Chronique

Trump et la colère des femmes

La colère des femmes peut-elle sauver l’Amérique ? Quel impact aura-t-elle sur l’issue des élections de mi-mandat ?

J’aimerais penser que l’électrochoc causé par l’arrivée au pouvoir d’un président ouvertement anti-femmes, qui s’est vanté d’être un prédateur sexuel, aura été tel qu’il ne peut que provoquer un retour du balancier. Une colère des femmes si grande que plus rien ne pourra l’arrêter. Mais c’est loin d’être gagné.

Certes, la colère des femmes est palpable depuis 2016 aux États-Unis. Et il serait faux de dire qu’elle n’a rien changé. Dès le lendemain de l’investiture de Donald Trump, des Américaines sont descendues dans les rues par milliers pour dénoncer haut et fort ce président qui méprise autant les droits des femmes que les droits de la personne en général. La colère s’est encore exprimée à travers le nouvel élan du mouvement #metoo qui a libéré la parole de femmes autour de la question de la violence sexuelle endémique et fait trembler (et parfois tomber) des hommes de pouvoir qui se croyaient tout permis. La colère n’est certainement pas étrangère au fait qu’un nombre record de femmes sont candidates aux élections de mi-mandat, la plupart dans le camp démocrate.

Et cette même colère n’est certainement pas étrangère non plus au fait que le fossé s’est creusé entre les intentions de vote des hommes et des femmes.

Selon un sondage NBC-Wall Street Journal publié le 4 novembre, 55 % des électrices préfèrent voir les démocrates au Congrès (contre 37 %, les républicains). Chez les hommes, ils sont 43 % à préférer les démocrates (contre 50 %, les républicains).

Cette tendance est encore plus marquée chez les femmes blanches possédant un diplôme universitaire, un segment de l’électorat sur qui les démocrates fondent beaucoup d’espoir. Selon un sondage Washington Post/Schar School, elles sont 62 % à préférer les candidats démocrates au Congrès et 36 %, les républicains. Le fossé entre elles et les hommes blancs sans diplôme majoritairement pro-républicains n’a jamais été aussi grand et aussi révélateur, nous disent des observateurs.

Alors que près de la moitié des femmes blanches ont voté pour Donald Trump en 2016, est-ce à dire que certaines réalisent tardivement qu'elles ont voté à l'encontre de leurs propres droits ?

Sans doute, oui. Mais il ne faut pas oublier que la colère des femmes n’est pas nécessairement dirigée contre Trump.

Dans le New York Times, samedi, un reportage donnait la parole à des électrices de Columbia, au Missouri. Pour elles, Trump, loin d’être un président anti-femmes, est plutôt un héros qui les protège des invasions barbares des caravanes de migrants à la frontière. « Il comprend pourquoi nous sommes en colère et il veut arranger ça », disait une supporter de 69 ans. Qu’importe si cette colère se nourrit essentiellement des mensonges d’un président qui, une fois de plus, n’hésite pas à diaboliser des immigrants pour gagner des votes. Il comprend…

Depuis deux ans, les vraies raisons d’être en colère se sont multipliées. Pensons seulement à l’affaire Kavanaugh et à la façon dont Trump s’est moqué de Christine Blasey Ford, cette femme courageuse dont la vie est en lambeaux depuis qu’elle a osé accuser publiquement d’agression sexuelle le juge Brett Kavanaugh, appuyé inconditionnellement par le président.

Or, si la colère a souvent été un catalyseur politique dans l’histoire des États-Unis, elle n’a jamais été reconnue à sa juste valeur lorsqu’elle est féminine, déplore la journaliste féministe Rebecca Traister, auteure d’un essai récent sur le pouvoir révolutionnaire de la colère (Good and Mad : The Revolutionary Power of Women’s Anger, Simon & Schuster).

Aux femmes, on enseigne le plus souvent à cacher leur colère. Leur fureur est le plus souvent perçue négativement.

Si un Brett Kavanaugh est en colère, ça le sert. Mais une Christine Blasey Ford sait instinctivement que si elle exprime sa colère, ça la dessert. Pour lui, la colère est une arme à laquelle il a droit. Pour elle, non. Mais à voir les réactions enflammées des femmes qui manifestaient le jour du témoignage de la Dre Ford, les choses sont peut-être en train de changer, observait Rebecca Traister, dans le New York Times. Car il y avait là des femmes en colère qui ne s’excusaient pas de l’être. Un privilège habituellement réservé aux hommes.

Ainsi la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême aura provoqué un sain sursaut d’indignation chez des femmes prêtes à utiliser leur colère comme une arme politique. Mais elle a aussi provoqué un profond découragement. La question est maintenant de savoir si la colère aura raison du découragement.

