Empoisonnement présumé au novitchok

À peine sorti du coma, Navalny veut rentrer en Russie

L’opposant russe Alexeï Navalny a diffusé mardi sur Instagram un premier message et une photo de lui depuis son empoisonnement présumé à la fin d’août, et sa porte-parole a signifié qu’il reviendrait en Russie une fois remis.

La Russie a quant à elle réaffirmé être étrangère aux problèmes de santé du détracteur numéro un du Kremlin et ne voir aucun indice d’une tentative d’assassinat à l’aide d’un agent neurotoxique de type Novichtok, contrairement à ce qu’affirment trois laboratoires européens.

S’entretenant au téléphone avec son homologue de l’Allemagne, Heiko Maas, mardi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a une fois de plus appelé Berlin à transmettre à Moscou le dossier médical de M. Navalny, disant que la Russie était « prête à coopérer » dans cette affaire.

Il a appelé M. Maas à « refuser de politiser davantage la situation » autour de l’empoisonnement de l’opposant russe numéro un.

Une photo publiée sur le compte Instagram d’Alexeï Navalny le montre les yeux ouverts et les traits tirés, assis sur son lit d’hôpital, en compagnie de sa femme, de son fils et de sa fille.

« Je ne sais encore presque rien faire, mais [lundi], j’ai pu respirer par moi-même toute une journée. »

— Extrait d’une publication sur le compte Instagram d’Alexeï Navalny

« C’est un procédé étonnant et sous-estimé par beaucoup. Je le recommande », a-t-il plaisanté.

Il a aussi dit à ses 1,7 million d’abonnés : « Vous me manquez », une semaine après avoir été sorti d’un coma artificiel.

L’opposant, victime d’un empoisonnement intentionnel le 20 août à Tomsk, en Sibérie, selon son entourage, pourra bientôt se passer de « ventilation artificielle », avait fait savoir la veille l’hôpital de Berlin où il est soigné.

Retour en Russie

Interrogée par l’AFP quant à un retour de l’opposant en Russie une fois rétabli, sa porte-parole a répondu qu’« il n’avait jamais été question d’autre chose ».

« Je comprends pourquoi on se pose la question, mais je trouve néanmoins étrange qu’on puisse penser » qu’il puisse s’exiler, a-t-elle écrit sur Twitter.

Plusieurs opposants ou adversaires du Kremlin ont été sciemment empoisonnés ces dernières années, d’autres assassinés par d’autres moyens. Chaque fois, la Russie a rejeté les accusations la visant.

Un laboratoire militaire allemand a conclu le 3 septembre à l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, 44 ans, par une substance de type Novitchok, conçue à des fins militaires à l’époque soviétique.

Ce produit neurotoxique avait déjà été utilisé contre l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en 2018 en Angleterre. Selon Londres, le GRU, le renseignement militaire russe, est le principal suspect.

Des laboratoires français et suédois ont confirmé les conclusions allemandes, si bien que Paris et Berlin ont insisté de nouveau lundi sur la nécessité d’une enquête russe.

Selon ses partisans, M. Navalny a été empoisonné à la fin d’un voyage en Sibérie consacré à la campagne électorale de ses candidats aux élections locales du 13 septembre et à des enquêtes sur la corruption des élites.

Exclu de la scène politique et médiatique nationale, l’opposant dispose d’un très large auditoire sur les réseaux sociaux et chez les jeunes, notamment grâce à ses enquêtes visant l’entourage du président russe, Vladimir Poutine.

Moscou refuse d’enquêter

Moscou refuse d’ouvrir une enquête criminelle sur l’affaire, car les médecins russes affirment n’avoir décelé aucune substance toxique dans l’organisme de M. Navalny lorsqu’il a été hospitalisé en Sibérie.

La Russie met donc en doute la fiabilité des analyses allemandes, y voyant un prétexte pour l’Union européenne pour la menacer de nouvelles sanctions. Elle affirme aussi n’avoir aucun stock de Novitchok.

Ces stocks « ont été détruits en accord avec le protocole et les règlements de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques » (OIAC), a déclaré le chef du renseignement extérieur russe, Sergueï Narychkine.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a aussi fait part de son « incompréhension », car Moscou n’a pas reçu les données sur la santé de l’opposant réclamées à Berlin.

Le parquet allemand avait déclaré que ces données ne pourraient être transmises qu’avec l’accord d’Alexeï Navalny.

Concernant l’état de santé du patient, M. Peskov, qui ne prononce jamais le nom de l’opposant, a dit que « tout le monde » serait « content » s’il se remettait.

Le premier message de M. Navalny survient au lendemain d’une victoire électorale symbolique à Tomsk, en Sibérie occidentale, où deux de ses partisans sont entrés au conseil municipal. D’autres ont été élus dans la troisième ville du pays, Novossibirsk.

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