VILLE NEUVE

80 000 images plus tard…

Au terme de huit ans de travail et de 80 000 dessins en noir et blanc, Ville Neuve, long métrage d’animation de Félix Dufour-Laperrière, a été présenté le mois dernier, en première mondiale, à la Mostra de Venise. Alors que l’œuvre est inscrite en compétition officielle au Festival du nouveau cinéma, le réalisateur nous parle, à travers six éléments de  son scénario-maquette (storyboard), de cet immense projet.

Au bord de la mer

Ville Neuve est inspiré d’une courte nouvelle de Raymond Carver. « Une nouvelle marquée de fatalisme, dit Félix Dufour-Laperrière. Mon scénario n’en récupère qu’une ou deux répliques, mais surtout un contexte où s’affrontent deux forces en présence et qui s’applique bien au Québec. » Campée en Gaspésie au moment du référendum de 1995, l’histoire se situe dans une maison qu’un ami a prêtée à Joseph. Ici, la mer est à la fois une limite et une ouverture ; elle métaphorise les enjeux de la campagne référendaire comme le destin des personnages.

Joseph

« Dans la nouvelle de Carver, l’homme est un alcoolique repenti, explique le réalisateur. Ce contexte m’intéressait moins et est gardé en arrière-plan. Dans mon film, Joseph porte en lui une aura de fatalité, une impression que tout est joué. » Le spectateur constatera qu’effectivement, Joseph a une vision pessimiste de l’avenir. C’est le comédien Robert Lalonde qui lui prête sa voix. « Robert est un écrivain et un acteur que j’aime, dit l’auteur. Je cherchais une voix capable d’avoir une certaine chaleur dans l’intimité, mais une précision dans les textes. »

Emma

Au début du film, Joseph tente de joindre son ex-femme, Emma, restée en ville. Cette dernière repousse ses propositions, mais accepte ses appels à frais virés, ce qui suggère une ouverture. « Emma [Johanne-Marie Tremblay] est une femme inquiète, mais elle croit que tout n’est pas joué, dit M. Dufour-Laperrière. Moins isolée que Joseph, elle fait le pari d’aller le rejoindre en se disant qu’il est peut-être possible de réessayer, que leur avenir n’est pas fermé. »

Ulysse

Joseph et Emma sont les parents d’Ulysse (Théodore Pellerin), jeune adulte en révolte contre son paternel. « Il en veut à son père de ses malheurs personnels, de ses hésitations et de son laisser-aller, observe le cinéaste. Ulysse est un être en déplacement. De là son prénom. Il incarne à la fois la vitalité et l’inquiétude de la jeunesse. Son personnage est aussi associé à l’énergie du film, quand les choses commencent à brasser vers la finale. »

Long travail

Ce dessin s’inscrit dans un plan rapproché de près d’une minute, à raison de huit dessins par seconde. Or, il faut être constant d’un dessin à l’autre, dit Félix Dufour-Laperrière. « Chaque détail est reproduit des centaines de fois. Si tu dessines une ride, tu dois la reproduire au bon endroit. » Pour chaque plan, l’auteur faisait de un à dix dessins et une équipe d’animateurs et d’assistants créaient le mouvement. En pleine production (dessins, animation, assistants, encrage), une trentaine de personnes travaillaient sur la création.

Noir et blanc

Comme tous les autres, ce dessin a été fait au crayon de bois et à la gouache diluée. Pourquoi le noir et blanc ? « J’ai voulu que les gens sentent qu’ils sont devant un dessin sur papier qui s’anime et se meut, répond le créateur. De travailler sur papier avec de la gouache donnait une signature graphique assez forte avec le jeu des contrastes, l’incertitude des lignes et des textures. » Félix Dufour-Laperrière a deux autres projets d’animation en chantier. « Dans l’animation, on prend goût à être libéré des caprices du réel. »

Aujourd’hui, à 19 h 30, au Quartier Latin, salle 10

Demain, à 19 h, au Cinéma du Musée

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.