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Trump et la colère des femmes

La colère des femmes peut-elle sauver l’Amérique ? Quel impact aura-t-elle sur l’issue des élections de mi-mandat ?

J’aimerais penser que l’électrochoc causé par l’arrivée au pouvoir d’un président ouvertement anti-femmes, qui s’est vanté d’être un prédateur sexuel, aura été tel qu’il ne peut que provoquer un retour du balancier. Une colère des femmes si grande que plus rien ne pourra l’arrêter. Mais c’est loin d’être gagné.

Certes, la colère des femmes est palpable depuis 2016 aux États-Unis. Et il serait faux de dire qu’elle n’a rien changé. Dès le lendemain de l’investiture de Donald Trump, des Américaines sont descendues dans les rues par milliers pour dénoncer haut et fort ce président qui méprise autant les droits des femmes que les droits de la personne en général. La colère s’est encore exprimée à travers le nouvel élan du mouvement #metoo qui a libéré la parole de femmes autour de la question de la violence sexuelle endémique et fait trembler (et parfois tomber) des hommes de pouvoir qui se croyaient tout permis. La colère n’est certainement pas étrangère au fait qu’un nombre record de femmes sont candidates aux élections de mi-mandat, la plupart dans le camp démocrate.

Et cette même colère n’est certainement pas étrangère non plus au fait que le fossé s’est creusé entre les intentions de vote des hommes et des femmes.

Selon un sondage NBC-Wall Street Journal publié le 4 novembre, 55 % des électrices préfèrent voir les démocrates au Congrès (contre 37 %, les républicains). Chez les hommes, ils sont 43 % à préférer les démocrates (contre 50 %, les républicains).

Cette tendance est encore plus marquée chez les femmes blanches possédant un diplôme universitaire, un segment de l’électorat sur qui les démocrates fondent beaucoup d’espoir. Selon un sondage Washington Post/Schar School, elles sont 62 % à préférer les candidats démocrates au Congrès et 36 %, les républicains. Le fossé entre elles et les hommes blancs sans diplôme majoritairement pro-républicains n’a jamais été aussi grand et aussi révélateur, nous disent des observateurs.

Alors que près de la moitié des femmes blanches ont voté pour Donald Trump en 2016, est-ce à dire que certaines réalisent tardivement qu'elles ont voté à l'encontre de leurs propres droits ?

Sans doute, oui. Mais il ne faut pas oublier que la colère des femmes n’est pas nécessairement dirigée contre Trump.

Dans le New York Times, samedi, un reportage donnait la parole à des électrices de Columbia, au Missouri. Pour elles, Trump, loin d’être un président anti-femmes, est plutôt un héros qui les protège des invasions barbares des caravanes de migrants à la frontière. « Il comprend pourquoi nous sommes en colère et il veut arranger ça », disait une supporter de 69 ans. Qu’importe si cette colère se nourrit essentiellement des mensonges d’un président qui, une fois de plus, n’hésite pas à diaboliser des immigrants pour gagner des votes. Il comprend…

Depuis deux ans, les vraies raisons d’être en colère se sont multipliées. Pensons seulement à l’affaire Kavanaugh et à la façon dont Trump s’est moqué de Christine Blasey Ford, cette femme courageuse dont la vie est en lambeaux depuis qu’elle a osé accuser publiquement d’agression sexuelle le juge Brett Kavanaugh, appuyé inconditionnellement par le président.

Or, si la colère a souvent été un catalyseur politique dans l’histoire des États-Unis, elle n’a jamais été reconnue à sa juste valeur lorsqu’elle est féminine, déplore la journaliste féministe Rebecca Traister, auteure d’un essai récent sur le pouvoir révolutionnaire de la colère (Good and Mad : The Revolutionary Power of Women’s Anger, Simon & Schuster).

Aux femmes, on enseigne le plus souvent à cacher leur colère. Leur fureur est le plus souvent perçue négativement.

Si un Brett Kavanaugh est en colère, ça le sert. Mais une Christine Blasey Ford sait instinctivement que si elle exprime sa colère, ça la dessert. Pour lui, la colère est une arme à laquelle il a droit. Pour elle, non. Mais à voir les réactions enflammées des femmes qui manifestaient le jour du témoignage de la Dre Ford, les choses sont peut-être en train de changer, observait Rebecca Traister, dans le New York Times. Car il y avait là des femmes en colère qui ne s’excusaient pas de l’être. Un privilège habituellement réservé aux hommes.

Ainsi la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême aura provoqué un sain sursaut d’indignation chez des femmes prêtes à utiliser leur colère comme une arme politique. Mais elle a aussi provoqué un profond découragement. La question est maintenant de savoir si la colère aura raison du découragement.

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