiale et récompensée par des succès critiques, mais elle veut aussi partager le rythme de son compagnon, rencontrer comme lui les reconnaissants, les déçus, les en colère et ceux qui espèrent.

« On ne se met jamais en retraite de la France », a déclaré François Hollande à Cherbourg. La politique ne le quitte pas. Parfois, sur sa mine bonhomme et dans sa conversation enlevée passe le souvenir du renoncement à la présidentielle.

Une blessure partagée. Dame de cœur plutôt que première dame, Julie raconte avoir versé des larmes lorsqu’il a pris sa décision. Jamais, avant lui, un président ne s’était ainsi désisté. Depuis, il assume ce douloureux regret. Comme lors de ce dîner organisé au printemps dernier, au restaurant parisien Récamier, quelques jours avant son passage sur France 2 pour présenter son livre.

Ce soir-là, un jeu de rôle s’improvise entre convives. L’ami Ivan Levaï reprend ses habits de journaliste, l’ex-conseiller élyséen Bernard Poignant adopte ceux de l’ancien président. Question de Levaï sur Emmanuel Macron : « Avez-vous le sentiment d’une trahison ? » Réponse de Poignant : « J’aurais aimé que l’histoire ait une autre fin… » Entre deux bouchées de soufflé au chocolat, Hollande approuve.

Cet été, des tracts « Hollande 2022 » ont fleuri. Cet espoir de militants ne pousse plus un homme seul, mais un couple. Le retour, la reconquête, à deux, au bras d’une actrice : quel beau roman ! Ce serait un récit héroïque fait pour la plume, avec ses embûches, ses trahisons, son histoire d’amour… Un fantasme, une illusion, sans doute. « La file d’attente pour un livre, ce n’est pas celle pour un bulletin de vote », tempère Poignant.

Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy ont aussi connu des succès en librairie, sans lendemains politiques. François Hollande est conscient des limites de cet exercice. « Les Français peuvent être tentés de nous sanctionner encore plus fort si l’on fait mine de ne pas avoir retenu les erreurs du passé », met en garde Olivier Faure, le nouveau patron du PS. Hollande le dit : « J’apparais comme une personne désintéressée. Mais si demain je décidais de revenir dans l’arène, l’accueil serait sans doute différent. »

L’ancien chef de l’État préfère avancer dans la posture du recours. « C’est un guerrier. Il n’a jamais hésité à prendre de risque », lâche Bernard Poignant. Contrairement à Nicolas Sarkozy ou à Lionel Jospin, François Hollande n’a officiellement tiré aucun trait sur la vie politique. « Je n’y pense pas obstinément, explique-t-il à un de ses lecteurs de Granville. Mais si les conditions d’un retour semblaient nécessaires, je n’hésiterais pas. »

Dans l’art de savoir profiter des circonstances, le Corrézien est un maître. Sa chance aujourd’hui ? La relève n’est pas prête. En leur temps, Giscard d’Estaing et Sarkozy avaient, eux, des successeurs. En 2018, personne ne s’impose pour reconstruire la gauche de gouvernement, éparpillée façon puzzle. Alors, certains regards se tournent vers l’ancien chef de l’État. Des dirigeants socialistes lui ont même proposé de prendre la tête de la liste PS pour les élections européennes de mai prochain. « Vous n’y pensez pas ! » leur a-t-il répondu alors que, à ce stade, les sondages réservent 6 % aux socialistes… « Non, je ne participerai pas à la campagne, dit-il à Paris Match. Mais je m’exprimerai sur les enjeux. »

Critiques acerbes

Le regard de François Hollande porte plus loin, vers un avenir incertain. Quinze mois après son entrée en fonction, Emmanuel Macron est plus impopulaire que lui à la même période. «  Ces chiffres sont révélateurs d’une prise de distance liée à une méthode, à une manière de faire  », glisse Hollande. Le jeune président apparaît « distant », « autoritaire », « pas à l’écoute ». À grand renfort d’empathie et de dédicaces, Hollande s’essaie au contre-pied. À chacune de ses sorties, ses critiques sont acerbes. « La croissance n’est pas là, observe-t-il. Ce n’est pas seulement dû à la situation internationale. C’est aussi la conséquence de choix politiques. » Il interroge : « Pourquoi geler les pensions de retraite et, en même temps, permettre aux plus riches de payer moins d’impôts ? »

Qu’en dit Julie ? Elle se retient de commenter, refuse les interviews. La prudence est son arme. Elle se concentre sur ses productions, tandis que son compagnon veut continuer à creuser son sillon. « Entre le libéralisme et le populisme, il y a le socialisme, la social-démocratie », plaide-t-il. Une voie étroite. Un sondage du Figaro révèle que seuls 17 % des Français souhaitent sa candidature dans quatre ans. Cet inoxydable optimiste préfère y voir un motif d’espérance : « Dix-sept pour cent, c’est pas si mal ! C’est le score de Lionel Jospin en 2002. C’est notre socle électoral. »

Ses dédicaces vont se poursuivre ; une tournée internationale se profile. Il est attendu pour des conférences à Montréal, puis en Ukraine. En octobre, il se rendra à Athènes. Personne ne sera oublié, les territoires de la République les plus éloignés sont au programme. À La Réunion, il lancera les appels à projets pour l’outre-mer de sa fondation, La France s’engage.

Un mariage en Corrèze

Sa chère Corrèze n’est pas délaissée. Le mariage de son fils Thomas a été célébré le 8 septembre, à Meyssac. Un choix de la jeune mariée, Émilie Broussouloux, journaliste pour France 3 et originaire de Brive-la-Gaillarde. Lui qui se rêve grand-père y assistait au côté de Ségolène Royal. Le 23 septembre, il reviendra à Tulle, pour la Fête de la rose du PS.

À 64 ans, l’ancien président entame une nouvelle course de fond. Ses prochaines prises de parole seront évidemment politiques, au forum national des associations et à la conférence internationale sur la lutte contre la corruption. De nouvelles occasions de tester son regain de popularité. Pour l’instant, sur la plage, au côté de Julie Gayet, il profite de la quiétude granvillaise. Sans se soucier des nuages à l’horizon. Un couple en marche…

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